‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 121 sur 235 · LA VIE DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LA VIE DE FAMILLE

son goût, et nous le verrons faire ainsi jusqu'à la veille de sa mort. J'ai dit qu'il aimait les arts, et qu'il n'avait pas de soirées plus heureuses que celles où M""" Ozanam se mettait au piano et y interprétait les grands maîtres, qu'il comprenait et appréciait en poète.

Tout ce bonheur était acheté par un grand travail intellectuel, lequel y ajoutait une jouissance de plus. Les vacances passées à Nogent-sur-Marne furent des vacances laborieuses. Presque toutes les heures libres en furent données à la rédaction et documentation de « son interminable volume sur les Germains », comme lui-même disait.

La rentrée de 18 V6 n'allégea pas son fardeau, loin de là. Il s'en ouvrait ainsi, 6 janvier, au docte et pieux M. Léon Bore, son correspondant en Bavière : « Répondre à dix lettres pressées qui sont dans mon tiroir; recevoir les candidats pour le doctorat, la licence, le baccalauréat; ne pas renvoyer les mains vides les gens de l'imprimerie qui viennent me presser, et avec cela faire régulièrement mon cours : les leçons du lundi et du samedi sont inexorables. » Puis, le 26 février, au même : « Je me trouve cette année doublement surchargé de travail. D'un côté je fais un cours sur les Origines de la littérature anglaise, ou plutôt sur l'histoire des lettres chez les Bretons, les Irlandais et les Saxons, jusqu'à la conquête normande. D'un autre côté, d'ici à un mois, vous verrez deux autres morceaux de moi, dans le Correspondant^ sur les lois des anciens Germains, leur langue et leur poésie, qui compléteront le tableau de la Germanie avant la conquête romaine... etc. Ainsi ma vie est-elle une vraie bataille pour conquérir, pied à pied, un peu de temps à

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donnera mes obligations, mes sociétés, mes œuvres, mes pauvres, mes amis. )>

Dans un autre ordre de choses, il n'avait pas cessé sa collaboration aux Annales do la Propagation de la Foi. Dans le compte rendu de mai 18V5 (t. XVII, p. 161), il déclare, en tête, que « l'intérêt qu'il y prend lui en allège la peine, et que son âme s'en trouve meilleure et plus près de Dieu ». Ailleurs il dit que le spectacle des martyrs de l'Océanie le reporte à celui des célèbres martyrs de Lyon, au ii'^ siècle. « Les mêmes scènes se continuent sous nos yeux; le prétoire n'est pas fermé, les haches sont encore sanglantes ; les lettres des missionnaires nous ont fait assister aux interrogatoires et aux supplices de nos frères. Ne sentons-nous pas la foi se réveiller plus ardente dans nos cœurs; et, fiers du triomphe des nôtres, ne nous écrierons-nous pas aussi : « Nous sommes chrétiens 1 »

La Société de Saint-Vincent de Paul demeurait toujours sa plus habituelle préoccupation. Depuis le 9 mai 18ii-, M. Bailly avait démissionné de la présidence par une lettre touchante, qu'en leur qualité de vice-présidents, MM, Ozanam et Gornudet portèrent à la connaissance des confrères, 11 juin. Elle se terminait par ces paroles : « Adieu, Messieurs et chers confrères, adieu! Et que cet adieu, qui n'est pas un acte de séparation, nous unisse plus que jamais en Jésus-Christ. Je finis en vous répétant ce que je dis à nos confrères, lorsque la première de toutes les conférences dut se sectionner, à cause du nombre de ses membres. — Courage, Messieurs, réunis ou séparés, de près ou de loin, aimons-nous; aimons et servons les pauvres. Il se fait beaucoup de mal ; faisons beaucoup de bien ! »

Lorsque, après huit jours de prières à l'Esprit-Saint, et l'oblation du saint sacrifice à celte intention, dans trois séances tenues le 15, le 18 et le 21 mai, le Conseil général délibéra sur le choix d'un nouveau président, bien des regards se portèrent spontanément sur Ozanam. Il n'y fallait pas songer. Le vrai service rendu alors par lui à la société fut de lui faire traverser heureusement la crise délicate et pénible ouverte par la retraite de son premier président. Lui et Cornudet firent élire M. Gossin. Lorsque ensuite on le pria d'accepter ou garder la viceprésidence, il s'inclina. C'était le travail encore, mais le travail plus obscur, dans un dévouement continu aux intérêts « de sa chère petite Société », ainsi qu'il la nommait. Vice-président, sans cesse prorogé dans ses fonctions, Ozanam ne devait les quitter qu'avec la vie.

La circulaire par laquelle Ozanam présenta aux conférences M. Gossin, ancien conseiller à la Cour royale de Paris, fondateur et président de la Société de Saint-François Bégis, président de la Conférence de Saint-Sulpice, disait de lui brièvement : u Son nom est connu des pauvres, aimé des catholiques, respecté de toutes les opinions. Son énergique maturité — il avait alors cinquante ans — peut suffire à tous les travaux, et son noble cœur à tous les dévouements. "

Si Lallier, l'ancien second de M. Bailly, n'était plus là, en retour Ozanam ne lui écrit pas une lettre sans que la Société y ait sa place d'honneur. « Vous souvenez-vous, lui dit-il, août 1845, comme nous vous grondâmes, quand vous amenâtes, en 1833, ce pauvre de La Noue, qui portait notre nombre à neuf? Aujourd'hui nous sommes environ neuf mille. »

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