LYON ET PARIS — DOCTORAT EN DROIT
« DEUX CHANCELIERS d'aNGLETEBRE )) . — l'oRGANISATION 1")ES CONFÉRENCES. — LE HOCTOHAT EN DROIT. — PERPLEXITÉ. — ADIEUX A PARIS. — MORT DE M. AMPÈRE.
La période- qui va des premiers mois des vacances de 1835 à celles de 1836, celle que nous abordons, comprend la dernière année des études juridiques d'Ozanam couronnées parle doctorat en droit. Cette année se partage entre Lyon et Paris ; Lyon où ses vacances en famille sont remplies par un grand travail : Deux chanceliers d'Angleterre ; Paris où son zèle s'emploie, aux côtés de Lallier, à formuler les statuts de la Société de Saint-Vincent de Paul. Puis, l'été venu, nous assistons aux adieux du jeune docteur à Paris, et de là à son départ vers Lyon pour une carrière qu'il redoute, et pour une durée c[ii'il ne peut mesurer encore.
Présentement, milieu d'août 1835, nous venons do voir Ozanam pressé de se rendre à Lyon auprès do sa mère qui l'attend pour guérir. Ce voyage, qui
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était alors de deux jours et d'une nuit, fut marqué par un incident, et s'accomplit dans une compagnie qui fournit à son caractère l'occasion de s'affirmer virilement et chrétiennement.
Dans l'intérieur de la même diligence que lui étaient montés un Allemand, sa fenmie, et leurs enfants, à destination de Màcon, et ainsi fatalement ses compagnons de route presque jusqu'au terme. A un certain relais, une jeune fille de belle mine étant apparue sur le seuil d'une maison. l'Allemand, interpellant à ce sujette jeune homme assis en face de lui, le provoqua par des grossièretés baragouinées en mauvais français. En trois mots énergiques. Frédéric, s'estimant insulté, lui imposa silence. La nuit venue, notre homme reprit le même sujet, en allemand cette fois, se gaussant impunément avec son monde de la chaste niaiseriedu jeune français. Ozanam semblait sommeiller dans son coin: mais il avait tout compris. Il prépara sa réplique, puis attendit le jour ; et, quand il eut paru, regardant son homme en face, il lui asséna deux ou trois phrases choisies qui voulaient dire en bon allemand qu'en France un homme qui. se respecte ne tient pas de pareils propos en diligence, et qu'un père de famille devrait rougir d'en user ainsi devant sa femme et ses enfants.
Stupéfaction, embarras du père, puis égards, témoignages d'estime. Ce ne fut pas tout. A Màcon, tout le monde descendant, TAllcmand pria l'étudiant d'accepter des ra'raichissements. C'était le matin de l'Assomption, Ozanam remercia : il se rendait à jeun à l'église voisine pour y communier à la messe, pour la fête de sa mère! Autre genre détonnement, quand abordé, sollicité par un petit décrotteur italien, Ozanam se mit à converser avec le petit étranger
dans la langue de son pays. Ce jeune gentilhomme français venait donc de parler trois langues !
Il y a douze lieues de Mâcon à Lyon. Faute de diligence, ce jour-là, moitié à pied, moitié dans une carriole de rencontre, Frédéric n'arriva, rue Pisay, qu'à huit heures du soir : « Toute la famille assemblée pour la fête de maman, s'affligeait de mon retard. Père, mère, frères, cousins, cousines, tout était là : je vous laisse à penser la joie du premier embrassement. »
M"®Ozanam, un peu remise de son mal, en gardait encore des traces inquiétantes : sensibilité extrême, redoublement d'activité fiévreuse dans les bonnes œuvres : en résumé une vertu et une bonté angélique en lutte continuelle avec une organisation maladive et nerveuse. «J'ai bien du souci pour l'hiver prochain, écrit Frédéric à Lallier. Mon cher ami, si vous avez deux places à me donner dans vos prières, donnezen une à ma mère et l'autre à moi. Si vous n'en avez qu'une, qu'elle soit pour ma mère. C'est prier pour moi que de prier pour elle. A sa conservation dans ce monde est peut-être attaché mon salut dans l'autre. »
La ville de Lyon, qu'aux vacances précédentes Ozanam avait retrouvée saignante encore des blessures de l'insurrection de 1834, ne présentait pas un aspect plus joyeux, lors de son retour de Paris, août 1835. La menace du choléra planait sur toutes les tètes. « S' avançant vers nos portes, écrit-il le 23 septembre, le fléau a remonté le Rhône jusqu'à quinze lieues de notre ville, chassant devant lui des multitudes de fugitifs dont les récits venaient ajouter encore à l'épouvante de notre population impressionnable et ardente. Tandis que les abrutis se préparaient à