‹ Frédéric Ozanam d'après sa correspondanceChapitre 57 sur 235 · LYON : L'APOLOGISTE · texte numérisé non relu

LYON : L'APOLOGISTE

immolé pour le droit chrétien : « Depuis six cents ans, cent millions de catholiques environnent de respect et d'amour la mémoire de cet évêque d'un autre âge. Et lorsque, dans les supplications solennelles, nous répétons la longue litanie de nos saints, alors, ô Thomas de Cantorbéry! vous aussi nous vous invoquons, et nous vous saluons du plus beau nom qui soit dans la langue des hommes : nous vous saluons Martyr! »

Loi'sque, au printemps de Tannée suivante, M. de Coux, ancien rédacteur de la Revue Européenne, présenta en volume ce premier livre de son jeune collaborateur, il se défendit d'abord de trop louer quelqu'un qui le touchait de si près : « Mais, ajoutet-il, nous avons le droit de dire que l'on trouvera ici de consciencieuses études, une instruction puisée aux sources, et un sentiment profond de la vérité chrétienne. C'en estassez, croyons-nous, pour assurer toutes les sympathies du public choisi auquel nous nous adressons, au jeune écrivain qui veut se dévouer à la grave et laborieuse carrière de défenseur de la religion, et qui engage au service de la cause catholique tout ce qu'il a d'àme et de talent. »

C'était plus d'éloge que n'en voulait Ozanani. Quand, ayant terminé sonœuvre, ill' avait regardée, il l'avait trouvée petite, en la comparant à une œuvre de charité que, près de lui, accomplissait en même temps Paul de la Perrière; et il s'était dit, confus, qu'une bonne action valait mieux qu'un bon livre. Il écrivit alors : c Pendant que moi, je me traînais sur ces pauvres pages, de la Perrière, lui, a fait achever une église dans le faubourg qu'il habite, et l'a fait bénir. Il a procuré de la sorte le bienfait de l'instruction religieuse et du saint sacri-

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fice à sept cents âmes qui maintenant le comblent d'actions de grâces. Que les actions valent donc mieux que les paroles, et ([ue j'ai honte de mon rôle d'écrivassier, si mal soutenu d'ailleurs! Mais enlin, J'espère que tout ce travail ne sera pas sans fruit. Ce ne sera pas en vain que j'aurai vu de près un si grand saint, et que je serai descendu en quelque sorte jusque dans ses entrailles. .1 "espère que le souvenir que j'en aurai rapporté ne me sera pas inutile dans les combats de la vie. »

Après quatre mois et demi de longues, mais laborieuses vacances, Ozanam annonçait son retour à Paris par ces lignes à de La Xoue, du 23 novembre 1835 : « Je pars dans huit jours. Cette année sera la dernière de mon séjour, et mon temps sera pris tout entier par les épreuves que j'aurai à subir pour prendre les grades de docteur en droit et de docteur es lettres... Nous ne vivrons pas cependant étrangers l'un à l'autre. Je compte pour cela sur le génie de l'amitié. AJieu, cher poète; souvenez-vous de moi, dans vos pensées, dans vos rêveries et dans vos prières. »

Ce qui le rappelait à Paris c'était sans doute le travail et la soutenance de sa thèse de doctorat juridique, mais c'était surtout son œuvre par excellence : celle de la charité, qu'il déclarait tout à l'heure primer celle de la science même.

Pour y travailler mieux, il avait désiré de vivre cette dernière année 1835-1836, à côté de Lallier, secrétaire général de la Société de Saint -Vincent de Paul, comme il avait fait l'année précédente avec Le Taillandier, aujourd'hui rapatrié à Rouen. Il lui en avait ainsi écrit, 10 novembre : « Je pense toujours

partir de Lyon du 25 de ce mois au 3 du mois prochain. Quand je serai à Paris, il faudra me mettre dans mes meubles. Vous devez être dans la même nécessité. Ne pourrions-nous pas louer un petit appartement ensemble? Attendez-moi pour cela, si cela vous est possible. La solitude serait fatale à mon repos : mon imagination me dévore. Seul, il me semble toujours que ([uelque démon soit à mon côté. Avec des amis chrétiens, je sens aussitôt l'accomplissement de la promesse de Cehii qui s'est eng-agé à se trouver partout où l'on se rassemblerait en son nom. Nous vivrions comme deux frères. Je vous prierais de mortifier mon amour-propre indomptable; nous tâcherions ensemble de devenir meilleurs. Nous combinerions nos œuvres de charité; nous mûririons nos projets de travail ; nous nous rendrions le courag-e dans nos abattements. Nous nous consolerions dans nos tristesses. »

Depuis qu'ils avaient appris à se mieux connaître, Ozanam etLallier s'étaient de plus en plus convenus. Bien des choses les rapprochaient. Lallier, plus jeune d'une année, avait son père médecin à Joig-ny. Un de ses oncles était président du tribunal de la même ville; un autre oncle prêtre, professeur au même lieu, puis proviseur au collège royal d'Orléans, puis chanoine et vicaire-général de Sens, s'était fait un renom d'humaniste dans l'Université, comme d'administrateur épiscopable dans le clergé. François, leur neveu, était, comme Ozanam, un chrétien tout d'une pièce. Deux de ses amis, Lamache et de la Perrière, ont rendu de lui ce témoignage : « Ozanam était l'initiative ardente, la science précoce, la franchise prévenante et conquérante, la séduction des grandes pensées et des sentiments élevés. Il était de

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beaucoup pariai nous primus inlcr pares. Lallier était son second : forte intelligence, profonde bonté, grand sens, plus de raison que d'imagination , plus (le solidité que d'éclat; un abord réservé, presque froid, mais un cœur chaud, et, dans l'intimité, débordant de tendresse; déjà grave comme un magistrat, avec une bonhomie simple et affectueuse qui le faisait appeler par nous le Vrrr Lallier^ »

Ozanam en était venu à ne pouvoir se passer de lui, voulant être approuvé de lui, être aimé de lui. La même lettre en fait l'humble aveu : « Que je suis donc égoïste I Vous savez combien de fois à Paris, causant avec vous, je mendiais, pour ainsi dire, des éloges, provoquant ces témoignages d'une amitié dont vous m'avez comblé. ï'n soir, par exemple, vous me dites que vous priiez nominativement pour moi. Et ces mots depuis ne sont pas sortis de mon cœur!... »

« Nous combinerons ensemble nos œuvres de charité », venait d'écrire Ozanam. C'était une heure solennelle pour la Société de Saint-Vincent de Paul. Les quatre conférences de Paris, Saint-Étienne-du- Mont, Saint-Sulpice, Saint-Philippe-du-Roule, Notre- Dame de Bonne-Nouvelle étaient autant des terres en plein rapport. Puis l'œuvre débordait Paris. Nous avons vu M. Léonce Gurnier l'implanter à Nimes. Le jeune peintre Janmot l'avait portée à Piome, où Glaudius Lavergne le rejoignit. Ozanam lui-même en avait jeté la première semence dans ce sol lyonnais

1. V. sur M. le président François Lallier : La Semaine Religieuse 'le Sens et d'Auxerre. t. XXIV, année 1887. Notice biographique en sept articles, p. 39 à p. 153. Et rapport de M. Juliiot à r.\ssemblée générale de Saint-Vincent de Paul de Sens, dimanche des Rameaux

OÙ nous la vei-rons éclore au milieu des épines et porter de beaux fruits. On pouvait déjà en pressentir l'universelle éclosion dans les principales villes de France où Timporlaient, de retour chez eux, les jeunes étudiants chrétiens, membres des Conférences de Paris. L'heure était venue de les relier toutes entre elles dans ce qu'Ozanam appelait une Confédération fraternelle, ayant son règlement, sa loi, en même temps qu'elle gardait son foyer central et familial, à Paris, d'où elle était sortie.

Ce règlement s'élaborait pieusement et sagement par les mains de M. Bailly et de Lallier, qui en avaient fait l'œuvre de leurs vacances de J 835. M. Bailly le communiqua aux confrères à la première des Assemblées générales, laquelle eut lieu le 21 février 1836. 11 eut soin de rappeler que déjà ce règlement, fait non de théories précon(;ues, mais d'expériences acquises, avait été concerté entre les membres des conférences, avant leur sectionnement. Les considérations préliminaires, écrites par lui, pénétrées de l'esprit d'humilité, d'union, de charité qui doit animer les confrères entre eux, ainsi que du sentiment de leurs devoirs envers les autorités ecclésiastiques, sont t<jutes empruntées aux paroles et aux écrits de saint Vincent de Paul. Le véritable législateur de la Société de Saint- Vincent de Paul est Vincent de Paul lui-même.

Le règlement proprement dit, rédigé par Lallier, secrétaire général, porte dans le Manuel de la société la date de décembre 1835, exactement celle où Ozanam de retour venait à Paris reprendre sa place à coté de son ami. Sa main ne s'y affirme nulle part, mais son esprit put-il y demeurer étranger? 11 s'ouvre par ces lignes : « Voici enfin le commencement d'organisa-

LE RliGLEMEM" DE LA SOCIÉTÉ. ICt

tion écrite que nousappelions de nos vœux, etc.. » Il se termine par celles-ci : « Courage donc! Réunis ou séparés, de prés ou de loin, aimons-nous; aimons et servons les pauvres. Aimons cette petite Société qui nous a fait connaître les uns aux autres, qui nous a mis dans la voie d'une vie plus charitable et plus chrétienne. Aimons nos usages, aimons nos règles : si nous les gardons fidèlement, croyons quelles nous garderont et qu'elles garderont notre œuvre. « Il se fait beaucoup de mal, disait un saint prêtre, faisons un peu de bien ! » Oh ! combien nous nous féliciterons de n'avoir pas laissé passer inutiles les années de notre jeunesse 1 La jeunesse est un champ qu'il faut moissonner; regardons autour de nous, ramassons avec soin les épis qui sont à nos pieds. Celte gerbe nous sera une provision pour la vie entière, bénie qu'elle aura été par le Seigneur. »

Les lettres imprimées . d'Ozanam, pour l'année

1836, sont très rares : trois seulement. Lui-même s'en excuse sur le double travail de cette dernière et décisive année, et il s'en dit tellement écrasé qu'il désespère presque d'accomplir la tâche qu'il s'est prescrite. « Le temps m'échappe et me trahit. Il ne m'en reste point pour satisfaire à la fois aux devoirs de l'étude et aux devoirs de l'amitié. »

C'est de cette année-là que lui-même écrira plus tard à son jeune frère : « Tu commences donc à savoir, mon pauvre ami, ce qu'il y a de rude au métier de jeune homme. Autrefois c'était la guerre, aujourd'hui ce sont les examens. Certainement il y a des saisons de travail qui valent bien une campagne. En 1836-

1837, je travaillais pendant cinq mois régulièrement dix heures par jour, sans compter les cours, et quatorze et quinze heures le dernier mois. Il faut beau-

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coup de prudence pour que la santé n'en soit pas affectée ; mais peu à peu le tempérament s'y fait. » Cette prudence, Ozanam l'eut-il jamais pour lui-même?

Ce fut le 30 avril 1836, qu'Ozanam soutint honorablement ses deux thèses de doctorat en droit, dont les sujets étaient : pour le droit romain, De Interdictis ; pour le droit français, De la Prescription^ à C effet cV acquérir. Bien rares étaient alors les étudiants en droit qui poussaient leurs études jusqu'au doctorat, lequel alors ne leur conférait d'autre prérogative que la capacité à l'enseignement supérieur dans une faculté. Ozanam devait en bénéficier un jour.

Il se réjouit peu de ce succès. Ce qui d'ordinaire et pour les autres est le pied dans l'étrier, était pour lui la corde au cou. Docteur en droit, il appartenait désormais et définitivement au barreau, au palais, à la carrière de laquelle il ne voulait pas. Et c'était pour elle, la chicane, qu'il lui faudrait renoncer sans retour à la profession des lettres, à l'apostolat des lettres; ces Belles-Lettres auxquelles avaient été fiancées son enfance, sa jeunesse, auxquelles il avait donné tant de gages et qui lui avaient apporté de si nobles et saintes joies : Écrire pour Dieu, parler pour Dieu! Je considère ce lendemain du doctorat en droit comme une des heures les plus douloureuses de la vie d'Ozanam.

Sa rentrée à Lyon l'épouvante : « Je vais donc quitter Paris. Mais queferai-je à Lyon? On voudra me faire plaider. Vais-je donc me confiner dans l'étroite sphère du forum? Cela me serait dur. Mon cher ami, cette répugnance pour la chicane est-ce orgueil? Et cet amour pour les hautes études est-ce vocation? Est-ce inspiration d'en haut, est-ce tentation d'en

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bas? Tout ce que j'ai écrit et fait depuis cinq ans, est-ce raison, est-ce folie? »

C'est à Dieu même qu'il le demande humblement, finalement : < 0 mon cher ami, priez pour que le bon Dieu réponde à toutes ces questions que je lui adresse chaquejour! lime semble queje suis résigné à faire sa volonté, quelque humble rôle, quelque douloureuse mission qu'il me prépare. Mais que cette volooté me soit counue I Que je ne sois plus, comme je le suis depuis cinq ans, divisé contre moi-même, c'est-à-dire faible, impuissant, inutile. »

D'autres fois, il s'accuse. Docteur, il l'est; mais docte, l'est-il autant qu'il aurait pu et dû l'être? Avocat, juriste, jurisconsulte, il le sera. Mais le sera-t-il au rani^ où il eût pu se placer? « Ah! confesse-t-il à cette heure, si j'eusse consacré à l'étude exclusive du droit les facultés que Dieu ma données, elles cinq années de séjour à Paris que m'ont concédées mes parents, j'aurais pu acquérir au barreau un rang que maintenant je ne puis espérer d'atteindre. Toutes ces réflexions m'agitent et me tourmentent; et la nécessité où je vais me trouver de prendre une position définitive, m'accable. J'ai peur de causer bien des peines à mes chers parents; et cependant vous savez s'ils méritent d'être aimés ! »

Quant à pactiser avec les lettres en faisant d'elles non sa profession, mais sa récréation, il n'y faut pas songer : « Non, proteste-t-il, ma nature, esprit et cœur, se refuse à ce partage. La passion que les lettres ont allumée en moi veut à elle toute ma vie, comme elle prend toute mon âme. Et ainsi suis-je placé dans l'alternative de renoncer à l'une ou à l'autre carrière, ne pouvant les mener de front. Mais comment me résoudre à dire un éternel adieu aux lettres, ces amies

si sévères qui me font payer si cher leur familiarité? »

Puis, s'il redoutait Lyon, il regrettait Paris. Au lieu d'en partir aussitôt après son doctorat en droit, il y demeura jusqu'à la saison des vacances. C'était premièrement pour le travail de la préparation au doctorat es lettres, seule issue possible à la cruelle impasse. Il y était retenu en outre par toutes sortes de liens de religion, d'amitié et de charité. Ainsi avait-il écrit précédemment : ^ Sans doute, j'aspire à me retrouver auprès de mes parents. Il me semble qu'ils ont besoin de moi; je sens que j'ai besoin d'eux. Et cependant il me sera dur, il me sera cruel de quitter le lieu de mon exil, de dire adieu à ceux ([ui me l'ont rendu fort supportable, et de renoncer à ces réunions fraternelles que rien ne remplacera. »

C'étaient les réunions de la Société de Saint- Vincent de Paul, ses fêtes, ses pèlerinages, tels que celui-ci de Nanterre, auquel, le 11 juin, il convoque de nouveau l'un d'eux, Gustave de La Noue, qui habitait Auteuil: (( J'irai vous voir dans quelques jours. En attendant, dimanche prochain, à une lieue et demie de chez vous, une troupe toute composée de vos amis, se trouvera réunie pour faire cortège à la procession de Nanterre. Venez les rejoindre, mon cher de La Noue. Venez passer avec nous ces quelques instants de foi et d'amour. Venez jeter les fleurs et l'encens de vos pensées sur le passage du Dieu sauveur. »

Lallier allait lui manquer : « Voussavez, lui écrit-il, vous savez s'il me sera dur d'être privé de vous, cette année. Franchissons souvent la distance parla pensée ; écrivons-nous, conseillons-nous, soutenons-nous. Je crois que vous devez en avoir besoin, puisque vous êtes homme; mais j'en ai encore plus besoin que vous...

MORT Dl. M. AMPERE. 1C5

Adieu, mon cher Lallier! Puissé-je bientôt vous re-

voir

Il y avait aussi dans cette ville tel de ses plus chers et vénérés maîtres qui lenchainait à lui. Le plus i;Tand et le plus tendre disparut en ce temps-là. Li veille même du jour où il adressait à de La Noue ce gracieux et religieux billet, 10 juin, expirait, à Marseille, celui quOzanam nommait son second père, l'illustre André-Mario Ampère, âgé de soixante ans.

La consolation dOzanam avait été de prêter jusqu'à la fin à ce grand homme l'assistance de sa plume, comme en témoigne celte lettre affectueuse du 10 septembre 1835 : <« Mon cher et excellent ami, lui écrivait Ampère, où trouverai-je des expressions (]ui puissent rendre toute ma reconnaissance de votre article auquel j'attache un prix inestimable? Cette reconnaissance durera autant que ma vie. »

La mort du grand chrétien avait été précieuse devant Dieu. A ceux qui alors s'informaient de sa santé : « Ma santé! ma santé! répondait-il; il s'agit bien de cela! Une doit être question à cette heure que de vérités éternelles. " Ozanam déposa sur la tombe de ce paternel ami un hommage, qui en était d'abord un à la religion qui lavait fait si bon, en même temps que si grand ! « Il était beau de voir de près ce que le christianisme avait su faire de l'intérieur de sa grande àme : cette admirable simplicité, pudeur du génie qui savait tout et s'ignorait soi-même : cette charité si affable et si communicative ; cette bienveillance enfin qui allait au-devant de tous, mais surtout des jeunes gens... » Et Ozanam lui donnait une dernière fois ce nom de second père qu'il avait été pour lui.

Il le pleura longtemps, associé intimement à la douleur de son fils, comme il le lui rappelait une année

après : « Monsieur et ami, je me souviens d'un jour où vous vîntes me visiter dans ma petite chambre. Tous les deux, nous avions les larmes aux yeux. Je vous disais combien je me sentais pressé de retourner dans ma famille, de profiter de toutes les heures que le ciel accorderait à mes vieux parents. L'exemple de votre malheur me faisait penser en frémissant à la possibiUté d'un malheur semblable. »

C'est à Lyon, auprès d'eux, que nous retrouvons Frédéric, vers la fin de juillet 1836. Lyon rentrait pour quatre années en possession de son enfant. Durant ce séjour il lui arrivera souvent de retourner son regard vers ce doux « exil de Paris », qui lui avait donné, disait-il, les cinq années les plus belles et les plus heureuses de sa vie ». Deux ans environ après qu'il les avait vues finir, il en traçait ainsi le tableau récapitulatif et charmant dans cette lettre à Lallier, 17 mai 1838 : « Vous ne sauriez croire, mon cher ami, quel charme inexprimable ont pour moi toutes ces humbles scènes de notre vie d'étudiants, ([uand elles me reviennent dans le demi-jour du passé qui les idéalise. Les réunions du soir aux conférences de M. Gerbet, qui avaient un peu le prestige du mystère, et dans lesquelles se firent nos premiers rapprochements. Ces luttes historiques, philosophiques de la conférence où nous portions une ardeur de si bon aloi, où les succès se mettaient en commun de si grand cœur. Les petites assemblées de charité de la rue du Petit-Bourbon-Saint- Sulpice, dont la première eut lieu au mois de mai, quoi qu'en dise Lamache, et j'y tiens. Et cette fameuse soirée où nous assistâmes aux adieux de TAcadémie de Saint-Hyacinthe, et revînmes, sans

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