CALENDAL: II. LES EPISODES I7I
vaucheurs, — les hommes de Marseille et les fils d'Avignon;
Par la grandeur des souvenirs, — toi qui sauves notre espérance; — toi qui, dans la jeunesse et plus chaud e plus beau, — malgré la mort, malgré la tombe, — fais reverdir le sang des pères; — tu inspires les doux trouvères, — et tu fais retentir la voix de Mirabeau ;
Carjes grandes houles des siècles — et leurs tempêtes et leurs horreurs — ont beau mêler les peuples, effacer les frontières; — la mère terre, la nature — . nourrit toujours sa géniture — du même lait ; et son sein ferme — toujours à l'olivier donnera l'huile fine;
Ame renaissante à jamais, — âme joyeuse et fière et vive, — qui chantes dans le bruit du Rhône et de son vent! — âme des bois pleins d'harmonie, — âme de» baies ensoleillées, — de la patrie âme pieuse, — accours, incarne-toi dans mes vers provençaux!
Assis dans une gorge de la montagne, au milieu des compagnons de Séveran qui le regardent avec une sympathie narquoise et méfiante, le brave Calendal évoque Cassis, sa patrie « clef de la France » qui, « assise entre ses rochers roux et blancs, » a « le front en plein midi et les pieds dans la mer ». Il en célèbre le vin fameux, présent favori de Marseille au roi de France. Il décrit, dans la variété de ses formes et de ses arts ingénieux, la pêche, où les Cassidiens sont de grands maîtres. Il les suit sur les flots. En bon méditerranéen, auquel le soleil dévoile naturellement des perspectives plus étendues que celles du gain matériel et de l'alimentation, et qui n'a pas besoin d'avoir été à l'école pour être un artiste, il met sous
les yeux de son auditeur les merveilles que l'on voit s'agiter dans le filet chargé de proie, les beaux poissons resplendissants : congres, squales, chiens, espadons, aigles, araignées ou serpents de mer, poulpes, scies, marteaux, turbots, balistes, dont les noms si colorés valent à eux seuls un paysage et en qui frémit encore la vie effrénée, grouillant dans les profondeurs du gouffre marin.
En avant ! le banc argentin — fait sa route. Des mers latines — il suit le littoral ; d'Hercule, en se pressant — passe à grand peine les colonnes, — frôle Barcelone, la fière, — touche Portvendre et Maguelonne — échappe du Martigue et cingle vers Fréjus.
Et durant son pèlerinage, — au soleil des rochers sauvages, — il fait frémir d'amour les gouffres d'amertume, — l'humide plaine d'émeraude ; — et puis, sur les grèves brûlantes, — où l'écume joue et folâtre, — s'échoue en pétillant et épanche le Irai.
Mais les patrons au fond des barques. - dr les plis des capotes, — les patrons de la pèche, accoudés sur l'avant, — comme les rois de cet empire, — abîme d'eau et de mystère, — suivent le mouvement confus — qui s'agite sous eux et veillent en silence.
La nuit est limpide, estivale. — A me! l'abîme - - plonge un tourbillon d'astres, un tourbillon nouveau — monte au levant; douce .1 la rame, — cha- 1 ly.inte, mobile, étale, — la mer à l'horizon scint 'est un charme; il vous est de plus en plus noir
Efforcez-vous d'imaginer, sous la traduction Bourde et éteinte, L'harmonie pure et large de l'original :
lu muchado 1 tfasiri, à mesure qui