ET DE RESTAURATION X
temps. Sous ces influences, l'esprit public s'est perverti; et, selon l'assertion d'un de nos modernes historiens (1), les convictions en matière d'histoire devraient être renouvelées à fond. Les Français tiennent maintenant en profond mépris les institutions et les mœurs de Tancien régime social. La vieille France leur est aussi antipathique que la vieille Anglete7Te (oldEnglaLud) est chère à tout Anglais. Egarés par des assertions fausses et banales, ils se persuadent que la grandeur de la nation date seulement de 1789; et ceux mêmes qui souffrent le plus du malaise présent contestent qu*on puisse faire aucun emprunt utile au passé.
Ne voulant rien fonder, ni sur les bonnes traditions de leurs aïeux, ni sur les meilleurs exemples de leurs émules, les Français se trouvent forcément amenés à une dangereuse conclusion. Ils croient avoir la mission de créer de toutes pièces une nouvelle organisation sociale, et ils sont particulièrement poussés dans cette voie par l'abus du mot progrès. Sous cette inspiration sont nés, depuis 1830, les systèmes chimériques qui agitent stérilement tant d'esprits. A une époque où des inventions utiles transforment rapidement l'ordre matériel, on se persuade volontiers que des succès analogues peuvent être obtenus dans Tordre moral, et par suite dans le gouvernement des sociétés. En cela on s'abuse singulièrement ; car il y a contraste plutôt que similitude entre les deux genres de phénomènes. Comme je l'ai indiqué ailleurs (2), la science des faits matériels est sans borne : elle est toujours mise à profit avec empressement ; et lorsqu'elle fait défaut, elle est souvent devancée par la pratique. La science des
(1) Augustin Thierry (Lettres sur Vhistoire de France, av(M'tissement).
(2) La Réforme sociale, 3, III.
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146' LA MÉTHODE d'IMITATION ET DE RESTAÙBATIÔN
faits moraux est, au contraire, d'une simplicité extrême : elle se réduit, à vrai dire, au Décalogue interprété par la pratique de Jésus-Christ. Il en est de même de Tart de gouverner, qui se résume, à vrai dire, en une règle unique : imposer ajux peuples la pratique des dix com* mandements et l'autorité de la Coutume. Or, après dix-huit siècles de christianisme, les peuples les plus moraux restent encore, en ce qui touche cette pratique, à une distance infinie de leur divin modèle. Ceux qui sont tombés dans la corruption s'égarent donc étran-» gement lorsque, au lieu d'imiter les peuples les plus prospères, ils prétendent inventer des principes et des procodés de gouvernement supérieurs à ceux dont ces peuples se contentent.
Les Français resteront indécis entre le bien et le mal, tant qu'ils ignoreront la méthode ou la tiendront en mépris : ils ne commenceront à se réformer que lorsqu'ils s'inspireront du principe d'imitation et tomberont d'accord sur le choix des modèles.