‹ Frédéric List: Sa vie, son œuvre, son influenceChapitre 1 sur 55 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

mens

Au jour où nous présentons cet ouvrage, il n’existe pas en langue française d’étude d'ensemble sur Frédéric List.

La vie mouvementée de List n’a pas inspiré de bien nombreux biographes : sur la demande de Mme List, Haüsser, professeur à l’Université de Heidelberg, a publié plusieurs œuvres de Frédéric List et a donné à cette compila- Uon le titre d’ Œuvres complètes de Frédéric List, puis il a rédigé une biographie de List. Mais il n’a pas réuni, en fait, toutes les œuvres de Frédéric List, omettant la majeure partie des écrits en langue anglaise (dont les très importantes Lettres à Ingersoll) et en langue française. Quant à sa biographie, elle a été faite, en raison même des circonstances de sa rédaction, avec une très grande hâte, s’attardant sur certains points secondaires de la vie de List, laissant au contraire dans l'ombre certains événements considérables de cette vie. Enfin de nombreuses déformations de la vérité sont dues à l’amitié même qu’Haüsser vouait à List. — En 1854, Colwell annote la traduction en langue anglaise du Système National d'Economie politique par Matile et la fait précéder d’une introduction essentiellement consacrée à l’étude de la doctrine de List.

Henri Richelot donne en 1851 une première traduction en langue française du Système National, avec une notice biographique résumée de l’ouvrage d’Haüsser. Il en donne une seconde édition en 1857, qui n’emprunte au travail de Colwell que quelques notes supplémentaires.

En 1883, Eheberg fait précéder la septième édition en langue allemande du Système national d’une introduction historique qui complète sur certains points les données d'Haüsser, mais qui s'attache surtout à la critique de l’œuvre,

AT

En 1909, Marguerite Hirst publie à Londres une Vie de Frédéric List : elle rectifie sur quelques points les opinions de ses prédécesseurs et publie les Lettres à Ingersoll qu'Haüsser avait oubliées.

Notre étude biographique de Frédéric List a été considérablement facilitée par ces différents ouvrages. Mais nous avons surtout bénéficié des recherches inédites de Paul Hartmann, qui avait consacré plusieurs années de sa vie à retracer les différentes phases de la tumultueuse existence de l’auteur du Système National. C'est à l'amitié de Carl Mertens que nous avons dû de consulter ces notes, que ce regretté savant avait complétées par les résultats de ses recherches personnelles.

Contrairement à ce qui a été prétendu, Carl Mertens, bien loin d’éprouver une antipathie quelconque pour la doctrine de Frédéric List, la considérait comme « le monument fondamental de la science économique allemande ». Il le déclara notamment au cours d’une réunion chez Louis Forest, et lors d’une communication qu’il fit à un petit groupement d’études sociales et philosophiques de Paris, « Coude-à-Coude », peu de temps avant sa mort. Mertens était alors, ainsi que son maître le professeur Foerster, exilé de l'Allemagne hitlérienne.

Au seuil de cet ouvrage, nous manquerions à notre devoir le plus élémentaire en ne rendant pas hommage à tous ceux qui nous ont aidé dans nos recherches, et qui les ont souvent aiguillées sur la bonne voie, tant pour l’étude de la doctrine de Frédéric List que pour l’étude de son influence.

Nos remercîments iront tout d’abord à M. Georges Blondel, ancien professeur au Collège de France, qui a bien voulu s'intéresser tout particulièrement au présent ouvrage, et mettre à notre disposition son extraordinaire connaissance de l’histoire allemande et des auteurs allemands. M. Georges Blondel, qui a personnellement connu la plupart des successeurs de List dans la pratique de la méthode historique ou de la doctrine nationaliste, et notamment Schmoller et Brentano, nous a signalé de nombreuses références, en particulier dans les revues et journaux allemands du siècle dernier, qui ont considérablement facilité notre tâche.

Nous rendrons hommage également au regretté Georges

LD

Deherme, le fondateur des Universités populaires en France, qui avait particulièrement analysé la répercussion de l’œuvre de List en Angleterre et en Allemagne : c’est à lui que nous devons d’avoir pu étudier d’une façon plus complète l'influence de List dans l’école américaine de Patten et dans l’école anglaise du nationalisme social.

Nos remerciments iront encore à M. Marcel Bouteron, conversateur de la Bibliothèque de l’Institut de France, qui a bien voulu faciliter nos recherches dans cette Bibliothèque, où figurent notamment des textes à peu près introuvables du comte Chaptal et du baron d’Eichthal.

Les difficultés principales qui se présentaient à nous n'étaient pas seulement celles des recherches, mais aussi celles des traductions. List, qui déploya pendant toute sa vie une activité vraiment fébrile, qui voyagea fréquemment non seulement dans les pays allemands, mais en France, en Belgique, en Angleterre, aux Etats-Unis, a laissé une œuvre très réduite en langue française, mais très abondante en langue anglaise et en langue allemande. Les Lettres à Ingersoll n’ont jamais été traduites intégralement en français. Quant au Système National, tous ceux qui ont utilisé la seule traduction française qui existe, celle de Richelot, sont d’accord pour en dénoncer la faiblesse (1).

Pour notre part, nous nous sommes appuyés sur la traauction Richelot, étant obligés de la contrôler à chaque citation, et de donner parfois une traduction absolument différente de la sienne. C’est pourquoi les extraits divers du Système National qu’on trouvera dans cet ouvrage différent fréquemment des précédentes traductions. ,

(1) Cf. Rist, in Histoire des Doctrines économiques depuis les physiocrates jusqu’à nos jours, par Gide et Rist, 5° éd., p. 312 (Sirey, éd.).

0 ses

Page 1