SAINT VINCENT DE PAUL
Dès janvier 18Vi, Lallier avait réuni dans une modeste chambre, près la porte Notre-Dame, à Sens, la première conférence de Saint-Vincent de Paul. « Son personnel, racontait-il, se composait de deux membres; les séances, pendant trois semaines, se passèrent à faire la prière, la lecture de piété et la quête, et à se demander où Ton trouverait un troisième confrère, afin de former, avec son concours, une de ces réunions que Notre-Seigneur a promis de bénir, et où l'on pût mettre en pratique la règle : Très faciunt cajntuliim. Ce confrère, le troisième en date, vint enfin donner à la réunion naissante sa vie normale; et, le 13 février IS'i-'j, la conférence sénonaise, munie d'un président, d'un secrétaire-trésorier, et d'un membre qui formait l'assemblée, écrivit son premier procès-verbal. Cinq mois après, 2C juillet, la conférence présentait à M^' son archevêque 18 membres actifs, 17 membres honoraires, 16 familles pauvres visitées. Elle devait compter un jour jusqu'à cinquante membres. »
C'était d'un plus haut bonheur que se congratulait la suite de cette correspondance : Pie IX venait d'être donné à l'Église I « A propos de Saint- Vincent de Paul, vous saurez que le conseil général a écrit une lettre à Notre Saint-Père Pie IX, pour le féliciter de son glorieux avènement, lui offrir un exemplaire du Manuel et appeler sa bénédiction sur nos œuvres. C'est votre serviteur qui l'a rédigée dans son plus beau latin. J'ai l'avantage d'être le latiniste du conseil, comme je suis quelquefois le théologien de la Faculté : j'espère que mes goûts de conciliation sont satisfaits. »
On le voyait aussi, dans ce temps-là, à la réunion dominicale des ouvriers de la Société de Saint- Xavier, dans la crypte de Saint-Sulpice. Il on était
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l'orateur. La parole qu'il leur adressait, parole fraternelle, parole improvisée et familière, n'en était pas moins une parole charmeresse, mais dont l'art principal consistait à se mettre au niveau de l'ouvrier pour se mettre ainsi à sa portée : <( Voyez-vous, mes amis, leur disait-il un jour, chacun a son métier ici-bas. Mon métier à moi, c'est de compulser les vieux livres. Eh bien, dans la poussière des bibliothèques, je trouve parfois de bonnes leçons enveloppées dans de belles histoires. Laissez-moi vous raconter une de celles qui charmaient les veillées de nos pères. »
Alors, avec sa grâce naturelle, il rapportait et commentait une de ces légendes irlandaises dont il redressait la scène, dont il faisait revivre les héros et les héroïsmes, et qui toutes aboutissaient où tout doit aboutir, aux sanctions éternelles. « C'est nousmêmes, expliquait-il, qui faisons notre destinée dès ici-bas, mais sans la connaître encore, à peu près comme les ouvriers des Gobelins travaillent à leur tapisserie. Suivant docilement le dessin d'un artiste inconnu, ils s'appliquent à assortir sur le revers de la trame les fils de diverses couleurs indiquées par lui, mais sans voir le résultat donné par leur travail. C'est seulement ensuite, quand l'ouvrage est terminé, qu'ils peuvent admirer ces fleurs, ces tableaux, ces personnages, ces merveilles d'art sorties de leurs mains pour aller faire l'ornement de la demeure des rois. Ainsi, mes amis, travaillons-nous sur cette terre, dociles et soumis à la volonté de Dieu, sans voir ce qu'il fait par nous. Mais lui le voit, le sait, lui l'artiste divin; et quand, notre tâche achevée, il nous fera apparaître l'œuvre de toute notre vie de labeurs et de peines, nous en serons dans l'extase,
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et nous le bénirons de ce qu il daigne agréer nos faibles œuvres pour les placer dans ses demeures étei'uelles. »
Enfin, il y avait encore la conférence littéraire du Cercle catholique. Depuis 18 V2, elle se rattachait à une fondation qui, sous le nom à'Institut catholique, avait associé un groupe de savants, presque tous membres de Tlnstitut de France, pour faire à la jeunesse des cours libres, destinés à faire échec aux leçons antichrétiennes de renseignement officiel.
Cauchy lavait présentée au public en ces termes : « Une jeunesse studieuse et chrétienne a désiré que l'expérience de ceux qui l'avaient précédée dans la carrière pût lui venir en aide. Elle a espéré que les maîtres de la science, hommes de talents éprouvés et d'un attachement connu à la foi catholique, ne refuseraient pas de lui servir de guide. Cet espoir ne sera pas trompé. Tous les membres des deux comités rivaliseront de zèle pour ce service. Tous demanderont, tous ont déjà demandé à Dieu qu'il daigne bénir des travaux qui ne sauraient manquer de tourner à sa gloire ' ! »
La littérature y était représentée avec éclat par la leçon hebdomadaire dOzanam. Elle était dans sa main le levier avec lequel il soulevait vers les grandes choses l'àme de ces chrétiens. Ceux-ci se rappellent une soirée où, vibrant d'émotion, il leur parlait ainsi : « Messieurs, tous les jours, nos amis, nos
1. Ces deux comités étaient le comité des Sciences physiques etniédicales, à la tête duquel était Cauchy, et, autour de lui, MM. Binef, Beudant, D^' Teissier, Cayol, Récamier, Cruveilhier, etc. Le comité du Droit et des Lettres, avec M. Pardessus. Bérard de Glayeux, Fontaine d'Orléans, Henry de Riancey, Frédéric Lauras. On y joignit plus tard un comité des Arts sous la direction de M. Raoul Rochelte, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, etc.