CHAPITRE VII
DÉDOUBLEMENT DE LA CONFÉRENCE. — VLNCENT DE PAUL l'ancêtre. — LES FINS ET l'eSPRIT DE L'œUVHE. — u SE DÉVOUER jusqu'au MARTYRE ». — l'uUMBLE APOTRE. — DOUBLE ÉTUDE : LICENCIÉ ÈS LETTRES ET DOCTEUR EN DROIT.
A la fin de novembre 1834, nous trouvons Ozanam « installé dans un très joli petit appartement qui n'a qu'un défaut : celui d'être au sixième étage. Du reste bon air, et une vue sur les jardins ». Il n'y est pas seul : il a pour compagnon « un jeune homme fort doux, ayant de l'instruction et surtout beaucoup de sens pratique ». C'était Auguste Le Taillandier, son co-fondateur de la Conférence de la Charité. « Tout ce que je regrette en lui, c'est qu'il ne soit pas Lyonnais; et, qu'en vivant si rapprochés, nous ayons, hélas! la perspective d'avoir à nous quitter dans un an, et pour toujours. En vérité, nous voilà de hauts et puissants seigneurs. »
De celte cohabitation de douce mémoire, Ozanam pouvait écrire deux années après au cher conchambriste : <( Hélas ! mon cher ami, il n'y a que
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deux ans, nous liabitions ensemble comme doux frères, nos deux vies se confondaient en une. Que le souvenir de ce temps nvest doux! »
Pour ces deux amis et frrres en saint Vincent de Paul, l'année académique 183V-1835, qu'ils passèrent ensemble, fut signalée par un rapide développement de l'œuvre dans Paris. Nous l'y avons laissée avec vingt ou vin,i:t-cinq membres, fin do sa première année 1833. En 183i, où nous la reprenons, le parfum de charité qui s'en exhalait avait conmiencé à transpirer et rayonner au dehors. L'un des administrateurs du Bureau de Bienfaisance du XII'' arrondissement. M. VoUot, demanda le concours des confrères pour la visite de ses indigents assistés. Us le lui apportèrent généreusement. Le i" février 183i, la société prit possession de ce service qu'elle continua et assura dans les années suivantes.
C'est dans les mêmes jours, le V février, qu'on commença à ajouter à la prière de chaque séance l'invocation du patron : u Saint Vincent de Paul, priez pour nous. » En même temps, on adoptait, comme fête principale de la société, celle du même saint, célébré le 19 juillet. Ozanam avait demandé que la Conterence fût également placée sous le patronage de la Très Sainte Vierge. On ajouta donc l'Ave Maria aux prières ordinaires des réunions, et Ton décida de célébrer avec une dévotion particulière la fête de l'Immaculée Conception.
Le 12 avril, les membres de la Conférence s'étaient trouvés réunis dans la chapelle des Lazaristes, rue de Sèvres, pour y vénérer les reliques de saint Vincent de Paul qu'on venait d'y réintégrer, après quatre ans de séjour au collège de Roye, en Picar-
die, OÙ on les avait tenues cachées depuis la Révolution de Juillet.
De plus en plus, le culte de ce « père de la patrie », comme son siècle Pavait surnommé, avait grandi dans ces jeunes cœurs. Un jour de ce même temps, une élite des confrères, Ozanani en tête, résolut d'aller célébrer sa fête dans la modeste paroisse suburbaine de Clichy, de laquelle M. Vincent avait été curé jusqu'en 16121. Eux aussi, ces jeunes zélateurs de sa charité, n'étaient pas seulement ses paroissiens de cœur, ils se considéraient comme ses héritiers, ses lils; et c'est à ce titre qu'ils sollicitèrent l'honneur de porter sa châsse sur leurs épaules, à la procession. « Car, cro3^ez bien, avait écrit Ozanam, que Vincent de Paul n'était pas homme à bâtir sur le sable et pour deux jours. Les grandes âmes qui approchent Dieu de plus près, y prennent quelque chose de prophétique : ne doutons donc pas que saint Vincent n'ait eu une vision anticipée des maux et des besoins de nos jours. Il y pourvoit encore; et, comme tous les grands fondateurs, il ne cesse pas d'avoir sa postérité spirituelle, toujours vivante et agissante au milieu des ruines du passé. » « Donc nous aussi, dans ce patron^ nous honorerons un père. Qui sait si un jour nous ne verrons pas les enfants de notre vieillesse s'abriter au large foyer d'une société dont nous aurons vu les frêles commen-
1. Saint Vincent de Paul a raconté ce départ de sa chère et chrétienne paroisse : « Je m'éloignai tristement de ma petite église de Clichy. Mes yeux étaient mouillés de larmes, et je bénis en sanglotant ces hommes et ces femmes qui venaient vers moi et que j'avais tant aimés! Mes pauvres y étaient aussi, et ceux-là me fendaient le cœur. Je marchais sur la route de Clichy avec mon petit mobilier. J'arrivai à Paris, le 25 janvier au soir; et, après avoir sollicité les conseils du père de Berulle, je me rendis chez M. de Gondi... »