‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 58 sur 235 · SOUVENIRS DE PARIS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE PARIS

désemparer, rédiger la pétition à W' de Queleii. VA cette visite improvisée où nous nous rendîmes chez rArchcvèque en tremblant, où nous soutînmes un si rude assaut, d'où nous sortîmes si émus. Et les premiers débuts de Lacordaire cl Stanislas; et ses triomphes à Notre-Dame, que nous faisions un peu les nôtres. Et la rédaction de la Revue Européenne dans le salon de M. Bailly. Et les vicissitudes de la Société de Saint- Vincent de Paul : cette fameuse séance du dernier décembre 183V où l'on discuta la division, où Le Taillandier pleurait, où La Perrière et moi nous nous traitâmes d'une rude façon, où l'on iinit par un embrassement plus amical que jamais, en se souhaitant la bonne année du lendemain. Avec cela, les réveillons de Noël, les processions de la Fête-Dieu ; les églantines qui fleurissaient si jolies sur le chemin de Nanterre; les reliques de saint Vincent de Paul portées sur nos épaules, à Clichy. Et puis, tant de bons offices échangés; tant de fois le trop-plein du cœur épanché entre frères : les conseils, les exemples; les pleurs secrets versés au pied des autels quand on s'y trouvait ensemble; enfin jusqu'aux promenades autour des lilas du Luxeml)ourg, ou sur la place de Saint-Étienne du Mont, quand le clair de la lune en dessinait si bien les trois grands édifices !

« Tout cela, mon cher ami, devient pour moi comme le fond du tableau de mes pensées; tout cela jette une lumière douce et un peu triste sur mon existence présente. Ainsi l'histoire, en s'éloignant, devient-elle poésie. J'ai, moi aussi, mon âge d'or, mes temps héroïques et légendaires. Mais ce qui est et reste tout entier véritable, ce qui a jeté des racines plus profondes, non plus seulement dans mon imagi-

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