‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 127 sur 235 · DEUIL FRATERNEL · texte numérisé non relu

DEUIL FRATERNEL

tation des litanies ^ Je ne sais rien au monde de plus émouvant que la vue de ces cimetières des premiers chrétiens, rien de mieux fait pour ramener à la loi, pour y affermir lesesprits. Nulle part on ne voit mieux Finnocence, la simplicité, Tinvincilile courage de l'Église naissante, et tout ce qui fait sentir sa divinité. »

Et finalement la même lettre en revient encore à Pie IX et à la jeune Italie : « Je regarderai comme un des plus grands bonheurs de ma vie de m'être trouvé à Rome, pendant cethiverde ISiT, au milieu des glorieux débuts du pontificat de Pie IX; d'avoir vu de près cet admirable Pape, et d'avoir assisté à ce réveil général de l'Italie. Assurément, la popularité d'un pape on son impopularité n'est pas ce qui doit affermir ou ébranler la foi ; mais le cœur se remplit d'un doux et tendre orgueil à voir le l.*ère en qui l'on croit, entouré de tant d'admiration et d'amour. »

La douceur de cette vie romaine, pénétrée d'enthousiasme et de piété, eût été sans mélange pour Ozanam qu'elle commençait à guérir, si une grande douleur n'était venue y mêler sa cruelle amertume. Il était là depuis un mois et demi lorsqu'il apprit que le 3 mars, le frère de sa femme venait de succomber à une crise imprévue de son infirmité : < Notre bienaimé frère qui avait eu la vie d'un martyr, a fait la mort d'un saint, écrit-il au même. A l'âge de vingt-trois ans il a quitté la terre, je ne dis pas avec résignation, mais avec une joie toute divine. Il laisse le vide le plus désolant dans la famille dont il était l'âme, dont il faisait la douleur par ses souffrances, et la consolation par ses vertus et sa sérénité, la fierté

1. L'abbé Geibet travaillait alors au 3' volume île sa Rome chrétienne. « Si nous l'avions en France, écrira Ozanaui à Foisset, ne serait-il pas, à 1 Académie française, le successeur naturel de Ballanche? »

et l'espoir par sa grande intelligence. Sa sœur ne s'est pas encore relevée d'un coup si terrible ; et, depuis vingt jours, je n'ai pas d'autre soin que de la soutenir dans une affliction... qui me faisait désirer de l'emmener sur-le-champ à Paris, et qui en même temps rendait le voyage impossible.

(( Cependant l'assistance de quelques amis, notamment de l'excellent abbé Gerbet, la grandeur des cérémonies de la Semaine sainte, la certitude que cette chère àme avait échangé cette cruelle vie contre le bonheur du ciel, toutes ces choses réunies ont fini par rendre à ma pauvre Amélie un peu de calme. » Une lettre suivante annonçait que les pèlerins reprenaient leur itinéraire par l'Italie, mais en renonçant à revenir par l'Allemagne, afin de ne pas trop retarder le moment où ils reverraient leur famille. »>

Ozanam voulut préalablement visiter le mont Gassin où il se rendit seul, et où il demeura trentesix heures seulement : « J'ai eu le bonheur d'y communier au tombeau de saint Benoit, et de retrouver toutes les traditions bénédictines dans la bibliothèque admirable de l'abbaye. Les bons moines m'ont montré des manuscrits très précieux dont j'ai tiré quelques copies. Ce ne sera pas la partie la moins intéressante de mon butin littéraire '. Mais ces religieux qui savent tant de choses, ne savent pas se chauffer. Us m'ont laissé mourir de froid dans leurs belles archives; et je suis reparti avec un malaise qui a fini à Rome par un accès de fièvre. Par bonheur, la fièvre n'a duré qu'un jour, et m'a laissé en assez bon

1. Ces documents lurent imprimés en 1850 sous ce litre: Documents inédits pour servir à l'histoire littéraire de l'Italie depuis te VII^ siècle jusqu'au XIII^. Précédés d'une préface considérablevsur Le Écoles en Italie, aux temps barbares.

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