‹ Frédéric le Play d'après lui-mème; vie-méthode-doctrine; notices et morceaux choisisChapitre 7 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

mencées dans le préau de l'Ecole, continuaient, les jours da congé, sous les ombrages du Luxembourg.

M. de Saint-Léger, ami intime de Le Play, a cité de lui deux traits qui se rattachent à ces mêmes années et que je me reprocherais de passer sous silence. Pendant que Le Play était à TEcoIe des mines, il donnait des leçons pour subvenir à ses besoins. M. de Saint-Léger, bien que son aîné, l'avait pris comme répétiteur. « Maintenant, Monsieur, lui dit un jour Le Play, je dois en conscience vous déclarer que je n'ai plus rien à vous apprendre ; vous en savez autant que moi. Si je continuais & vous donner des leçons et à en recevoir le prix, je vous volerais votre argent ». Le maître et l'élève se lièrent pour la vie. Sur 70.000 lieues qu'il avait parcourues pendant ses voyages. Le Play en fit 22.000 en compagnie de M. de Sainte Léger.

Aussitôt sorti de l'Ecole des mines, il alla trouver sa jeune sœur : « Tends-moi ton tablier », lui dit-il, et, y jetant les titres qui représentaient sa part de l'héritage paternel : t A toi, tout. Quand un homme a une carrière, il serait un lâche s'il ne se suffisait pas à lui-même > (1).

Cette période de l'enfance et de la première jeunesse se clôt ici. Le Play l'a décrite avec trop de naturel et d'agrément pour que je m'y arrête après lui. Il entre avec le numéro 1 à l'Ecole des mines, où Jean Reynaud l'avait devancé. Tempérament, traditions, — l'ancien conventionnel Merlin de Thionville était le tuteur de Reynaud, — tout devait séparer les deux amis, et cependant ils ne peuvent pas se quitter. Enfin, incapables de s'entendre sur les principes d'une saine organisation sociale, ils prennent, en 1828, la résolution de s'attacher à les découvrir ensemble par des recherches régulières et suivies. Deux missions à l'étranger complètent l'enseignement pratique de l'Ecole. Le Play offre à Reynaud de mettre à profit celle de

(1) Baunard, Frédéric L,e Play {La foi et ses victoires, II, 283).

i829 pour aller étudier sur place, en même temps ments et les usines, les mœurs et les institutions gne du Nord. Sa proposition est acceptée. La réfo comme but, la méthode d'observation comme mots n'étaient pas encore prononcés, mais le proje dans l'Allemagne du Nord contenait en germe cette

Pendant la belle saison de Tannée 4829, Le Play pa Jean Reynaud, les provinces rhénanes, le Hanovre, 1< la Saxe, la Prusse, la Belgique (1). De retour à Paris. à rédiger son journal de voyage lorsqu'un accident d interrompit ses travaux et mit sa vie en péril. «Dan ration de potassium, raconte un de ses camarades, projection de cette dangereuse substance l'atteigni bras. Accourus à ses cris, les élèves du laborat( peine le temps de lui arracher ses vêtements en fl

(1) Il eut la satisfaction, alors qu'il était en Ai recevoir la lettre suivante : .

« A M. F. Le Play, élève dos mines.

« Paris, le 15jui « Monsieur, le Conseil de l'Ecole royale des min( connaissance des succès infiniment remarquables (j obtenus dans le dernier concours. Il m'annonce fj vous n'ayez que deux années d'études, vous vou tôte de la liste des élèves et que vous avez acquis, mérite, 5.797, nombre auquel» depuis la fondatioi n'a jamais atteint aucun élève, même de 4« année ; ces résultats sont dus à votre application non inte votre conduite exemplaire. J'ai vu avec un grand moignage aussi honorable pour vous. Je me pi féliciter. Monsieur, et à vous en exprimer toute tion...

« Le Directeur général (

et chaussées et des i

Signé : Bec^ue^

deux mains élaieot horriblement dépouillées et calcinées. On le transporta dans le cabinet chinois attenant à la salle du Conseil, aujourd'hui englobé dans la nouvelle bibliothèque ; on y installa un lit provisoire à l'aide de matelas empruntés au personnel de l'Eeole, et, en attendant l'arrivée de sa mère et de sa sœur mandées du Havre en toute hâte, ses camarades se relayèrent tour à tour pour entretenir sur ses mains un courant d*eau froide, seul adoucissement à ses souffrances. Longtemps mal soignée par le médecin de l'Ecole, Taffreuse brûlure ne céda qu'à une habile médication du célèbre Dupuytren. Au bout de dix-huit mois. Le Play retrouva l'usage de ses mains, déformées pour la vie, mais ayant conservé toute leur adresse pour récriluro, le dessin et les manipulations chimiques » (1).

C'est alors que, Tàme encore fraîche des impressions de paix et d'harmonie sociale qu'il avait rapportées de sa visite aux heureuses populations de TAllemagne du Nord, hanté, pendant ses nuits d'insomnie, par des visions de violence et de sang, — c'étaient les Trois Glorieuses qui passaient dans les rues de Paris au bruit de la fusillade^ des cris de mort et des chants de triomphe, — Le Play prit la résolution de travailler désormais à guérir, autant qu*il dépendrait de lui, les plaies de la France si cruellement et inopinément rouverles.

« Ce dur apprentissage de la douleur, écrivait-il plus tard, m'apparaît aujourd'hui comme un des événements décisifs de ma carrière. . . Dix-huit mois de torture physique et morale opérèrent dans mon âme une transformation que n'aurait pas produite une vie entière de bonheur... Je fis vœu de consacrer chaque année six mois de voyage à mes études de métallurgie menées de front avec celles des familles et des sociétés. Je fus fidèle à celte résolution » (2).

Le Play partagea son temps entre la France et les pays

(1) Lefébure de Fourcy, Annales des mines, juillet-août i 882.

(2) Les Ouvriers européens, I, Avant-propos et p. 41.

étrangers. Pendant l'hiver, il travaillait, comme à la publication des Annales des mines et do l:i .* de Vindustrie minérale; il professait à lEcolo, d« le cours de métallurgie; enfin il re^digeait ses r missions. Il employait la belle saison h voyagor. 1848 il visila, une ou plusieurs fois, l'Kspagno, 1'; l'Ecosse, rirlande, la Russie, l'Allemagne, le l)a Suède et la Norwùge, la Belgique, l'Aulrirlio. la 1 l'Italie du Nord. Et ce n'étaient pas de InUils v plaisir, 'mais des stations, des séjours, (ju'il proU renouvelait pour vérifier et poussor juscpTaii (\*'v d'exactitude ses observations. Ingi'iiienr, cliarpi missions of(icielles, parlant cinq langue^ et pouvinil directement los réponses faites en trois an 1res 1; questions posées par des iiilerpréles, il frcqucMitai voyait de prés lespalrons, les ouvriers. î(»s lioiniiios | même temps qu'il étudiait les proctHlés locbnlipies ^ entreprises prospères, il s'onquérait des insliliilion rent aux familles le bien-être et les satisfactions m diverses classes la concorde et l'union, aux poup Hance dans l'avenir et la stabilité. 11 appliquait à \\ questions métallurgiques et des problèmes sciciaii méthode : une observation rigoureuse et patiente détail ne rebutait et (pii savait attendre pour ne ce bon escient. Il inscrivit pins tard, en tète des Our pêens, ce passage (ie VElotfe de Vauban par i (( Il — Vauban — s'informait avec soin de la vaU res, de ce qu'elles rapportaient, de la manière d ver, des facultés des paysans, de ce qui faisait leur ordinaire, de ce (pie leur pouvait valoir en un jou de leurs mains ; détails méprisables et abjects en et (|ui apj)artiennent cependant au granil arl de gc En transcrivant ces lignes, Le Play songeait s.i lui-même. Klles lui conviennent elTectivemeut 1

encore qu'à Tillustre Vauban, parce qu'il poussa ses recherches beaucoup plus profondément et plus loin, qu'il les poursuivit avec beaucoup plus de méthode, et qu'il y apporta une précision absolument inconnue jusqu'à lui : « Nul, je crois, n'a su voyager comme Le Play, dit M. Lefébure de Fourcy, — dont l'esquisse fait une sorte de pendant à celle de Fontenelle. — De petite stature, mais de taille dégagée, doué de jarrets d'acier, passé maître dans l'équipement du piéton, bravant les ardeurs du soleil comme les intempéries du ciel, résigné aux mauvais repas et aux mauvais gites^ il accomplissait sans fatigue des étapes énormes, aussi dispos à l'arrivée qu'au départ. Nul aussi n'excellait comme lui à tirer des hommes et des choses jusqu'au dernier des renseignements utiles à l'objet qu'il avait en vue. Industriels et ouvriers, propriétaires et paysans, professeurs et étudiants, aubergistes et passants, tous étaient ses tributaires. Que de portes, fermées à d'autres curieux moins habiles, se sont ouvertes devant son irrésistible entregent 1 Que de secrets n'ont point tenu devant sa finesse, cachée sous la plus engageante parole » (l).

Je n'ai pas à m'occuper ici des rapports techniques de Le Play sur l'industrie métallurgique ; on les trouverait dans les bibliothèques du ministère du Commerce et de l'Ecole des mines. Il a résumé ses patientes études sur les populations ouvrières et agricoles dans l'inappréciable collection des Ouvriers européens. C'est là qu'il faut aller les chercher. Mais qu'il me soit permis d'insister quelque peu sur les let-très qu'il adressa, pendant ses voyages, à sa mère, puis à sa femme, de 48-29 à 4854. Elles n'ont été publiées qu'en 4899

(4) Lefébure de Fourcy, Annales des mines, juillet-août 1882.

par son fils, M. Albert Le Play, el ses biograptit écrit avant cette date, ne • les avaient pas lues entrelient ses correspondantes, on le conçoit, ni du ses visites dans les usines, ni de ses enqu('^tes a familles ouvrières. Ce sont des récils, des descrip traits de mœurs. Mais ces lettres révèlent un Le veau, inconnu du commun des lecteurs et peut-être amis de son âge mûr, gai, plaisant, mondain même jeunesse, s'intéressant à tous les spectacles de la i toutes les scènes de la vie.

Il part au mois de juin 1829 avec son ami Jean pour l'Allemagne du Nord ; il a vingt-trois ans, c premières. impressions de voyage. Tout d'abord, h Rhin le ravit. « Ce qui surtout me transporte d'a^ écrit-il à sa mère, c'est le nombre infini de vieux cliîî nés qui sont tous assis de la manière la plus pitloi des rochers presque inaccessibles, à 400 ou 500 pied teur, et qui dominent encore le cours du Rhin de h la plus menaçante, avec leurs tours élevées, leurs crc leurs fenêtres en ogive... Pendant les deux jours 4 notre voyage de Bingen à Coblentz, nous avions dit a mines et aux cailloux, et, pour ma part, je n'avais pa mes deux yeux pour voir, de mes deux jambes et de i bras pour escalader les créneaux et les tours des vi teaux, pour visiter les souterrains, les donjons et la du chevalier. Rien n'échappait à mes recherches ; qu surtout quand, arrivé enfin sur le haut de la tour du pouvais planer comme un oiseau sur toute la vallée di Arrivé dans le Hartz, il décrit minutieusement le ce mineur qu'il revêt pour descendre dans des galeries | de plus de â.OOO pieds. Il explique à sa mère l'cmp journées de travail qui commencent à 4 heures i/îl

(1) Frédéric Le Play. Voyages en Europe, 1829- Iraits de sa correspondanco. Pion, Nourrit éditeurs.

et ne s'achèvent qu'à 8 heures du soir. Il raconte une excursion dans la vallée sauvage deTOkerlhal. Le sentier qu'il suit, resserré entre des rochers énormes, « est plutôt l'ouvrage des chèvres et des cerfs que celui des voyageurs ». Les racines de sapins, les blocs de granit, les torrents qui se croisent en multipliant à rinfini le bruit de leurs eaux forment une scène de toute beauté. « A l'instant où j'arrivai, écrit Le Play, le jour commençait à tom^ber. Ce lieu est célèbre dans le Hartz. C'est là, suivant la tradition, que le Freyschûlz (Robin des bois) venait invoquer le diable ou le chasseur noir pour avoir des balles enchantées. Après avoir allumé ma torche de sapin que je fichai horizontalement entre deux rochers, je montai sur une roche du torrent et commençai à entonner l'évocation du diable de Robin des bois, que je terminai en appelant trois fois, à haute voix, le franc chasseur; mais je ne vis absolument rien, si ce n'est pourtant un grand nombre d'orfraies que ma torche avait attirées». Ceux qui n'ont lu, de Le Play, que la Réforme sociale imaginaient-ils le futur auteur de cet ouvrage évoquant sur le bord d'un torrent, au bruissement des battements d'ailes des oiseaux de nuit et à la lueur d'une torche, le fantôme du chasseur noir?

Ailleurs, c'est le récit d'une ascension, faite avec Jean Reynaud et un jeune Américain, compagnon de rencontre, au sommet du Brocken, pour voir le coucher du soleil. L'admiration qu'il ressent est telle, qu'il saisit aussitôt la plume pour en transmettre à sa mère l'expression toute vive. « Ce qui nous entoure en ce moment est si beau et si sublime, que j'interromps la suite de mon journal pour t'en parler ». Il dépeint la cime du Brocken « qui s'élève au milieu de la chaîne du Hartz comme la souveraine de tout le pays », et le panorama de rochers, de montagnes et de plaines que borne un hori/.on de 30 à 40 lieues. La lumière qui éclairait ce magnifique spectacle disparait peu à peu, * les teintes jaunes qui coloraient les montagnes ont fait place aux teintes violettes, puis aux teintes

j 14 NOTKF ^i;i{ r.A vn-:

bleu foncé, et enfin tout est entré dans l'oni était vit ; le thermomètre,— Le Play, toujours — marquait 8 degrés au-dessous de zéro. De s'étaient installés et qui surmonte l'auberge, descendent dans leurs chambres bien closes, « dès les premières lueurs de l'aube, ils rega^ d'observation. La description du soleil qui se « d'une mer de nuages mamelonnés d'un blanc cupe une grande page . Mais ce voyage encl à son terme. Quelques jours plus tard, les d avoir jeté sur les montagnes du Hariz un iU regret et d'adieu, reprenaient, en passant par chemin de Paris, j On trouverait, dans cette partie de la cor

Ll i Le Play, bien des détails pittoresques ou amii

1 de courses extraordinaires, d'orages, de nu

i belle étoile, auprès d'un feu do branches mo^(c^

I rières, tout cela conté ou décrit d'une plume ak

i ment de verve et d'entrain .

A peine remis de sa blessure de laboratoire, pour l'Espagne. 11 allait, sur la demande du g ce pays, étudier un projet de carte géologique Mais il comptait bien aussi, fidèle à cette autre I

»1 1 assignée, pousser ses explorations dans tous les

D'ailleurs il était jeune, il avait de nombrcu« commandation, il était invité partout. Il passe jours délicieux. « J'ai assisté à la Corrida a de taureaux, écrit-il à sa mère, c'est la chose dinaire que j'aie jamais vue et elle mérite une ( spéciale. J'ai fait un voyage h Aranjuez, magi royale ; j'ai été dans un très joli bal où était de Madrid ; j'ai été tous les soirs dans de ] (soirées) charmantes ».

La nature Pintéressc, on peut dire le passi

la société. Au milieu des régions dénudées qu'il traverse en s'éloîgnant de Madrid, il découvre, le long du Tage, une oasis de verdure où des bouquets d'arbres étendent leurs branchages sur des tapis de fleurs. « Il est impossible de rien concevoir de plus beau pour un botaniste, c'est une floraison qui surpasse toutes les descriptions poétiques ». Mais l'enthousiasme du jeune savant ne se perd jamais dans le vague ; il reconnaît et nomme foules les espèces qui charment ses yeux : iridées, renonculacées, lavandes, puis une forôt de liliacées qui s'élève jusqu'à quatre pieds; enfin, au-dessus, des cistes qui montent jusqu'à huit ou dix pieds, « chaque arbuste couvert de plus de cinquante fleurs larges comme la plus grande rose, h cinq pétales blancs, dont les onglets sont (achetés de violet, et tout cela non par millions, mais par milliards, sans aucune trace de culture humaine ! Je joiwssais là par tous les pores ».

Le Play raconte ensuite à sa mère mainte aventure comique, des repas dans les invraisemblables auberges que Cervantes a décrites et qu'a fréquentées Don Quichotte, de longues courses à pied ou à dos de mulet par les sierras désertes. A la tôle de la petite caravane composée de cinq personnes, parmi lesquelles un Toulousain qui fait le commerce des laines et professe les théories de Fouricr, s'avance « Don^ Federico Le Play, chef delà Cavaleria, que ses amis de France ne reconnaitraient certainement pas en ce moment, noirci par le soleil d'Espagne, décoré d'une moustache que les nobles d'Kspagne et les Français, qui se permettent tout, ont seuls le droit de porter: coifté d'un élégant chapeau andalou à bords larges de 6 pouces, à forme pointue et orné de bandes do velours, enveloppé avec gravité dans une vaste capa brune, doublée de velours rouge, comme la portent les élégants du pays ».

Ce sont, pour Le Play, des alternatives de vie sauvage et de vie mondaine. Cordoue, qu'il découvre au débouché de la montagne, lenchanle. Il retrouve à Scville, puis à Cadix, toute la grâce et toute la gaité de la société madrilène. Il veut pousser

jusqu'à la pointe la plus méridionale de rEuro(i clair de lune, le détroit de Gibraltar dans un ba touche pendant cinq minutes le sol africain s cueillir à la hâte une demi-douzaine de plantes soir Tarifa, sur la rive andalouse. Il arrive ei « Grenade ! la véritable huitième merveille du i

Là, une fièvre typhoïde l'arrêta brusquemen il avait donné Tordre à son domestique, le fidèU d'ccartcr de son chevet les médecins du pays. ( caution peut-être le sauva ; mais, obligé, en ra blesse, de revenir par mer, il s'embarqua à V mauvais bâtiment de commerce. Une tempête l'équipage était ivre et le capitaine avait pen Play dut prendre lui-même la direction du par aborder à Marseille.

Sa correspondance ne contient, pour les an qu'un petit nombre de lettres, datées d'Anglel 1844, nous le retrouvons au fond de l'Oural, réorganisant les exploitations minières du prince doff. C'est le second séjour qu'il faisait dans 1' Déjà, en 1837, il avait entrejDris, sur la demam de ce grand personnage, une reconnaissance d( bonifères du Donetz, entre la mer Caspienne et Ce fut une véritable expédition scientifique, emmené avec lui un ingénieur des ponts et chai logue, un naturaliste, et, comme dessinateur, le Quelques maîtres ouvriers venus de France ir manœuvres, pris dans le pays même. C'est alon Demidoff, témoin du rare talent d'organisation Le Play, lui confia la direction des riches mines de platine, de cuivre et de fer qu'il possédail « L'extraction des minerais, dit un savant ingén paration mécanique, leur traitement métaliurg renouvelé et approprié aux enseignements de la

pratique les plus rationnelles. De son cabinel, Le Play gouvernait jusqu'à 45.000 ouvriers travaillant dans l'Oural » (4).

C'est là que sa correspondance nous ramène en ^844. « J'y ai trouvé, écrit Le Play, toutes les impressions qu'on peut ressentir en voyant de grandes montagnes, des forêts vierges, la végétation luxuriante des tropiques, le désert, et la vie civilisée avec sa bonne cuisine et le vin de Champagne qui coule ici par torrents » . Je laisse de côté une foule de traits intéressants et de détails curieux sur l'aspect des villes, les mœurs, l'étrangeté d'un pays dont aucune région de notre Europe occidentale ne saurait donner l'idée. Mais qu'on lise, entre plusieurs autres, deux lettres (2) qui présentent vraiment en raccourci tout un tableau de l'ancienne vie rurale dans la Russie de Nicolas l^r. L'une décrit la demeure seigneuriale des DemidofT et la somptueuse hospitalité avec laquelle les étrangers y sont accueillis, les usines, les forges disséminées au milieu des forêts et au bord des lacs, sur cet immense domaine qui renferme 50.000 habitants. L'autre met sous nos yeux tout ce qui garantissait alors le bien-être du paysan-serf : une maison qui lui appartient, un jardin, un pré, tant de vaches, tant de chevaux, de moutons, de brebis. Cette lettre se termine par la peinture des travaux et des repas en commun qui font de l'ouverture de la fenaison, dans les campagnes de l'Oural, une fête universelle. Ces rires, ces chants, « ces familles juchées sur d'énormes tas de foin portés sur de petites charrettes rappellent, dit Le Play, — et sa vive description évoque d'elle-même ce souvenir, — le tableau des moissonneurs de Léopold Robert » . C'est une page à la fois sobre et pleine, où chaque mot parle, où les chiffres eux-mêmes apportent la précision sans nuire au pittoresque ; c'est un petit chef-d'œuvre en son genre. On dirait un chapitre

(i) Lefébure de Fourcy, Annales des mines, juillet-août 1882. (2) On les verra plus bas.

18 x(/rirK SUR i,.\ vik

des Ouvriers européens mis au ton et rédui d'une lettre familière (1).

En 4845, Le Play visita la Suède et la Norwêg sur le fer de ces pays un mémoire qui y avait i presque populaire. II y fut reçu par le lioi et il admirant tour à tour, sous le toit des petits pro) Norwège, les fortes mœurs de cette race rurale, et,

(1) Lors de ses missions en Kussio, Le Pla.y li le tsar Nicolas I" sur divers projets de réformes sociales. Au lendemain des événements ({ui vierim sangJanter ce vaste Empire, la reproduetion de 1; ne sera pas sans intérêt. « Chargé en 1837 par 1«' russe, avec l'autorisation de mon gouvermunen d'explorer les terrains carbonifères de la vallée étudié, à cette époque, la bureaucratie de la dionalc avec les facilités que me donnaient ment d'un devoir public et l'adjonction d un de camp du souverain. Doux autres missions é^zal plies, on 1844 et en 1853, avec l'adjonction df < m'ont fourni l'occasion d'étendre cv% études j de l'occident, du centre, du nord et de l'orient pereui- Nicolas voulut, dans le cours «le ces consulter sur une question intéressant son enipii uKm opinion sur les rélormes (|ui pouvîiieni èlre in la condition des paysans comme dans le régime < forets, de l'agricultun; et de l'indnslrie inaiml Majesté daigna prolon«îer l'entretien avec e.elte ?(»!] tique qui est l'une des fon-es de toute s(M'iété, et à un degré éminent chez les classes dirigeante* Mais lors(|ue mon exj)o<é m'eut amené à monfi«ibureaucratie russe. Sa Majesté m'interrompit i»ri me disant : Oh ! Monsieur, je tif connais que truf vous me signalée ; mais je n espère plus (/ue cette i et ce Vwuvredemon rè{/ne.

€ Kn France, j'ai souvent reçu des confidenrcs personni'S qui ont occupé ou qui occu))ent enc( situation dans l'F^tat. Ce< personnes ont raison «le < l'empereur Nicolas, que la réforme de Ui bwreauc dillicullés d'exécution; mais elles retoujbent dans souverain lorsque, les tenant pour insurmontaldes, sans nécessité à. des entreprises qui les éloignent d préalable... » (la Réforme socialey \\\, 362).

indnstriels de la Suède, dont il était l'hôte, la pratique bienfait santé des vieilles coutumes du patronage. Enfin de nouvelles missions dans l'Italie du Nord et dans l'Autriche Hongrie complétèrent, pour Le Play, rapprenlissagc des deux sciences auxquelles il avait voué sa vie.

Il aimait, — que ce fût par un goût inné de la précision ou par le hesoin de manifester sa gratitude, — à rappeler la parole du sage, l'aphorisme populaire, l'épisode inaperçu ou insignifiant aux yeux de tout autre, qui avait porté la lumière dans son esprit sur tel ou tel point de la science sociale. Lorsqu'il partit pour TEspagne, en i833,lecél.''bre Boieldieu le recommanda au comte de Rayneval, notre ambassadeur à Madrid. Ce diplomate, frappé de la rare intelligence du jeune voyageur, le mit, avec beaucoup de bonté, au courant des affaires politiques de TEuropc. « II éprouvait pour la France un amour profond, dit Le Play; et voyant vibrer en moi le même sentiment, il se plaisait à encourager mes inclinations naturelles. . . II insistait particulièrement sur les maux que déchaîneraient prochainementsur notre race les lois hostiles à l'autorité paternelle, et il résumait chaque leçon en m'adjurant de me dévouer h cette partie de la réforme. Je n'oublierai jamais ces paroles prophétiques » (i).

C'est le directeur général des mines du Harlz, M. Alberts,

(1) Le Play, av«»rti par lo comte do Rayneval, mais surtout instruit par sos observations personnelles, n'a cessé de réclamer, comme la plus urgente des réformes, la restauration do l'autorilé paternelle en France au moyen de la liberté testainentain;.

Voici les deux traits sur lesquels le comte de Rayneval avait altiré son attention. Bonaparte comprenait que le partag(j forcé des héritages est le plus sûr moyen d'effacer les traditions domestiques. Aussi, après l'avoir imposé et l'ensemble de la

qui, par Taccom plissement le plus étendu des fonct nage exercées sous les veux de Le Plav, lui aval plutôt fait voir que la permanence des engagenr maître et son personnel est la condition la plus du bien-être et de l'harmonie dans l'atelier .

A Osterby, près d'Upsal, chez le baron d( dirigeait une population d'environ 2.300 ouvrl avait pu admirer un ensemble de mœurs et de ( comme dans les montagnes du Hartz, garantisse pain de chaque jour et la sécurité du lendemain, étaient réglés en partie non d'après la quaniil mais d'après les besoins. Chaque ménage avait gratuite d'une habitation et d'un jardin, le bois les produits de la chasse et de la pèche. Le pj l'ouvrier des avances en argent pour l'acquisitio et des animaux domestiques, pourvoyait à l'in enfants, distribuait des secours aux malades, au: aux vieillards. Ce que pratiquait t le patriarche

population afin de supprimer toute résistance à s'empressa-l-il, dès qu'il fut empereur, d'organis( tution des majorais, un régime contraire en faveu dévouées à son gouvernement. C'est ce qu'il expli< dans une lettre à son frère Joseph : « Etablissez 1( Naples, lui écrivait-il ; tout ce qui ne vous sera i se détruire en peu d'années, et ce que vous voi se consolidera. Voilà le grand avantage du Cu consolide votre puissance, puisque, par lui, lou pas fidéicommis tombe, et qu'il ne reste plus de sons que celles que vous érigez en fiefs. C'est c prêcher un Code civil et m'a porté à l'établir. Napoléon à Joseph, du 5 juin 1806. Mémoir^es et ce politique et littéraire du roi Joseph» H, 275, Pari5 Le second trait signalé par M. de Rayneval si congrès de Vienne (1814-1815). Les diplomates ang ton et Castloreagh, n'ayant pu obtenir qu'on reçu nos frontières, se consolèrent en disant : t Après 1 çaie sont suffisamment aftaiblis par leur régime d( (Les Ouvriers européens » IL 4084Ô9),

SCS voisins le faisaient comme lui, « persuadés que la prospérité nationale dépendait moins du progrès de leur fortune que du bien-être et de la sécurité des classes ouvrières •. Le Play comprit là pour la première fols, de manière à ne l'oublier jamais, que les vrais arbitres de la science sociale sont non pas les légistes et les citadins, mais les majlres qui passent leur vie sur un domaine rural, veillant à l'exploitation de leur terre ou de leur industrie, à l'éducation de leurs enfants, à l'assistance morale et matérielle de leur entourage. Cent fois, depuis lors, cette pensée lui revint, ou plutôt elle ne le quitta plus, et il exprima son admiration pour ces hommes d'élite en les nommant : les Autorités sociales.

Un jour, dans le comté de Northumberland, voulant se faire expliquer un procédé curieux de la métallurgie anglaise, il invita à dîner un habile contremaître. Celui-ci, généralement gai, resta quelques moments impassible et silencieux. Enfin, se décidant à lever son verre, il dit, d'un ton solennel : The queeriy à la santé de la reine I Le Play s'aperçut qu'il avait froissé involontairement son hôte par l'omission d'un touchant usage ; il porta le toast, et aussitôt leur conversation reprit le tour accoutumé. Deux mots, qui résumaient tout un ordre de sentiments et d'idées, venaient de lui découvrir une des forces nationales de la vieille Angleterre.

La Russie, grâce aux séjours prolongés qu'il y Ot et à la grande exploitation minière qu'il y dirigea, avait contribué, non moins que l'Angleterre et l'Allemagne, à Téducation sociale de Le Play, t C'est par la tête que pourrit le poisson », avait dit devant lui un pécheur de la mer d'Azof, faisant allusion à l'influence néfaste des mauvais exemples tombés de haut : image expressive que Le Play retint et dont il se servit pour flétrir les classes supérieures lorsque, se laissant envahir par le scepticisme et par le vice, elles les communiquent de proche en proche aux classes populaires.

Une autre foiâ, désireux de savoir sur quels fondements

repose, dans l'Empire russe, la liberté conimu

à un groupe de moujicks quelle est la sanc

Il que possèdent sur eux les anciens : « Pense?

ger, lui répondit un de ses interlocuteurs en vers les images sacrées, qu'un enfant de la s f drait jamais, en désobéissant h son père. <

'i ' salut éternel ? » Cette exclamation, écrit le V

le génie de la constitution russe. Kllc m'cx] la paix publique se maintient grâce à la dise {• chacun accepte, et pourquoi d'immenses pr

] vernées sans le concours de la force militaire

Mais ce n'est pas seulement le secret de ' , que l'étude attentive des sociétés conlenii

; l'infatigable chercheur, c'est aussi le secret <

rues." Son voyage de 1837 dans les slej)|)('s < dionale, « océans do fleurs cl de voi-diirc, o agite les grandes herbes, les clievaux, les hv eux-mêmes sont à demi plongés », l'initia au pies pasteurs qui couvrirent jadis de leur l'orient de l'Europe et le centre de rAsio. observa parmi les paysans et les forgerons un nom" célèbre dans l'histoire : c'est le / ' ce régime, contrairement aux idées préconi

avait apportées de France, ne présentait auc

pression chez les maîtres ni de m»'Conlentenu ; Il avait pour caractère essentiel la perpé

i' ments entre le paysan ou l'ouvrier et le ^

fournissant le travail, le second garan tissa ii advenir, la subsistance de la population enti

bË FRl^iDÉRIC LE PLAY i

cité (163 obligations assurait à tous, en Russie, le bien-être ( la paix.

Or, précisément vers la m^me époque, M. Benjamin Guc rard publiait à Paris (1844) les Prolégomènes du polyptiqu (TlrminoUy c'est-à-dire un commentaire sur l'élat authentiqu des hommes, des biens et des droits appartenant, dans les pre mières années du. ix** siècle, à Tabbayc de Saint-Germain-des Prés. Un peu plus lard, la Société d'agricuUure, sciences, art et belles-lettres de TEure couronnait et imprimait à ses frai (1851) les Etudes de M. Léopold Delisle sur la condition di la classe agricole et Vétat de l'agriculture en Sormandii au moyen-dge. Dans ces deux ouvrages, que le savoir prodigieux de leurs auteurs'classe hors de pair, mais que suiviren de nombreux travaux du même genre en France et à l'étranger Le Play reconnut, chez nos paysans du moyen âge, les même* mœurs et les mêmes coutumes qu'il venait d'analyser chez les paysans russes. La société que des chartes et des parchemins jaunis révélaient à ces grands érudits, il Tavait vue, de ses veux, se mouvoir et vivre.

Au IX* siècle, le servage était général en France. Dès le xie, il avait disparu des campagnes normandes. L'émancipation des classes rurales s'était produite sans secousses et par le libre accord des seigneurs et de leurs tenanciers, qui, les una et les autres, y trouvaient également leur compte. Le petil nombre de redevances et de services personnels qui subsistait encore j était nettement défini : « Le paysan, dit M. Léopold Delisle, les acquitte sans répugnance. 11 sait qu'elles sont le prix de la terre qui le nourrit ; il sait aussi qu'il peut compter sur l'aide et la protection de son seigneur. Sans doute son travail est dur, ses fatigues incessantes, sa nourriture grossière. Mais aussi l'avenir ne lui inspire guère d'inquiétude. ... Ce régime a fait goûter à nos pères de longues années de calme et de prospérité. Malgré l'accroissement du bien-être matériel, nos laboureurs et nos artisans sont-ils réellement plus heureux

24 N'OÏICE suit LA VIE

que les laboureurs et les artisans du siècle ( Ainsi, dit un maître cmincnt, « le futur a européens venait d'arriver, grâce à des ol) vies avec persévérance dans le cours de j pendant une vingtaine d'années, aux mém M. Léopold Delisle ; il avait constaté quo. p; tution, la vie intime, les mœurs de nos po| âge continuaient de régner, la prospérité, la appelait excellemment la paix sociale éta qu'ailleurs. Combien il dut s'estimer heureu: les Etudes de son jeune compatriote la confii approfondie du passée des résultats auxr méthodique et impartiale d'un certain non Nord de l'Europe et de l'Orient l'avait condi géographie, la paléographie et la statistique éi ainsi se rejoindre en quelque sorte pour se concours » (2). Le Play, suivi plus lard pa et les érudits sortis de l'Ecole des Chartes sans s'être donné le mot, à une œuvre comi talion, grâce à l'emploi d'une méthode rigo quent dans la mesure du vrai et du juste, ( considérée surtout au point de vue de la sit morale des classes laborieuses » (4).

' (1) Léopold Delislo, Etudes sur la cond

agricole et Vétat de l'agriculture en Norma (Introduction).

(2) Sim(5on Luce, Revue la Réforme sociaU

(3) Consulter Claudio Janiiet, les Grandes é : économique, notamment les chapitres intituK '] la Société du Vlb au AY« siècle ; Une municii \ France, de V époque romaine à i 7S9, Sistero { une municipalité du Quercy au motjen cit 1: î'égimCf monographie de Castelnau de Mont, ;! Voir aussi Ch. de Ribbo, ses divers ouvrag

Société provençale à la fin du moyen âge. ;■;:! (4) Siiuéon Luce, loc. cit.

Le Play s*applaudissait et se réjouissait d'un tel résultat. Ce n'est certes pas qu'il préférât un régime de privilège au régime de droit commun qu'adoptent de plus en plus toutes les nations libres et prospères de notre temps. « Je crois môme, disait-il, être en mesure d'établir que la solution des problèmes sociaux se trouvera non dans les institutions qui maintiennent systématiquement l'inégalité entre les hommes, mais bien dans les sentiments et les intérêts qui créent entre toutes les classes l'harmonie encore plus que l'égalité » (i). S'il protestait contre le mépris que l'école révolutionnaire affiche pour un passé qu'elle travestit ou qu'elle ignore, c'était au nom de la vérité historique, au nom du respect que la France moderne doit à l'ancienne France, enfin au nom des grands exemples d'harmonie sociale que celle-ci oftre à notre admiration, et même, pourvu que nous sachions remplacer la contrainte légale par la contrainte morale, à notre imitation.

Voilà par quelles patieiltes études Le Play formait et affermissait peu à peu ses convictions sur la vie et sur l'organisation des sociétés. Défiant de lui-même, peu pressé de conclure, il gardait en réserve et laissait mûrir encore l'ample moisson qu'il avait récoltée, se bornant alors à écrire et à perfectionner les savantes monographies qui devaient composer plus tard la riche galerie des Ouvriers européens. « Cette longue attente, suivant la remarque d'un pénétrant et délicat esprit, était le signe d'une force peu commune. L'homme qui, dédaignant les solutions faciles, refoulant sans cesse les bouts d'idées que ses observations concordantes faisaient lever malgré lui, a su, pendant toute une vie d'homme, tenir dans le silence du doute

(1) La Réforme sociale, I, 58.

Le Play. i

Ij 26 î^oTTOE suïi L\ vif:

méthodique ses convictions grandissantes, i au même respect que la vérité qu'il a si biei Enfin, vers 1843, I.e Play comprit qu'en sociale son apprentissage était fort avance, deux voyages, les observations lapporlées réformes à introduire dans nos mœurs et da saient, pour ses amis et pour lui, la mali( entretiens les plus intéressants. De la niasse recueillis, depuis quatorze ans qu'il parcour? geait maintenant des conclusions précises, hommes politiques qu'il fréquentait. A celh

I f étendaient leurs regards au-delîi do ce «pi'

; % légal ne se sentaient guère rassurés sur l'a

la société française. Quelques-uns d'entre ei la valeur du trésor amassé par Le Play, rés per autour de lui pour s'instruire et travaill j ï' 4844 à 4848, ils se réunirent chaque somain

j soit dans son salon, soit dans celui de Je

' . :" Victor Lanjuinais. Ils appartenaient à toute

se proposaient iranicner les représentants se concerter sur les principes essentiels de Montalembert essayait d'agir auprès des p > Toc(iueville auprès des députés. Trente ans j

de Le Play se reportait avec mélancolie sur ' bons vouloirs et d'elVorts désintéressés. «

hommes, disait-il, ont été enlevés par la \m

ont donc le devoir de rappeler cette époqu

contemporains qui, conservant l'esprit de |

\ désespèrent pas du salut de la patrie. Mo

I de Saint-Léger et moi, nous rappelons sou

i vier 4848, dans une des charmantes soirées

(i) E. Boutmy, M, Le Play et la Réfor nationale, XXI).

Reynaud, où s'agitait la question de la réforme, M. Louis Blanc disait : « Evitons les révolulioQs : Texpérience nous apprend qu'à leur suite le peuple n'a jamais rien gagné ; qu'au contraire il s'est toujours trouvé moins heureux et moins libre » (1). On convint donc que Le Play présenterait à ses amis les éléments de la réforme, mais demeurerait étranger à la politique proprement dite. Il comptait, en effet, aussitôt cette tâche accomplie, reprendre sa liberté d'action pour travailler à l'achèvement d'un ouvrage considérable, qu'il avait déjà poussé fort loin et qu'il devait intituler : l'Art métallique au XIX^ siècle.

Quelques semaines plus tard, le roi Louis-Philippe était renversé, comme l'avait été, dix-huit années auparavant, le roi Charles X. Puis, en juin, les faubourgs se hérissaient de nouvelles barricades et le sang coulait à flots dans Paris. La nécessité d'une réforme apparut plus impérieuse et plus urgente que jamais. Le petit cénacle dont Le Play était le centre s'élargit et compta bientôt dans ses rangs des hommes venant des milieux les plus opposés. C'étaient, pour ne citer que les chefs : François Arago, Lamartine, Carnot, Jean Reynaud, Lanj^uinais, Tocqueville, Montalembert, Sainte Beuve, Agénor deGasparin, l'abbé Dupanloup, Thiers, James de Rothschild, Augustin Gochin, J.-B. Dumas, Charles Dupin. Ils sollicitèrent Le Play d'abandonner sa chaire de l'Ecole des mines et de résumer dans un ouvrage l'enseignement social qu'il n'avait, jusque-là, développé que dans des conversations. Thiers, qui écrivait alors son Irvre sur la Propriété, insista plus vivement encore que les autres. Tous adjurèrent Le Play « de se vouer à ce qui, dans leur conviction unanime, était l'œuvre du salut public ». Après quelque hésitation, car il était passionnément attaché à sa chaire et à ses études de métallurgie, il crut que c'était le devoir, et il céda.

(1) Les Ouvriers européens, I, 423.

28 NOTKK suit L.V VIK

« Dus le lendemain, dit Le IMay, comn épO(jue de ma vie. Je ne songeai pas un ir arrière. Je vis clairement que ma nouvelle be apte à charmer mon esprit et à fonder l'ave danls. Toutefois je compris en môme temps utile à mon pays et me préparerait à mieux factions infinies m'ont récompensé de ce son d'enseigner sa doctrine, Le Play, par un son vraiment excessif, s'imposa de la réviser Pendant les années qui suivirent il emplox étudier de nouveau sur place la Suisse, le: biennes et la Turquie centrale en 1848, l" l'Angleterre et l'Allemagne occidentale en i

Mais cette réorganisation progressive de mément aux éternels principes sociaux, no impuissantes constitutions qu'un coup de foi autre emporte, pouvait-elle donc avoir qi réaliser? L'alliance qui s'était faite entre les risés de tous les partis permettait d'en cor L'acte du 2 décembre 1851 brisa ce lien et (

Parmi les hommes politiques qui s'étaient tanément, les uns coururent acclamer le vî se décidèrent à le combattre ; Tunion fut rc oubliée. Le Play ne se découragea pas, et, tinua résolument sa lâche. Il visita encore, et la Russie. L'année suivante, le livre des C fut terminé. C'était un recueil où il décriva monographies, la vie matérielle et morale

(1 ) Les Ouvriers européens^ I, 426, 433 .

avait observées de près dans ses voyages et choisies parmi les races les plus diverses (I). Il avait d'abord conclu son œuvre par Texposé des mœurs et des institutions qu'une longue expérience et le témoignage unanime des Autorités sociales de l'Europe commande de regarder comme indispensables à la prospérité d'un peuple. Mais c'étaient là des vérités importunes. La France, après la meurtrière insurrection de 4848, y eût peut-être prêté l'oreille ; en 1855, distraite par les préparatifs d'une Exposition universelle, éblouie par les bulletins de victoire qui lui arrivaient de Crimée, elle n'était plus disposée à les entendre. « L'insouciance qui avait amené la dernière catastrophe reprenait le dessus. Semblables à ces peuples établis sur des volcans, qui reconstruisent sans cesse leurs demeures sur la lave refroidie, les Français reprenaient leur labeur de chaque jour sans songer davantage au feu souterrain » (2). D'après le conseil de ses amis et pour ne pas heurter trop violemment le sentiment public, Le Play se résigna à retrancher du texte, sauf à le résumer dans un court appendice, tout ce qui n'était pas strictement nécessaire à Tintelligonce des monographies. Mais, pour confier à une institution durable ces semences fécondes et pour déférer au vœu formel de l'Académie des sciences, il fonda, en 1856, la Société d'Économie sociale.

(1) Les Ouvriers européens. Etudes sur les travaux, la vie domestique et la condition morale des populations ouvrières de l'Europe, précédées d'un exposé de la méthode d'observation, par M. F. Le Play, conseiller d'Etal, ingénieur en chef des mines, professeur de métallurgie à rEcole des mines. Paris, 1855, 1 volume inrfolio, Iniprimeriq. impériale.

On trouvera plus bas, dans la Notice sur la méthode de Frédéric Le Play, l'analyse des Ouvriers européens.

(2) La lié for me sociale, l, 86.

80 N<n \i\: si'K r.A vu-:

La prodigieuse activité de Le Play suffit, p j période, aux tAches les plus diverses. II reru

vement et dans des circonstances difliciles, général Morin, cjui lui-m^me avait succédé h fonctions de commissaire général de TKxpOî 1! fut nommé, la même année, conseiller d'K commissaire général de la section française h -;" verselle qui se tint à Londres en lHC'2 ; de '

I saire général de l'Exposition universcllo do

tcur.

C'est assez dire ((ue Le Play possédait la c léon III. Il a résumé, on des pages malliourci et trop brèves, ses relations avec ce souvc exposés dans les Ouvriers européens, si inéluctal)le,quî s'en dégage. d'assurer aux \h\\ le pain quotidien, avaient attiré l'attentioi l « Il accordait h la souiïrance physique du pa

une compassion que je n'ai vue développé

cliez aucun de mes contemporains ». A phi

i exprima chaudement îi l'auteur la salisfactio

/; trouvait, dans un livre con^u et patronné

' dehors de toute arrière-pensée politique, la c

propres vues. Il le ht appeler, en l8o8, à Conseil privé. L'Kmpereur, plaçant le salul 1 restauration de l'autorité paternelle, s'y j)n

ï j lOL<». travail le plus iinporlant do L»' Plty,

j nmsi^ta «iaii< un liapport sur le cowmcrce d

\ ' cl (lu pain. C'est à la suito do vo. iJLpiuir

!• \ t'ù. juin 1863 ahrog^'a toutes 1rs disjiosirKni:

«pu'ih's l'tîiit assiij(?tti Jusqno-Jîï hî coniiruM'c»'

.; ■ (il Vciir' nota m ment les Ouvriers europém

' "i Constilulioa essentielle, i80-298.

pour un changement de nos lois successorales el l'adoption de la liberté testamentaire. Cette proposition fut appuyée par MM. de Morny, de Persigny, de la Tour, et par Le Play. Elle fut combattue par les présidents du Sénat et du Conseil d'Etat. Deux ministres, l'un favorable à la réforme, mais persuadé que l'opinion publique la repousserait ; l'autre, qui la jugea insuffisante, et partisan du système des majorats, tel que l'avait institué Napoléon 1er, gardèrent le silence. Découragé par l'attitude indifférente ou hostile de ses autres conseillers et retenu par une sorte de timidité bienveillante, l'Empereur n'insista pas. Il demanda du moins à Le Play d'extraire des Ouvriers européens^ sous une forme plus accessible que celle d'un in-folio, d'ailleurs épuisé, les principes dont il aurait souhaité de faire le programme de son règne.

Le Play se mit aussitôt à l'œuvre et publia, en 4804, La Réforme sociale en France, déduite de V observation coynparée des peuples européens. « Le second ouvrage de M. Le Play, dit Sainte-Beuve, était contenu dans le premier : il en est sorti à la parole et sur le désir du plus méditatif et du plus philanthrope des souverains. M. Le Play, averti par lui et sentant qu'on ne pouvait de soi-même chercher et trouver dans son grand in-folio les mille inductions éparses qui résultaient de cet ensemble d'observations particulières, a pris le soin de résumer les idées, d'élever les points de vue, de grouper et de serrer les comparaisons, de les développer en même temps et de les mettre dans leur vrai jour, d'en tirer les conclusions plus ou moins pratiques, plus ou moins immédiates, mais toutes fondées sur une connaissance exacte des sociétés et des peuples. Dans une suite de chapitres ou de livres traitant de la religion, de la propriété, de la famille, du travail, de V association^ des rapports privés et du gouvernement, il a parcouru el approfondi tous les aspects, les modes de combinaison et les ordres de sentiments et de faits sous lesquels se présentent les sociétés modernes, el il a «proposé en détail

(lâDS chaque ordre son plan raisonne ( Quant à l'esprit du livre, le titre seul l'évangile d'une doctrine nouvelle. A celte vrée d'elle-même. Le Play pn'^clie la neccs: suivant des principes absolument opposés quels elle est constituée. Il bat hardiment dogmes auxquels elle croit ; il lui conseil! sont en opposition directe avec les préjugés Mais ses critiques comme ses conseils sont sur des faits et sur une série d'observation œuvre doctrinale une œuvre en même temp

I 1 la première fois que la méthode expérim(>n

ij I ' rétude et à la réforme d'une société » (2).

Le Play, après avoir achevé ce livre ma g

même de l'effort d'attention qu'il demandail

contemporains. « Me voici assuré que moi

j ?:* moins un lecteur », dit il en riant h un d

! :<,:, Conseil d'Etat, le comte de Butenval, qui l'i

les épreuves. Il se trompait : l'ouvrage par^

à la sixième édition (3), et il associa dans u

mune des esprits d'élite, mais peu disposé

tendre. Sainte-Beuve, après l'avoir lu, procl

Bonald rajeuni, progressif et scientifique ».

vait : « Je n'hésite pas h dire que Le Play a

original, le plus utile, le plus courageux

rapports, le plus fort de ce siècle. Il a n

quence que l'illustre Tocqucville, mais bea

picacité pratique et surtout de courage i

(1) ^iiu\\G-\]Qnv(i, la lié forme soci(f/f> f^n Frt [Noureavx lundis y IX, 179).

(2) Comte d'Haufî&onvillo, Le Plny fl'ap7'i:s prunoncé à la réunion annuelle de laSnciét»' le 25 juin 1900. (Revue la Réforme sociale,

(3) La huitième a paru on 1901.

j'admire surtout en lui, c'est le courage qui lui a permis de lutter à visage découvert contre la plupart des préjugés dominants de son temps et de son pays... C'est par là, encore plus que par sa prodigieuse science des faits et son rare talent d'exposition, c*est par la noble indépendance de son esprit et de son cœur, qu'il sera vraiment grand dans Thistoire intellectuelle du XIX* siècle ». Augustin Cochin résumait ainsi deux substantiels et brillants articles sur la Réforme sociale: « Le grand mérite de M. Le Play est d'avoir fortement établi quels sont les biens premiers de l'homme en société. A quelque opinion qu'on appartienne, je délie qu'on lise son livre sans sentir monter au fond de l'ilmc la conviction rigoureuse qui l'anime lui-même. La nécessité, la beauté, la sainteté de la religion, de la famille, du travail, de la liberté, vous apparaissent comme inondées d'une lumière nouvelle. On en comprend mieux le rôle et le prix. Elles étaienl aimées, et on se reproche de ne pas les avoir assez aimées. On se sent plus fort, plus armé, plus convaincu. Il semble qu'un architecte habile vous ait conduit dans la partie la plus secrète d'un temple magnifique et vous ait montré les colonnes souterraines dont la chute ferait tomber le monument par terre » (I).

Peu de temps après cette publication, le 3 avril 1865, lors de la discussion du projet d'adresse à l'Empereur, un groupe de députés vola, sur la proposition du baron de Veauce et d'un certain nombre de ses collègues, l'amendement qui suit : tt Peut-être serait-il utile que votre gouvernement étudiât la question de savoir si, par suite de la transformation de la richesse et des changements dans les mœurs qui en ont été la conséquence, nos lois de succession n'appelleraient pas des modifications favorables à l'extension des droits du père de

(1) Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, IX, 190 ; Montalei»bwt, lettre à un ami, 8 janvier 1866 ; A. Cochin, la Réforme sociale en France, par M. Le Play [Correspondant, mai et juin 1865).

34 NOTrcK s m la vu:

famille ». Gct amendement ne rôunil que perour chargea alors un dos plus liahih?^ ce préparer un projet qui, conformément ;i 1 par Le Play dans la lif^forme sociale, aura d'une solution générale et plus équitable, étal mentaire au profit exclusif de la très petite [) cette seconde tentative n'eut pas plus de si miére : presque tous les membres du Corps 1« et du Conseil d'Etat ne partageaient-ils pas, j[rave question, les erreurs et les préjugés du

Des travaux d*une tout autre nature allaieni C'est lui qui organisa, avec le titre de Con l'Exposition universelle de 1867. On sait quo

(1) f Ce premier noyau de la n'-forme sor.iali; placé par riiistoiro rn tiHc «les n'^taurah'Ui- (•ivile5î ; el jo lo sij^iialorai dans Um< mkîs (h-\ suciale lUiiiinmwul irproduit (I. 'M'A)), |i'< nntii volùronl rainiMiduiiH'iil du baron d»' Vj'jiurc

Dans le courant do la nirnio anni'-t.', M. L.i! do 1(1 Chandji'o do roniincrco do Viiv'i> et 131 nianidacturiers <;1 romnioiviints, aiiicssi rcnl , lion <'n faveur delà liberté testaimMilaliv. l'in' lui HMiilsi' à ce Corps, jm! iSC'i, par M. Sallai au nom iragriculleurs ri de paysans «le la (U le lexttîde cesdoi'unn!nls(inn> Y Annuaire de I' p. 217 rt suiv.

•' \t) La Hf^ forme sociale, I, 378. l"(?sl pncisôii

(1«; Lo Play que ivpond l'institution du bien d \ d'hui (Mvo ou projeté, sous divers nom>, dai

i. La loi tianeais»' du 30 novembie ISÎ)*, mod

-' jiar ri'lir du M avril lUiMî, sur Ifs hahitatioi

\ niarqui' un promirr pas, bien lirnido, dan< la m

|. propositions plus bardies ont été présentéer

années, à la Chambre d<'s députés, mais aueu encore.

ce chef-d'œuvre de classification et de méthode, cette ordonnance à la fois simple, belle et savante, où le plaisir des yeux s'alliait si agréablement aux satisfactions de l'esprit. M. Dan de la Vauterie avait coutume de dire : « En l'absence d'une vraie noblesse traditionnelle, c'est aux ingénieurs de l'Etat qu'il appartient surtout de se vouer au bien public )>. Le Play avait retenu cette noble leçon de son ancien maître. Il refusa tout traitement en qualité de commissaire général, et il sut s'entourer d'auxiliaires qui se firent honneur, comme lui, de servir gratuitement l'Etat dans cette vaste entreprise. 174 seulement, sur 5.250, acceptèrent une rétribution (1).

Mais, — initiative plus neuve encore, — Le Play chercha, dans ce magnifique tournoi des arts et de l'industrie, une occasion solennelle de placer en pleine et vive lumière les institutions patronales qui avaient contribué le plus efficacement au bien-être

(1) Au premier rang do ces auxiliaires il faut placer M. Emile Gheysson, l'un dos plnséminenta et comme ingénieur et comme apôtre do la science socinlo. Voici comment Le Play s'exprimait lui-môme sur M. Gheysson : t II s'est toujours distingué par son dévouement à la patrie, et il a été un de mes plus habiles collaborateurs àTExposition universelle de 4867 ; depuis lors, il s'est toujours associé à mes travaux pendant les rares loisirs que comportent ses devoirs professionnels. G'ost un des hommes qui accomplissent le mieux la tâche résumée en ces termes par mon maître, M. Dan de la Vauterie », — Le Play cite ici la phrase que je viens de reproduire. {Les Ouvrierg européens^ I, 405).

Il faut signaler aussi un homme qui devait s'illustrer plus tard dans les annales de la charité, comme fondateur de VOffice central des œuvres de bienfaisance, M. Léon Lefébure, alors auditeur au Gonseil d'Etat et l'un des secrétaires du jury pour le nouvel ordre de récompenses. On consultera avec intérêt son beau rapport à la Société d'Economie sociale sur la Situation actuelle de l'ouvrier, d'après les documents soumis au jury spè» cial de l'Exposition universelle (Bulletin de la Société d'Economie sociale, 1867-1868, p. 565). Voir aussi le Rapport sur le nouvel ordre de récompenses, parL, Alfred Le Roux, vicc-présidmt du Corps législatif.

;îi 36 NOTICE SU1{ LA VIF.

il * î' .

matériel, intellectuel et moral des ouvriers (1 l'Empereur décida la création dun nouvel penses en faveur des établissements et dans le inonde entier ^ donnent les meilb paix sociale. Six cents maisons particii>èn les prix furent décernés par le chef de TE 25,000 assistants.

C'était alors l'époque la plus brillante de souverains de l'Europe s'étaient, en quehiu dez-vous à Paris pour visiter la grande E ||i . récentes victoires et les nouvelles ambiti

;{: au dehors, au dedans une sourde agitai i(

wj annonçaient des difficultés et probabicmc

Ijl chains. Napoléon III pria Le Play, nommé

)i. bre du Sénat, de remettre d'abord sous les

.;: M. Troplong, une page où ce juriste distin^

\\ mes éloquents, les bienfaits de la liberlé

(1) L'honneur do c<.*tt«.* grand»' idôi' revio Personne ne la reprit en 1878. Mais, ci sociale obtint à l'Esplanade dos Invalides i Au lieu de se bornor, comme on 1807, à u dépouillée par un jury, on mil les dossi plans, sous les yeux nièmos du public I)« toute Exposition universelle, àrûlranger cou sa soctioii d'Economie sociabî. A colle <lo 1 cialo forma un groupe, le 16% composé (b certes, à juste titre, quo le buste do Le I la place d'honneur dans le Palais (juVl Y Economie sociale à l'Exposition univen

.» M. Cheysson, et Visites à Vexposition iVEc

M. Duparc. (Revue la Réforme sociale, \

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