CALENDAL: II. LES EPISODES I
Un revoulun, d'estello un revoulun plus beù Mounto au levant; douço à la remo Courouso é bouleguivo é semo Semblo eilalin que la mar cremo...
Es un chale, é toujours ié sias que mai nouveà
N'est-ce pas la grande sérénité virgilienne ?
Pour s'enrichir et pour s'honorer, en enrichissant les autres, Calendal a décidé son père, vieux patron de pêche, à établir avec lui une madrague au havre de Pormieu. Il s'agit de faire de belles prises de thon. Le poète nous décrit avec cette magistrale exactitude que les vrais grands poètes n'ont jamais dédaignée la construction de l'engin, les apprêts des pêcheurs. Ceux-ci ont passé la nuit à guetter et voici, au petit jour, la récompense de leurs travaux :
Devant le jour la pâle lune — fond cependant, et, quelle chance ! — Voilà que tout entier le grand troupeau nageur — avait envahi la madrague... — Dieu! mon cerveau en devient ivre : — mes amours, vous aurez des bagues! — Pour le coup, vertubleu! nous ruinons les orfèvres !
L'amour est roi, il est soleil! — Il échauffe, accouple, procrée; — il restitue au monde dix vivants pour un mort, — souffle entre les vivants la guerre — ou met la paix. Dieu de la terre, — l'aiguillon de sa véhémence — fait bondir sous les mers les monstres en chaleur.
Les thons, mâles, femelles, brûlent. — Pétulants, tantôt ils s'alignent; — tantôt en tourbillon dispersés, on croirait — voir sur la plaine transparente — se mouvoir une armée bleuâtre — qui tourbillonne et s'agglomère — et, changeant de couleur, ondoie sous le soleil.
Ils vont au bonheur, à la noce! — Oh! quelle presse! quelle flamme! — Sur le corps de beaucoup, dans l'amoureuse humeur, — éclôt, en un vermeil splendide, — une
lumière, royale écharpe — livrée d'or, robe nuptiale — qui s'allume et s'éteint avec les feux d'amour.
Mais un soulèvement énorme — se fait sentir, et de l'obstacle — ébranle tout à coup le dernier cercle... Ohéf — voici la couvée prise en cage — et nos bateaux sont secoués — par cette irruption soudaine. . . — Alerte ! jeunes gens! le court bouillon est prêt.
Il y a quelque douze cents pièces dans les filets. Les pêcheurs, ivres de joie, la tête déjà remplie des beaux bijoux, des beaux foulards qu'ils pourront offrir à leurs maîtresses, se précipitent sur le troupeau gluant et resplendissant. Qui à la nage et ne se servant que des poings, qui, à coup de trident, de hache, d'avirons, de perches, ils se livrent au massacre. C'est une exubérante peinture de labeur et de liesse humaine. C'est un hymne lyrique et .serein a la Vénus marine, génératrice primitive de toute
Les deux chants de la pêche dan il (III et
V) forment un appendice maritime à l'encyclopédie rurale des Géorgiques, dont il 51 la même
poésie, exprimée avec le plus grand soin de perfection, mais conçue avec une aisance divine, s'épandant sur la face des choses comme un flot de lumière mposant avec les traits les plus simples des tableaux débordants de verve et de- p
ie antique, avec une note gaillarde, une note de terroir, propre a Mistral ; la vraie pi
.unique, dans sa vivante sè> o immortelle
jeunesse, non pas un nous
en avons vu et en voyoris, où de froids artisans de
e flattent de nous rendre Hon and ils ne
• pas le niveau d'un petit alexandrin isme et
s'imaginent voir la nature. VCUX et l'âme des
calendal: ii. les épisodes 175
anciens là où ils ne font que copier, dans l'atmosphère étouffée de l'atelier poétique, les figures d'un vase de basse époque.
Un épisode dont le sujet se fût imposé à l'attention de Virgile, si les chemins de fer et l'industrie moderne avaient existé de son temps, c'est celui des mélèzes du mont Ventoux.
L'industrie moderne est devenue une terrible dévoratrice de « matières premières ». Ces matières sont arrachées au sein ou à la surface de la terre, à la beauté de laquelle elles contribuent, soit par elles-mêmes, soit par leur connexion avec d'autres matières que leur arrachement ruine ou bouleverse par contre-coup. Si ce libre usage est légitimé par les besoins de l'homme et les inventions de son génie, il appartient au poète — au poète qui, selon la conception ancienne doit être le sage par excellence — d'obtenir que les beaux aspects du monde soient ménagés autant que possible. Encore ne sera-ce pas là son souci le plus pressant : car le poète sait, mieux que personne, qu'il n'est pas si facile qu'on le dit et le croit vulgairement de créer du laid à la barbe radieuse du soleil et qu'il faudrait une singulière combinaison d'horreurs pour mettre en échec sa vertu de coloriste et de décorateur universel. Une préoccupation plus sérieuse a pour objet les maux auxquels l'homme s'expose, quand son orgueil et sa cupidité lui font méconnaître ce qu'il y a de bon, de tutélaire et d'auguste dans l'économie naturelle des choses ; les catastrophes et cataclysmes par où risquent de se payer, à plus ou moins longue échéance, les perturbations irréfléchies qu'il y apporte.
y épisode où s'illustre cette vérité est amené par une invention symbolique, à laquelle j'eusse peut-être préféré (cette remarque n'est qu'une application particulière de la critique générale que je me suis permise) la présentation directe de l'idée, mais dont l'absence nous eût privé d'une curiosité littéraire que certains esprits rencontreront avec plaisir.
Calendal, pour se faire admirer d'-Estérelle, se met en tête d'abattre les grands arbres qui couronnent le mont Ventoux ; et, au retour de cette expédition, il enfume des nids d'abeilles, à seule fin de rapporter à son amie un rayon de miel. Ces deux prouesses, on l'entend, symbolisent la folie dévastatrice de l'homme. Le trait curieux, c'est leur ressemblance avec certaines actions de Parsifal dans le poème de Wagner, ainsi quand Parsifal abat un cygne sans autre motif que d'exercer sa force juvénile et de placer la Bêche au but. La ressemblance se précise du nom de beiï nesci, « beau naïf, bel insensé » qui fait penser au fameux reine Thor de Wagner et a sensiblement la même signification. Je m'empresse de dire que, sous ces analogies de la fable, les intentions et pensées de l'Allemand sont beaucoup moins limpides.
Rien de large et d'ensoleillé comme les descriptions de paysage dent s'accompagne le récit de l'a
.ilendal au Ventoux. L'héroïsme charmant du
gai compagnon qui a devant lui tous I rs de
l'amour, toute la splendide. tache de la vie humaine, imprime une couleur hère .1 la peinture des lieux que nous le voyons traverser. Mais c'est dans le discours ['] . relie, défendant l'existence et montrant la bienfaisance des arbres géants, que ce chant VII atteint le sommet de sa grandeur.
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... Génération sacrilège! — Dans le vaste univers ils croient que tout est leur... — Vous avez la moisson des plaines; — et la châtaigne avec l'olive — sur le coteau... mais des montagnes — les crêtes sourcilleuses appartiennent à Dieu
Que vous autres, insectes, vers, — pour de honteux, d'infimes intérêts, — hagards, vous vous hachiez sans trêve, on le comprend : — c'est charge pour vous que de vivre ; — l'amour, l'horreur, tout vous égare ; — poitrine d'homme n'est point assez large — pour tenir le grand air et le bonheur serein.
Mais eux, les arbres des sommets, — eux, sincères, calmes, rigides - — malgré les quatre vents, portant haute leur tête; — eux, pour qui l'oiseau de passage — pèse plus lourd que les années, — que leur vieillesse plantureuse, — à l'inverse de nous, rend plus forts et plus beaux,
Les arbres, pipeaux solennels — qui, sous la bise, à pleine voix — chantent comme des orgues ; eux opulents et bons, — qui versent la fraîcheur et l'ombre, — depuis d'innombrables années, — qui sont la sombre chevelure
— de la terre, et parrains des sources, des fontaines. Laissez-les vivre ; en abondance — se forme dans leur
tronc la sève ; — ils sont les nourrissons, les fils inséparables, — la. joie, la gloire colossale — de la nourrice universelle ! — Laissez-les vivre et, de ses ailes, — vous recouvrant aussi, va frémir d'allégresse
La grande couveuse!... Ah! la nature, — si vous écoutiez son langage, — si vous la courtisiez, au lieu de la combattre — perfidement, de ses mamelles — deux flux de lait pleins de douceur — jailliraient toujours ; dans les branches,
— ruissellerait le miel pour votre nourriture. . .
Oh! mais si vous l'outragez, — si vous mettez en pleurs son beau visage — en violant et coupant et brisant
— ses grandes futaies virginales, — à la terrible fixité — de son imp'acable prunelle, — non, ne croyez point échapper! Des contre-forts
Lasserre. 12
Et des brèches de ses collines — elle lancera les eaux folles — et crèveront les fleuves. Sais-tu ce qu'on verra? Berceaux d'enfants flottant sur l'onde, — maisons blanches et blondes terres — sous la raideur des avalanches — s'effondrant, et portant d'horribles lits de pierres.
Je choisis ces extraits comme j'aime relire le poème : sans trop de suite. Qu'il me soit permis, pour donner une impression, non pas complète, mais suffisamment variée, de faire entrevoir un tableau d'ordre tout différent : ce chant Xe de la « Fête-Dieu » où l'érudition provençale du poète, son sens de la beauté, du mouvement et du coloris, sa malicieuse humeur populaire ont produit en s' unissant une des créations à la fois les plus agréables à l'imagination et les plus triomphalement joyeuses qui aient jailli de sa verve.
Calendal, qui a délivré le pays d'un redoutable chef de bande, est reçu en pompe par la ville d'Aix. Il a tous les honneurs du cycle de fêtes que l'on avait coutume d'y célébrer à l'occasion de cette solennité catholique, fêtes dont l'usage a été aboli ou du moins l'ordonnance grandement mutilée après la Révolution. Le héros entre dans la ville, tenant au bout d'une chaîne le brigand qu'il a vaincu et celui-ci adl foule des propos dont la férocité truculente a je ne .sais quel fond de bonhomie, ou se reflète la bonn don olympienne du poète qui le fait parler. En récomc de son exploit, Calendal reçoit i\u peuple le titre d'Abbé de la jeunesse, qui est proclame par les trois consuls aux portes de l'hôtel de ville (On <
ce jour- là le roi de la Basoche et le prince