‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 13 sur 235 · LA FAMILLE : LE MÉDECIN CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LA FAMILLE : LE MÉDECIN CHRÉTIEN

plus conforme et favorable à la vie de dignité et de vertu, dont il dit : « Je veux remercier Dieu de ni'avoir fait naitre dans une de ces positions moyennes, sur les limites de la gène et de l'aisance, qui habituent aux privations, sans laisser totalement ignorer les jouissances permises ; où l'on ne peut s'endormir dans l'assouvissementr de tous ses désirs, mais où l'on n'est pas distrait non plus par les sollicitations continuelles du besoin. »

Puis cet humble retour sur lui-même, et cette action de grâces : « Dieu sait, avec la faiblesse naturelle de mon caractère, quels dangers auraient eu pour moi la mollesse des conditions riches ou l'abjection des classes indigentes! »

Frédéric était né chétif. A six ans, une fièvre typhoïde failht l'emporter : « Mes bons parents, rappelle-t-il, ne quittèrent pas mon chevet pendant quinze jours et quinze nuits. Tout le monde a bien cru que je ne m'en étais tiré que par miracle. » Ce miracle, on l'attribuait à saint François Régis, l'apôtre du Vivarais, ardemment prié dans ces veilles, et duquel la chapelle était en vénération dans l'église de Saint-Poly carpe, à Lyon.

Dans une lettre à un camarade de collège, M. Materne, 5 janvier 1830, Ozanam fait de lui-même enfant ce portrait qui ne le flatte pas : « Je ne fus jamais plus méchant qu'à l'âge de huit ans. J'étais devenu entêté, colère, désobéissant. On me punissait, je me raidissais contre la punition; j'écrivais des lettres à ma mère pour me plaindre ; j'étais paresseux au suprême degré. Il n'y avait pas d'espiègleries qui ne me vinssent â l'esprit. Et cependant c'étaient un bon

père, une très bonne mère, une très douce sœur qui faisaient mon éducation. "

En pendant de ce portrait, presque en contraste ayec lui, nous avons celui-ci de la main de son frère aîné, Fabbé Alphonse Ozanani qui fut son biographe :

(( Frédéric était un enfant irritable, il est vrai, tenace dans ses vouloirs, d'une extrême sensibilité et inijDressionnabilité ; mais tendre envers les petits, compatissant à toute soutfrance, d'une pureté angélique qui s'effrayait d'un rien, d'une impeccable sincérité, intraitable pour tout mal, enthousiaste de tout bien. » Et il en cite des traits.

Frédéric fut mis de bonne heure en contact avec les pauvres : ceux que son père soignait, ceux que sa mère venait consoler et assister ; car elle y était assidue, et dévouée à ce point que son mari, alarmé de ses fatigues, finit par lui défendre de dépasser, dans ses ascensions de charité, le troisième étage de leurs nombreux clients. Lui-môme, vieillissant alors, promit de s'y conformer de son côté. Mais, peu de temps après, Fun et l'autre se surprenaient en flagrant délit de contravention, sur le seuil d'une pauvre mansarde, sous les toits. Il devait, un jour, en coûter la vie au courageux docteur. Frédéric eut vingt ans ces exemples sous les yeux.

Son éducation chrétienne fut principalement l'ouvrage de son excellente et intelligente mère. Il dira d'elle, devant Dieu : « C'est sur ses genoux que j'ai appris votre crainte, Seigneur, et dans ses regards votre amour. » Préparée par l'épreuve à tous les sacrifices, elle était à la hauteur de tous ses devoirs de famille et de société, entourée du prestige de son autorité douce qui faisait d'elle « la mieux obéie comme la plus adorée des mères », et par celui d'une intelli-

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gcace distinguée et cultivée qui l'élevait au-dessus du commun des femmes de son rang. Elle parlait et écrivait bien, dessinait agréablement, ayant le goût des lettres et de la poésie, et s'y essayant dans de petites pièces de circonstance, joliment tournées et mieux dites encore. Iln'yavaitpas de bonne fôtc de famille sans une joyeuse chanson de cette aimable mère.

Frédéric veut que, dans l'œuvre de son éducation, à côté de sa mère, une place soit donnée à une jeune sœur, Élisa, l'ainée de la famille, de laquelle, dix-huit ans après, il écrivait à un ami, dans ces termes d'une tendresse émue : « J'avais une sœur, une sœur bien-aimée, qui m'instruisait conjointement avec ma mère ; et de telles leçons étaient si douces, si bien présentées, si bien appropriées à mon intelligence enfantine, que j'y trouvais un véritable plaisir. » — « Voilà comment, expliqiie-t-il, on a dit qu'étant cûfant j'étais fort doux et fort docile; et on attribuait cela à la faiblesse de mon tempérament; mais l'influence de ma sœur en est une autre et meilleure cause. J'avais sept ans quand ma sœur, ma bonne sœur, mourut. Elle avait dix-neuf ans. Oh! que j'en eus de chagrin ! »

Plus tard encore, presque à la fin de sa trop courte carrière, dans une de ses leçons à la Sorbonne, un jour Ozanam évoquera le souvenir transfiguré de cette mère et de cette sœur; et d'une voix déjà affaiblie par la souffrance, il dira mélancoliquement : « Messieurs, si vaste qu'il soit, ce monde est trop petit pour nous. Il est trop petit pour nos désirs et nos espérances, surtout, si bientôt il ne doit plus avoir à nous donner que six pieds de terre. Il est trop petit pour nos souvenirs aussi, surtout si nous eûmes une mère qui aima les pauvres, qui nous aima, qui

s'épuisa de tendresse pour faire de nous des gens de bien ; si nous eûmes une sœur qui abandonna la terre avant d'avoir connu d'autre amour que celui de Dieu. Alors n'avons-nous pas besoin de placer ces personnes chéries dans un monde meilleur que celuici? Ne croyons-nous pas à leur assistance, si quelque heureuse inspiration vient nous visiter? Et, si nous cherchons à rappeler dans notre mémoire ces chères images, ne rehaussons-nous pas encore de nouvelles beautés ces traits charmants et chéris, pour n'y voir plus rien que de parfait et d'immortel, ajoutant ainsi nous-même un nouveau chapitre à l'histoire des saints? »

A neuf ans, Frédéric, préparé par son père, était de force à entrer dans la classe de cinquième au collège royal de Lyon que dirigeait alors un proviseur prêtre : « Là, rapporte-t-il lui-même, peu à peu je devins meilleur. L'émulation triompha de ma paresse. J'aimais beaucoup mes maîtres : j'étudiai avec ardeur. J'obtins des succès qui m'encouragèrent et j'avoue que je commençai à en concevoir de l'orgueil. Mais j'avais bien changé depuis mon entrée. Je tombai malade cependant; et je dus aller alors passer un mois à la campagne. Je me relâchai un peu en quatrième, mais en troisième je repris courage : ce fut l'année de ma première communion. >>

Ozanam la salue de cette exclamation : « 0 jour de bonheur! Puisse ma langue rester attachée à mon palasi, si jamais je t'oublie! On constata mon changement. J'étais devenu modeste, doux, mais docile; j'étais encore orgueilleux et emporté! »

A treize ans, au carême de 1826, les conférences données au collège par un missionnaire célèbre, semblent avoir fortement impressionné cette jeune

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