‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 128 sur 235 · OVATIONS A PIE IX · texte numérisé non relu

OVATIONS A PIE IX

étal pour me rendre, le lundi soir, à l'audience que le Souverain Pontife voulait bien m'accorder. J'avais à le remercier de l'appui qu'il avait daigné donner à mes recherches. »

Un autre motif de cette visite était « la remise au Saint-Père des lettres de la Société de Saint- Vincent de Paul. Il était neuf heures du soir quand on m'a fait entrer; et Sa Sainteté, quoique très fatiguée des affaires de la journée, m'a accueilli d une manière si cordiale que j'en ai été profondément touché; m'entretenant de ma santé, de ma femme, de ma petite tille et de mes frères, avec un accent d'amitié et de familiarité charmante ».

Cependant la population libérale romaine se faisait exubérante de démonstrations. L'avant-veille de quitter Rome, 21 avril, Ozanam put assister, du haut du Cotisée où il avait cherché place, au spectacle d'un grand banquet de 800 convives que la municipalité avait organisé au-dessus des Thermes de Titus, en l'honneur du 2600^ anniversaire de la fondation de Rome. Ce n'était qu'un prétexte à harangues et discours. Il en fut prononcé plusieurs, entre autres par le célèbre professeur Orioli, et par le gendre de Manzoni, le marquis d'Azeglio. Elle se couronna par une ovation gigantesque en l'honneur de Pie IX, qui venait d'élargir par édit les représentations provinciales. Elle eut lieu le soir aux flam- Ijeaux, à la place du Peuple, d'où le cortège triomphal se mit en marche, par le Corso et la place Colonna jusqu'à celle de Monte Cavallo. Ainsi Ozanam la décrit-il à ses deux frères :

<( Une seule chose manquait pour compléter notre séjour. Nous aurions voulu être témoins de quelqu'une de ces belles ovations populaires dont nous avions

souvent entendu parler. Il en coûtait beaucoup à Amélie de partir sans avoir revu encore une fois le Pape et sans emporter une dernière bénédiction...

Le jeudi soir, 22, on nous annonça que tout se préparait pour remercier le pape de son nouvel édit, et qu'il y aurait une belle fête aux flambeaux. Nous nous hâtâmes de descendre au Corso, avec l'abbé Gerbet et quelques amis qui étaient venus nous faire leurs adieux. Le rendez-vous était à la place du Peuple, où l'on distribuait des torches. Là, nous vimes commencer la marche triomphale, faite d'un corps de musique militaire, puis d'une colonne de gens armés de torches et qu'on évaluait à près de six mille, marchant dans le plus bel ordre, bourgeois, ouvriers en veste, prêtres en costume, unis dans un même sentiment : Viva Pio nono! A mesure que le cortège s'avançait dans le Corso, les maisons s'illuminaient sur le passage, à tous les étages parés de drapeaux, chargés de devises. Nous suivîmes la foule jusque vers la place Colonna, pour de là gagner par un détour la place de Monte Cavallo où l'on se rendait. Elle était déjà couverte de monde. Nous vimes arriver les torches et la musique qui se firent place et vinrent former un carré devant la porte du palais papal, autour de l'Edit porté en bannière.

« Après qu'on eut exécuté quelques airs, un grand cri se leva : le cri de cinquante mille hommes assemblés. La fenêtre du balcon s'ouvrit et laissa paraître le Souverain Pontife, accompagné de deux prélats et de quelques domestiques avec des flambeaux. Il saluait à droite et à gauche avec une grâce qui ravisvissait les cœurs. Les acclamations et applaudissements redoublèrent. Mais voici ce qui m'a le plus touché. Le Pape a fait un geste, et aussitôt on n'a

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