‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 182 sur 235 · LES PYRÉNÉES; BAYONNE · texte numérisé non relu

LES PYRÉNÉES; BAYONNE

Ce fut aussi rétablissement d'une conférence aux Eaux-Bonnes qui fut sa principale préoccupation, durant ce mois de séjour. Elle devait être, dans sa pensée, le point de ralliement pour les confrères de partout, en traitement dans ce lieu. Parallèlement, il amorça et mena activement l'entreprise par souscriptions d'un liApital destiné à recevoir les malades pauvres qu'y amènerait la môme nécessité. Chaque conférence locale se chargerait des frais du voyage de ses assistés, tandis qu'aux Eaux-Bonnes, les malades riches ou aisés prendraient l'entretien de ces arrivants à la charge de leur charité fraternelle.

« Me voici donc aux Eaux-Bonnes, écrit-il en arrivant à M. de La Villemarqué, me voici perdu entre deux montagnes, épuisant à grands verres la source sulfureuse. Franchement, cher ami, j'aimerais mieux votre cidre. Puis je grimpe, à Ja suite des chèvres, sur les rochers d'alentour pour digérer ce breuvage qui indigne mes entrailles. Je mène avec moi tout mon clan; et, quand nous aurons décampé de ces hauteurs, nous irons prendre les bains de mer à Biarritz. Puis on m'exile dans le Midi pour tout l'hiver. »

Dans une autre lettre, il décrit le charme grandiose de ce versant des Pyrénées : « On ne se lasse pas d'admirer la beauté de la lumière qui dore les rochers, la courbe élégante des croupes ; surtout les eaux qui jaillissent de toutes parts, bruyantes et limpides. Les Alpes mêmes n'ont peut-être rien de comparable au Cirque de Gavarnie. Figurez-vous, non pas un cirque, mais plutôt une abside de cathédrale, haute de dixhuit cents pieds, couronnée de neiges, sillonnée de cascades dont la blanche écume se détache sur des rochers de la plus chaude couleur; les murs en sont

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comme taillés à pic. Quand les nuages flottent audessus, ils semblent comme les draperies du sanctuaire; et. si le soleil brille, le flambeau ne parait pas trop éclatant pour éclairer cet édifice, qu'on dirait commencé par les anges et interrompu par quelque faute des hommes. »

Au cours de « cette école buissonnière » dans les Pyrénées se place le pèlerinage au sanctuaire de Bétharam, où Ozanam est venu apporter sa prière à la Vierge au Hameau d'or : « Ce Hameau d'or, dit la légende, fut offert par une jeune fdle qui tombée dans le torrent voisin, fit un vœu à Notre-Dame, et au même instant trouva sous sa main un rameau où elle s'attacha. Je me suis aussi cramponné de toutes les forces de mon Ame à la branche libératrice, à celle ({ue nous appelons la Consolatrice des affligés et le Hefuge des pécheurs ! »

Mieux que des beaux lieux, Ozanam rencontra aux eaux de très belles âmes. Je ne saurais dire s'il s'en pouvait trouver de mieux assorties à la sienne que les deux jeunes prêtres de piété et de suprême distinction, dont l'un était l'abbé Perreyve, son disciple, et l'autre l'abbé Mermillod, le futur évêque d'Hébron et cardinal, alors vicaire de Notre-Dame de Genève.

L'abbé Perreyve, le fils chéri de Lacordaire et du Père Gratry, l'était aussi d'Ozanam. Lui aussi était malade, lui aussi sentait que la vie lui échappait, lui aussi en faisait l'offrande au divin Maître de la vie : et ces prévisions douloureuses et généreuses donnaient à leurs entretiens le caractère triste et doux d'un sacrifice associé : « Quand le ciel était pur, raconte l'abbé Perreyve, nous partions de bonne heure, nous acheminant vers l'une des riantes promenades

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