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INFLUENCE SUR LES FÉDÉRATIONS ÉCONOMIQUES DE L'EUROPE CENTRALE

« La vie de List est une incessante activité déployée au service de l’unité nationale de l’Allemagne. » (Rau) Tout au long de cette vie, en effet, nous avons noté les démarches répétées, les travaux ininterrompus, les efforts de toutes sortes de List pour faire progresser l’Allemagne sur le chemin de l’union salutaire. De son vivant, il a vu quelques réalisations qui l’ont rempli de joie. Le Deutscher Zollverein a enregistré en 1836 l’adhésion de Bade et de Francfort, et même de Nassau, qui avait été jusque là un des principaux fiefs de la résistance à l'union douanière. En 1842, c’est le tour de Brunswick,

Lippe et Luxembourg. Mais List avait dép'oré le refus

formel du Hanovre.

Nous avons signalé (1) avec quelle arc

(1) Cf. présent ouvrage, 1'° partie, ch. IV p. 109

L’achèvement du Zoillverein

L'adhésion

du Hanovre

Projets d’extension mitteleuropéenne

L'Autriche hostile au projet qu'elle estime trop favorable à l'Allemagne

— 318 — Ch

l'entrée du Hanovre dans le Zollverein. En 1844, ses articles sont au fond destinés à faire comprendre au Hanovre son véritable intérêt mais, en 1846, List confie à Chrétien von Bunsen sa désolation de n’avoir pas vu le Hanovre « se précipiter au sein du Zollverein ».

Après la mort de List, les efforts de persuasion des partisans du Zoilverein ne seront pas moins nombreux. Des amis de List, pour la plupart professeurs dans les universités allemandes, forment un petit comité à l’instigation d’Haüsser, alors professeur à la Faculté de Heidelberg. Le Zollverein est toujours animé par l'esprit unificateur que List approuvait, et ses sollicitations à l’égard du Hanovre, d’ailleurs appuyées sur les idées de l’auteur du Système National et surtout sur celles de ses derniers articles, sont favorablement accueillies par le Hanovre qui, en 1851, en même temps qu’Oldenbourg, adhère à l'union douanière. Cette évolution du Zollverein est consacrée par la constitution, en 1869, d’un Parlement douanier, présidé par la Prusse, et qui devait préparer la réalisation de l’unité politique allemande en 1871. C’est la première victoire posthume de List. À dire vrai, c’est aussi la dernière.

Dès 1848, cependant, ainsi que l’a constaté Paul Leroy- Beaulieu, des tentatives d’agrandissement du Zollverein en dehors de l’Allemagne sont entreprises. L’économiste Frantz Liszt croit qu’une extension du Zollverein est de nature à satisfaire tous les Etats centraux, car à une forme de supériorité militaire ou administrative d’un Etat sur un autre, la formule d’association économique permet de substituer les efforts d’union nécessaire entre hommes de la même race. Les idées racistes ont déjà fait leur chemin et List prétend qu’une association de tous les individus de race allemande sous le couvert du Zollverein permet une heureuse expression de ce racisme sans opposer les Etats frères les uns des autres, cette association purement économique devant être par essence respectueuse des différentes unités nationales.

Mais, même avant Sadowa, l’Autriche est hostile à toute entrée dans le Zollverein. Elle le sera plus encore après la dissolution de la Confédération en 1866, où la Prusse substitue à la vieille Confédération germanique sans grande force l’énergique Norddeutscher Bund qui, en 1871, deviendra l'empire d'Allemagne,

La puissance autrichienne, disait M. Georges Blondel, s’appuyait alors sur trois colonnes : son administration, c’est-à-dire sa bureaucratie complète et minutieuse, son armée et son clergé. On voyait alors les soldats musulmans des troupes autrichiennes faire la haïe aux processions du Saint-Sacrement. Forte citadelle du catholicisme, peu favorable à une association avec des puissances protestantes, l’Autriche redoutait surtout de ne jouer, au sein de l’association économique, qu’un rôle secondaire là où la Prusse aurait joué le premier rôle.

En 1868, se crée un Comité Frédéric List destiné à rappeler les propositions de la doctrine de List et à les reprendre dans le but de persuader l’Autriche d’entrer en composition. L'idée sera reprise par le Verein für Sozialpolitik des socialistes de la chaire. En Autriche, un autre comité Frédéric List se crée, composé de commerçants et d'hommes politiques d’ailleurs assez secondaires. Les idées d’association douanière font dans l’empire autrichien de très nets progrès, mais c’est à ce moment qu’elles sont en régression en Prusse et, d’une façon générale, dans tous les Etats allemands.

Kautsky, dan s la Neue Zeit, prétend qu’une association douanière de l’Allemagne avec l’Autriche serait trop favorable à cette dernière, et que ce serait l’Allemagne qui ferait une mauvaise affaire. Ses arguments principaux sont les suivants : les douanes présentent tout de même pour les Etats qui jusqu’à présent les ont respectés, des avantages financiers. Le jour où les douanes seront supprimées, il faudra remplacer le produit habituel des taxes douanières par de nouveaux impôts. Kautsky prétendait que, quel que soit le mode d'imposition adopté parmi les deux modes que proposait la doctrine (au prorata du nombre d'habitants ou en fonction des relations commerciales), les Autrichiens y gagneraiïent. En outre, il signale les difficultés d’une utile alliance douanière quand la parité monétaire n’est pas établie : il souligne les fluctuations réciproques du thaler allemand et du florin autrichien.

L’attitude de Kautsky déconcerta beaucoup de partisans allemands de l’entente, Il y eut une scission au sein du comité Frédéric List allemand. Pendant ce temps, en Autriche, le comité et, d’une façon générale, les propagandistes de l’union se heurtaient à l’opposition tenace des grands industriels de Styrie, qui prétendaient que toute

Deux comités List

Kautsky juge le projet favorable à l'Autriche

Schmoller

et l'union agricole

L'opposition hongroise

union économique avec l’Allemagne les concurrencerait dangereusement et vaudrait la ruine à leurs industries.

Schmoller, de son côté, ne se faisait pas de grandes illusions sur les possibilités d’une entente très poussée entre les pays centraux. À Eisenach et à Munich, ainsi que dans ses articles de la Neue Frei Presse, il se contente d’essayer d'organiser une entente agricole. Pour cela il reprend l’argument cher à Frédéric List du libre-échangisme nécessaire en matière agricole. Il constate que les Etats allemands, autrichiens et autres s'appliquent tous à vivre en vase clos, qu’il redoute des ententes industrielles qui comprometteraient la situation de certains d’entre eux au profit de certains autres, et il espère qu’un retour à la liberté sera mieux accueilli. Les résultats de sa campagne furent assez médiocres et conduisirent à la signature de quelques conventions accordant des régimes préférentiels aux signalaires. L'idéal de Schmoller dépassait cependant ses propositions; son projet était d’unir étroitement Allemagne, Autriche-Hongrie sur le domaine douanier. C’est en fait le premier projet de Mitteleuropa.

Sous l’énergique impulsion de Naumann, l’idée de construire l’économie du Mitteleuropa reprit une vigueur nouvelle. II semble un moment que, malgré l’antipathie de Bismark pour le projet, les sympathies pour le Mitteleuropa s’affirment en Allemagne et en Autriche. Mais c’est la Hongrie qui s'oppose à son tour, et d’une façon catégorique, à la réussite du projet. Coloman Tisza de Borosjend et Louis Tisza de Szeged sont à la tête de l’opposition. Le royaume de Hongrie a réalisé pour lui-même de sérieux progrès dans le sens de l’union nationale et il se soucie peu d’aggraver sa situation par rapport à l’Autriche. Lorsque List a voyagé en Hongrie, en 1845, il s’est opposé à la politique policière de Metternich et s’est révélé très compréhensif du particularisme hongrois. Mais il a toujours considéré que, si la Hongrie devait être traitée par l’Autriche en sœur et non pas en esclave, toute la politique hongroise devait tendre vers une union économique étroite avec l'Autriche.

C’est ce que réalise l’Entente économique de 1853. Mais, après Sadowa, la paix de Prague imposa à l’Autriche et la Hongrie l’octroi d’un régime de préférence à l’Allemagne. Ainsi, l'unification douanière réalisée en 1853 facilitait la politique égoïste de l’Allemagne qui, faisant pénétrer ses produits manufacturés dans l’agricole Hongrie, empêchait

celle-ci de progresser ainsi qu’elle le souhaitait. Aussi le

vœu le plus cher de la Hongrie était-il de revenir à l’état antérieur aux conventions de 1853, de ruiner par conséquent cette association chèrement désirée par Frédéric List.

Elle y parvient tant bien que mal en 1866 et tout projet d’une nouvelle association économique est pour la Hongrie évocatrice des mauvais jours, car l’Autriche l’envahirait davantage encore de ses produits manufacturés. Dans l'union qui lui est actuellement imposée, la Hongrie s’estime déjà lésée parce qu’elle constate que l’Autriche enlève facilement les produits agricoles de la Hongrie et s'acquitte à bon compte avec les produits de ses manufactures. Tout renforcement d’une union économique qui ouvrirait plus grandes les portes de la Hongrie à l’Autriche ou qui les entr'ouvrirait davantage à l’Allemagne serait fatal à l’économie hongroise. Notons que le raisonnement des Tisza est assez conforme à celui de List. Ils ne repoussent pas, en théorie du moins, la possibilité d’une union respectueuse des intérêts de chaque nation, mais ils s'opposent catégoriquement à toute politique économique qui consacrerait sur la Hongrie la domination de l’Autriche.et surtout de l’Allemagne.

Des ouvrages comme le fameux livre Gross-deutschland, attribué à Otto Tannenberg (Ce que doit étre la grande Allemagne en 1950), n’étaient pas précisément faits pour rassurer les Etats non intégrés à l’empire allemand. En effet, le programme de Mitteleuropa tend à se confondre avec le programme général de pangermanisme, et c’est cela que les Hongrois et les Autrichiens redoutent le plus, cependant que les considérations racistes dont ce plan se surcharge, inquiètent les éléments slaves.

Pour sauver son projet, Naumann préconise la création de trois « groupements d’études économiques », un groupement allemand, un groupement autrichien, un groupement hongrois. On affiche donc un très grand respect des unités nationales. Bien entendu, les trois groupements d’études devront être en relations constantes, et ainsi sera réalisé une sorte de première institution mitteleuropéenne. qui entretiendra des relations suivies avec les différentes puissances et qui s’intégrera, dans la mesure du possible, les pays voisins, et surtout les pays de langue allemande.

Mais le projet de Naumann était de réaliser une union

Intentions pangermanistes

Le projet Naumann

Attitude de la Hollande

Attitude de la Suisse et de la France

Un nouveau comité List

Paneuropa

Coudenhove- Kalergi

douanière étroite entre Allemagne, Autriche-Hongrie, Hollande, Belgique et Suisse. Pour cela, il veut partir du Mitteleuropa (Allemagne, Autriche et Hongrie) et chercher ensuite à étendre l’union vers l’ouest.

Les groupements d’études se formèrent, insuffisamment définis d’ailleurs, et le Milleleuropa entra en conversation d’abord avec la Hollande. On aurait voulu que la Hollande fût prête à signer des conventions l’associant aux trois groupements, qu’elle consentit à former avec eux un tout économique, ce qui aurait donné à cet ensemble l’avantage d’avoir parmi ses membres une grande puissance coloniale, rêve particulièrement cher aux Allemands. Les pourparlers furent vains. ‘

D’autres pourparlers furent entrepris avec la Suisse, qui ne prit pas la question très au sérieux. Elle était prête à réaliser une union économique qui ne lui coutât pas trop cher et fût surtout de façade, à condition que le centre administratif de l’association fût établi en Suisse. La conversation s’arrêta ici, et la Suisse devait attendre la fondation de la Société des Nations pour réaliser son joli rêve. Il y eut également quelques propositions de collaboration plus ou moins vagues qui furent adressées à la Belgique et à la France. Méline fut saisi de la question mais tout resta très vague. Le projet était condamné à ne rester que projet. D’abord, les trois groupements qui collaboraïent au premier chef à la réalisation du Mitteleuropa se méfiaient les uns des autres, et les tiraillements politiques internationaux ne permettaient pas d’espérer un vrai résultat.

En 1888, un nouveau comité Frédéric List se forme qui souligne combien l’action mitteleuropéenne est cependant fidèle à la doctrine du maître : en effet, elle permettrait, par la signature de conventions avec les autres puissances, d’aboutir, en fin de compte, à la liberté générale sans préjudice des intérêts nationaux. Mais cette justification des efforts de Mitteleuropa n’est elle-même qu’une théorie.

C’est également à la doctrine de Frédéric List que se réfère la tentative d’une organisation paneuropéenne du comte de Coudenhove-Kalergi.

Coudenhove estime qu’une organisation comme celle de Mitteleuropa est trop restreinte pour pouvoir réussir, car

elle se heurte fatalement à l’opposition des intérêts nationaux. D’autre part une organisation mondiale ne peut pas être efficace. Il faut donc prendre une solution moyenne, et pour cela organiser l’Europe. Dans cette organisation de l’Europe, les partisans de Paneuropa ne comprennent pas l’Angleterre qui leur semble déjà former un tout considérable avec ses colonies, ni la Russie qui, unissant ses possessions européennes à ses possessions asiatiques, leur semble également un ensemble suffisant. La vérité est que, dès l’émission du projet, l’Angleterre s’exclut elle-même de toute organisation paneuropéenne, par la voix autorisée de M. Amery, ancien ministre des colonies, déclarant que l'Angleterre est une puissance mondiale plus qu’une puissance européenne et qu’elle ne peut s’attacher qu’au maintien de l’empire britannique (1).

Le projet de Paneuropa dépasse d’ailleurs de beaucoup les considérations économiques de Mitteleuropa, parce qu’il est maintenant question d’une union militaire et d’une union juridique avec un tribunal fédéral jugeant les litiges entre membres de Paneuropa. Au point de vue économique, il est question d’abord de protéger l’Europe contre la concurrence américaine et asiatique, ensuite d’établir une harmonie économique entre membres composants, facilitant la répartition des matières premières et l’exploitation des colonies.

Où le programme de Coudenhove s’inspire plus directement de List, c’est lorsqu'il s’agit de protéger l’Europe, par des barrières douanières, de la concurrence des autres continents, et d'établir en Europe un équilibre économique par la collaboration internationale, au détriment des politiques égoiïstes. Mais, quel qu’ait été son idéal, List lui-même n’aurait-il pas jugé irréalisables de tels projets qui oublient sa croyance à l’idée de nationalité et ne se souviennent pas qu’il compte sur les nations elles-mêmes pour devenir égales aux grandes puissances, et parvenir par là à la liberté internationale. Un plan comme celui de Paneu-

(1) Cf. Georges Blondel, Tempête sur l’Europe, p. 30, — Au contraire, Aristide Briand préconisait l’Union Douanière Européenne, admettant l’Angleterre et la Russie. L’U. D, E. tenta de s’organiser mais ne put rien contre les égoïsmes nationaux, Un scandale lui donna en France le coup de grâce,

Influence de List

Opposition allemande

ropa (1) ne risquerait-il pas au contraire d'imposer aux nations agricoles leur maintien à ce stade d’évolution ? Il est vrai qu’on peut envisager une telle organisation de l’économie européenne que l’état agricole ne serait plus, pour une nation participant à la vie du groupe, exerçant son activité dans l’intérêt général de ce groupe, une cause d’infériorité dangereuse. Mais nous sommes en plein idéal, et sans doute en pleine utopie.

Tandis que Mitteleuropa est une idée essentiellement allemande, Paneuropa, idée d’origine suisse et autrichienne, se heurte à l’intransigeance de l’Allemagne contemporaine. Et comme on sait que Coudenhove s’est revendiqué des principes de Frédéric List, ce sont tout naturellement ces principes là qu’on va chercher à opposer à son projet, répétant les objections que nous venons de faire et en soulignant l'intérêt porté par List au respect des nationalités et de leur indépendance économique. Si Coudenhove dépasse singulièrement en un sens la pensée de Frédéric List, l’opposition allemande n'hésite pas à la dénaturer dans le sens contraire, en oubliant totalement l’idéal de liberté qui est la conclusion du Système National (2).

En effet, Paneuropa ne satisfait pas les désirs de pangermanisme de l’Allemagne contemporaine, et les Allemands, attachés à l’idée d’un Deutschtum, d’une Grande Allemagne, ne voient pas avec faveur le projet d’une fédération européenne où leur rôle, dans la collaboration internationale, impliquerait un renoncement à toute politique d’orgueil impérialiste; et, surtout, l’Allemagne ne veut pas d’une organisation de l’Europe sur la base actuelle du traité de Versailles qu’elle considère comme l’instrument de son

(1) Cf. les articles de Coudenhove dans Paneuropa Verlag et son livre Europa erwacht.

(2) « Les conceptions auxquelles le national-socialisme s’est attaché sont inconciliables avec l’idée d’une Paneuropa où tous les Etats seraient assurés de conserver leur indépendance, J’ai maintes fois entendu, au siècle dernier, les professeurs des Universités allemandes parler de la nécessité d’une organisation à la tête de laquelle l’Allemagne devait, d’après eux, être placée. C’est, disait Wilhelm Ostwald, l'Allemagne qui a apporté au monde le facteur organisation! Rodolphe Eucken prétendait que l'Allemagne devait avoir un pouvoir de direction parce qu’elle était vraiment l’âme de l’humanité, die eigentliche Seele der Menscheit! L'organisation de l’Europe était présentée comme

la noble tâche à laquelle la race germanique était appelée ». (G. Blondel, op. cit).

humiliation. Les Allemands accueillent avec faveur, aù contraire, des projets d’union partielle, comme celui d’une étroite union douanière austro-allemande qu’on prête à M. Seiss-Inquart et qui satisfait non seulement les propagandistes de l’Anschluss mais une partie de l’opinion na- Uonale autrichienne.

Enfin, et ceci est à notre sens plus grave encore, les projets de Paneuropa se sont heurtés à des obstacles d’ordre économique. Comme le dit M. Georges Blondel (1) « il faudrait pouvoir connaître avec exactitude les possibilités de la production et celles de la consommation. Il n’est pas facile de discerner les besoins véritables et les besoins factices. Peut-on juger avec précision les aptitudes variées des populations, et leur degré d’évolution? Certains Etats sont beaucoup mieux pourvus que d’autres de moyens de transport et de facilités de communication. Certains ont des relations plus faciles avec les pays extraeuropéens qui fournissent à l’Europe les matières premières dont elle a besion. L’inégalité des Etats en étendue ne facilite pas la coordination des activités, et la question des prix est aussi une source de difficultés. » Surtout sur la première partie de ces critiques, on peut observer que List aurait peut-être fait les mêmes observations, car la pratique de l’union économique doit se faire selon lui d’abord dans le cadre des nations, puis par entente internationale, lorsque la nation est parvenue à cette prospérité décisive qui lui a permis de mesurer nettement ses possibilités propres de production et de consommation et l’étendue de ses besoins

Le nom de List a été souvent cité lors de la proposition d’une Fédération danubienne. Il s’agissait cette fois d’une alliance économique entre les Etats danubiens, c’est-à-dire l'Allemagne, l’Autriche, la Tchécoslovaquie, ia Hongrie, la Yougoslavie, la Roumanie, la Bulgarie. Le projet se heurtait à des difficultés bien nombreuses : d’abord le fait que la fédération aurait groupé des pays « vainqueurs » de la dernière guerre, hostiles à la révision des traités, et des pays « vaincus », favorables à la révision; le fait que l’Autriche accueille le projet favorablement (il pourrait permettre une restauration des Habsbourg, et assurer en tous

(1) Op. cit., pp. 36 et 37,

Obstacles

économiques

La Fédération

danubienne

La Pctite-Entente

Allemagne

cas un renouveau de la puissance autrichienne), tandis que l'Allemagne n’y voit qu’un instrument au service du pangermanisme, du Drang nach Osten.

On a encore beaucoup parlé de List lors de la création de la Petite-Entente, unissant la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Yougoslavie. Malgré les dissemblances nombreuses entre les modes de gouvernements et les idéals politiques des trois Etats de la Petite-Entente, on peut espérer que, dans cette union plus restreinte, la collaboration économique donnera de meilleurs résultats, et elle pourrait peut-être s’appuyer utilement sur les principes du Système National. Mais nous ne sommes là que dans le domaine des suppositions.

Section deuxième

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