‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 109 sur 235 · LA CONTROVERSE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LA CONTROVERSE CATHOLIQUE

Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit par la raison et dans le cœur par la grâce. Commencez par plaindre les incrédules, ils sont assez malheureux. 11 ne faudrait les injurier qu'en cas où cela leur servit; or cela leur nuit. » Et Ozanam examine le cas de ceux qui nient et le cas de ceux qui doutent.

(( Il ne faut pas dahord dcsespérer de ceux tjui nient. Il ne s'agit pas de les mortifier, il s'agit de les convaincre. Gardons-nous donc de pousser à bout leur orgueil par l'injure, de peur de les porter ainsi à se damner plutôt qu'à se dédire. Et, quelle que puisse être la déloyauté ou la brutalité de leurs attaques, donnons-leur la leçon d'une polémique généreuse.

« Quant A ceux qui doutent — et c'est le grand nombre — beaucoup d'entre eux ressentent la douleur de ne pas croire. On leur doit une compassion qui n'exclue pas l'estime. Dans la reconstruction de la vérité qui honore notre siècle, plusieurs nous ont prêté le concours de leurs efforts par la restauration des doctrines spiritualistes. Nous ne serons point ingrats. Nous avons fait ensemble la moitié de la route. Maintenant arrivés plus loin et plus haut queux, souvenons-nous que ce ne fut point s-ms leur aide: et tendons-leur la main! »

Il termina en suppliant les catholiques de ne pas compromettre par leurs fautes et leurs divisions les conquêtes récentes du passé et les espérances de l'avenir : « Ce mouvement du retour des esprits à la foi veut être conduit et modéré avec des sollicitudes infinies pour aller jusqu'au bout. Nous sommes encore trop loin de la terre promise pour prendre des airs de vainqueurs et de maîtres. Gardons nos bâtons de voyage, de crainte de faux pas et de lieuits. et ne

plaignons ni le temps ni la peine. Le peuple de Dieu demeura quarante ans en chemin : il est vrai qu'il était sous la conduite du prophète, et il finit par trouver le lieu de son repos. L'Église de France, elle non plus, n'a pas achevé de traverser le désert; mais elle aussi a ses Moïses, et nous arriverons! »

Salué et invité par ces derniers mots, l'Archevêque se leva pour prononcer quelques paroles très courtes, très simples et dénuées d'ornements, à la manière habituelle de M^'" AfFre : « Je n'ajouterai rien à ce que vous venez d'entendre et d'applaudir. Je craindrais de l'afïaiblir. Je mebornerai à approuver : et c'est de tout mon cœur et sans restriction que je le fais. Les conclusions de ce discours sont résumées et confirmées parfaitement par le livre de l'Imitation, quand il dit que « l'homme passionné et colère tourne tout bien en mal, tandis que l'homme pacifique tire tout aubien>>. C'est en substance ce qu'on vient de dire. Quant au chapitre de l'Imitation où vous trouverez ces lignes, j'ose à peine en traduire le titre : « De bono pacifico homine; Du bon homme pacifique ». Je souhaite à chacun de vous d'être un bonhomme de ce genre. »

C'était bien en somme un discours de paix que résumait ainsi cette parole de paix. Aussi, grande et douloureuse fut la surprise de laquelle Ozanam écrit à M. Dufîeux, juin 18i3 : « Je viens de lire dans YUnivers un article publié le jour de l'Ascension sous ce titre : De la modération et du zèle, oix j'étais désigné comme un lâcheur de la lutte catholique. C'était la réponse de ce journal à mon discours, dans lequel aucune expression ne s'adressait à lui. On m'en a fait des excuses... »

Sans récriminer nullement, la lettre d'Ozanam se

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