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(11 février 1806-5 avrU 1882)
Si j'ai cru qu'il convenait d'accorder, parmi les morceaux qui suivent et dans ces Notices mômes, une large place à la biographie de Frédéric Le Play, c'est d'abord, sans doute, pour honorer et proposer en modèle une longue vie de vertu^ de labeur et de dévouement au bien public, mais c'est plus encore pour mettre à découvert les solides assises sur lesquelles reposent sa méthode et sa doctrine. Dans les sciences d'observation, la valeur des conclusions dépend en grande partie des qualités de l'observateur, principalement lorsqu'il s'agit de faits dont le contrôle est difficile. Très peu d'hommes ont les loisirs et surtout les aptitudes nécessaires pour aller étudier sur place les diverses populations du globe et pour acquérir ainsi la connaissance personnelle des mœurs, des coutumes et des institutions qui maintiennent la paix ou qui introduisent le trouble dans les sociétés. En des matières si complexes, il ne suffit pas de beaucoup voir, il faut encore être capable de bien voir et d'ordonner scientifiquement ce que l'on a vu. Ces conditions, nul ne les a réunies au même degré que Le Play. A ce double titre, il est unique en son genre et absolument hors de pair. Certes, la simple lecture de ses monographies de familles et de ses divers
ouvrages montre l'immense étendue et Tcxlrao ■des faits auxquels il appliqua son analyse ; te portent les marques de Tcxactitudc, de la [ rigoureuse. Mais les éludes de cetle sorte exig exempt de préjugés, une probité intellectuelle empruntent moins encore peut-être au talent qi à la personne môme de celui qui s'y livre, la \ de leur crédit. Il importe donc de bien connaîti d'aborder son œuvre. Alors seulement on co l'autorité qui s'attache à cette dernière et l'on la puissance de persuasion qui s'en dégage.
Le lecteur aura sous les yeux « le petit tablea avec une correction de dessin et une bonhomie e du vieux Breughel » (4), où Le Play a fait rev les plus attachants de son enfance et de sa jeun donc rapidement sur ces heureuses années. • impressions, dil-il, se développèrent sous les taires de la religion, des catastrophes nati pauvreté. ... Je dois aux enseignements de ma sentiments qui m'ont soutenu au milieu de r savoir : le respect de Dieu, la frugalité de Fex du travail, le dévouement au bien » (2). Cett( femme énergique plutôt que tendre. Restée veu avec un fils, Frédéric, âgé de cinq ans, et ui éleva virilement. Active, bonne, secourable po
(4) Siméon Luce, dans un beau discours sur /' la vieille France, l'Ecole des chartes et la Soi sociale, prononcé k la réunion annuelle de 25 mai 1891 (Revue la Réforme sociale, 1891, II
(2) Les Ouvriers européens, I, 400, 590.
du voisinage, les aidant de ses conseils et de ses mains puisqu'elle ne pouvait pas les assister de sa bourse, « il était reconnu dans le village que Rosalie savait se débrouiller » (1). Développez ces facultés par l'étude, par l'application à de grandes affaires, par une intelligence supérieure, ce sont autant de traits que vous retrouverez chez son fils.
Né le 11 avril 1806 à la Rivière, petit village situé entre le port d'Honfleur et la forêt de Brotonne, nrîôlé d'abord aux enfants des cultivateurs, des douaniers et des nnarins, Frédéric, aussitôt après la mort de son père, est amené à Paris. C'est alors l'élude sévère, pendant de longues journées, dans une salle d'école étroite ; mais c'est aussi, le soir, l'étude attrayante dans le salon éclectique d'un oncle, où d'aimables commensaux s'intéressent à lui et se font, par d'instructives causeries, ses professeurs. En 1815, il retourne auprès de sa mère. II voit renaître, avec la paix, les vieilles coutumes normandes, les pompes du culte, la prospérité générale. Il suit au Havre, de 1818 à 1822^, les cours d'humanités (2). L'année 1823 fut l'époque décisive de sa vie. Un arpenteur rural lui proposa de le prendre pour associé et de lui céder plus tard sa clientèle. Peu s'en fallut que le jeune Frédéric n'acceptât cette offre. Son existence se fût écoulée tout entière dans l'obscurité, et nul ne connaîtrait aujourd'hui le nom de Le Play. Mais un de ses camarades de collège, qui se destinait à l'Ecole polytechnique, lui persuada de s'y présenter aussi. Un ingénieur des ponts et chaussées, ami de sa famille et maître excellent, M. Dan de la Vauterie, voulut l'y préparer lui-même. Le Play l'accompagna à
(1) Baunard, Frédéric Le Play {La foi et ses victoires, 4« édit., II, 258).
(2) Je ne me suis pas interdit d'emprunter, çà et là, de très courts passages à l'introduction d'un volume intitulé Le Play, que j'ai fait paraître dans la Petite bibliothèque française et étrangère (Guillaumin, 1891). Ce volume diffère d'ailleurs entièrement, par l'étendue, par le but, par le plan et par le choix des morceaux, de celui que je présente aujourd'hui au public.
6 NOTICE SUll LA VIE
Saint-Lô, travaillant toute la matinée et une pari midi, se délassant le soir dans la lecture de Cicéi tout de Montaigne, qu'il ne cessa plus de pratiipic un de ses auteurs de prédilection (i).
De 1824 à i829, il passe successivement par le Louis, l'Kcole polytechnique et l'Ecole des min polytechnique il retrouve l'ancien compagnon entraîné, Louis Rohert. Il fréquente d*autres n demeureront toujours ses amis : Michel Chevalier, épousera plus tard son (ils ; le méditatif et enthou livré alors à une douloureuse crise intérieure, pro' rompre avec le monde, pour s'élever plus librcnuMil lumière et s'élancer ensuite à la conquête des Amos voie de la science, de la philosophie et de l'Evanj surtout Jean Reynaud, cherchant dès sa jeunesse question sociale de la mémo manière que, dans st ^ cherchera, en écrivant Terre et ciel, h sonder 1
* religieux : par l'imagination au service d'un syst
y était le petit groupe dont les causeries et les dise
(1) Le Play défend Montaign»^ contrrî le roprcx cisrao et le représente comnio « pénétré dos convidi sables à ceux cfui propagent la vérité i)ar rcxomi lirêccptes. » 11 le considèie « eoiniiie un des guides que les Français puissent suivre à, noire «'«poiiuc d reur ». [Les Ouvriers européens^ l, 3:2 et 2^2). 11 ^ à Montaigne sur le conseil de M. Dan de la Vautei pas cliercher dans l'aU'ection qu'il porlail à ce m le souv<înir de sa jeunesse l'explication d'un g indulgence qui étonnent un peu, chez lui, ]m)ui- Essais ?
(2) Le père Gratry a raconté lui-même cette c passaj^e i)oélique, et ])oignant des Souvenirs rif i" édit., p. 114 (ît suiv.
(;{) Jciin Jleynaud est resté jusqu'à sa mort (18<):î étroites avec Le Play. M Gh(^ysson a publié sur In notice, suivie d'un certain nombre de lettres adr
/ Play à son ami, de 1849 à 4857 (Revue La Itèf