‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 171 sur 235 · S VACANCES A SCEAUX · texte numérisé non relu

S VACANCES A SCEAUX

sez pas de puérilité, proteste le moraliste. Ces fleurs, tout aimables qu'elles sont, cachent une doctrine mâle et faite pour des hommes libres... Vous souriez, par exemple, au récit de la paix que fît saint François entre la ville de Gubbio et le loup de la montagne voisine; et vous n'apercevez pas une admirable leçon de charité donnée aux justes en faveur des pauvres pécheurs. Vous ne voyez pas que le loup voleur et homicide, mais docile après tout, qui pose sa patte dans la main de saint François, et qui tient sa promesse de ne faire mal à personne, représente bien le peuple du moyen âge, terrible dans ses emportements, mais de qui l'Église ne désespéra pas, dont elle prit la main meurtrière dans ses mains divines, jusqu'à ce qu'elle lui eut inspiré cette horreur du sang, le plus beau et le plus incontestable caractère des mœurs modernes. »

Et voilà comment Ozanam en revient par des pentes fleuries à ses thèses de réconciliation sociale et de civilisation des barbares, passant par Gubbio pour arriver à Paris, élevant le rameau d'olivier, et recevant dans sa main de charité et de clémence, celle encore sanglante des truands et des insurgés.

Parmi les nombreuses légendes franciscaines, Ozanam fit un choix, dont il confia la traduction à sa femme : « Une main plus délicate que la mienne, dit la préface, a mis en français les plus pieux, les plus touchants, les plus aimables récits des Fioretli, en s'efForçant de serrer de près le tour simple et vif du vieux narrateur. » A quoi M. Ampère ajoute : « Dans nos soirées de Sceaux, j'avais été initié au secret de cette traduction modeste. Cette main, qu'Ozanam dit être plus délicate que la sienne, est celle qui s'est trouvée assez forte pour lui présenter le

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dernier breuvage et qui lui a donné la dernière étreinte. »

Ainsi complété, le \o\amv âcs Poètes fraîiciscains parut en 1852. Et Ozanam, avant de mourir, put encore en voir une double traduction italienne et allemande, pendant que les éditions s'en succédaient en France.

Le second et plus grand ouvrage en préparation, celui sur le Cinquième siècle, n'aboutit pas à ce terme. Il avait son Avant-'propos, depuis le vendredi saint. Les cinq premières leçons, revues et refondues par l'auteur, avaient paru dans le Correspondant, sous divers titres, Progrès dans les siècles de décadencCy Études sur le Paganisme. Ampère écrira de ce commencement : (' Ces cinq leçons, devenues autant de chapitres préliminaires, semblent former un des morceaux les plus élevés et les plus achevés qui soient sortis de cette plume. >» Le cher Aristarque auquel il le soumit, complété, revisé, se rappelle avec émotion la lecture que lui en faisait cette voix affaiblie : «Ce fut, écrit Ampère, durant l'été de 185i, sur un banc que je vois encore dans son petit jardin de Sceaux, où, déjà bien fatigué, il était allé chercher quelque repos en Ire sa femme et son enfant, qu'Ozanam me lut son tableau du Paganisme : derniers jours où l'inquiétude qu'il fallait lui cacher ne vint pas en empoisonner la douceur. Qu'on me permette de leur donner un regret, et de ne pas essuyer cette larme qui tombe sur le papier, tandis que j'écris... )>

Restaient à remanier, à rédiger, à refondre les seize leçons dont le professeur ne possédait que des sténographies complétées par ses noies. C'était plus de travail que n'en comportaient ses forces et le

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