LA VOCATION DE L'APOSTOLAT
vertu que pour les iilles cVKve? Nest-ce pas elle, au contraire, qui lait une des principales gloires de l'humanité du Sauveur? N'est-ce pas elle qu'il chérit surtout dans son Disciple bien-aimé? N'est-ce pas la plus belle fleur qui soit cultivée dans le jardin df l'Église? N'éprouvez-vous pas de la peine à la laisser flétrir avant l'heure du midi? Et ne seriez- vous pas heureux de l'emporter au ciel avec vous, si vous y étiez appelé pendant ces années qui précèdent la maturité parfaite? »
En 1837, lorsque déjà s'agite la question de sa nomination à la chaire de droit, il y prépose pour luimême la question préalable de sa vie dans le monde ou ailleurs : « 11 me semble, écrit-il le 5 octobre, que le succès heureux ou malheureux de cette affaire décidera si je demeurerai dans le monde ou si j'en sortirai, quand les événements me rendront libre? Vous apercevez là quelle est la témérité de mes rêveries et sur quel terrain sacré elles osent se porter 1 Mais, en vérité, j'envie le sort de ceux qui se dévouent entièrement à Dieu et à l'humanité. »
Mais vers quel ordre religieux se portait cette sainte envie? Les circonstances fixèrent la direction de la boussole. Le 9 février 1839, l'abbé Lacordaire fit savoir de Paris à Ozanam la nouvelle de sa détermination d'entrer dans l'ordre de Saint-Dominique. Il lui annonçait la date de son départ pour Rome, et de son arrivée et arrêt à Lyon, où il le priait de retenir les places à la diligence pour lui et deux de ses compagnons : « C'est le jeudi 7 mars, fête de saint Thomas d'Aquin,que nous quitterons Paris. Par conséquent nous serons à Lyon, le dimanche 10. Ce serait donc mardi 12, que nous embarquerions pour Milan par les diligences Bonafous, au nombre de trois, pas
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davantage. Je serai ravi de vous revoir, vous et tous vos amis; et j'espère que vous nous aiderez à faire les pèlerina.ses que tout fervent catholique ne doit pas omettre à Lyon. »
Le voyage de l'abbé Lacordaire à Rome avait été précédé de son Mémoire sid' le Rétablissemeîit de rOrdre des Frères Prêcheurs en France, qui avait été aussi une voix d'éveil à l'esprit d'Ozanam. Ce rétablissement était une reviviscence de ce moyen âge, de ce xiii" siècle. qu'Ozanam venait de glorifier. Pendant ses années d'étudiant à Paris, l'abbé Lacordaire n'avait pas été seulement un des enthousiasmes, mais une des tendresses de sa vie. Il l'appelait « le Pierre l'Ermite » de la nouvelle croisade religieuse. Aussi s'empressa-t-il de convoquer autour de lui la jeunesse des conférences de Lyon, pour entendre cette voix éloquente, et peut-être, hélas! pour la dernière fois.
(' Ce fut une solennelle et touchante réunion, rapporte un témoin. Lacordaire lui-même était vivement ému, et son émotion inspira son discours. Il parla cependant avec beaucoup de simplicité et de familiarité, comme un frère s'adressant à des frères. Il expliqua le but de son œuvre trop peu comprise. Il parla de saint Dominique et de l'apostolat de ces Frères Prêcheurs dont il allait embrasser la Règle. Il insista sur la nécessité de rappeler les ordres religieux en France. Mais surtout il exprima son amitié pour les membres de cette Société de Saint-Vincent de Paul qu'il avait vue naître ; et il finit en demandant leurs prières pourlui et pourses jeunes compagnons qu'il avait, disait-on, arrachés au carbonaiisme. Hippolyte Requedat, l'un d'eux, était là à côté de lui. De telles paroles, un tel spectacle, ne devaient jamais sortir du cœur
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de cette assemblée de jeunes hommes; et presque tous les yeux étaient humides de larmes. »
Dans le cœur d'Ozanam cette entrevue et entretien laissa un trait de lumière. l*eu de temps après son arrivée à Home, le Frère Lacordaire, alors revêtu de l'habit de Saint-Dominique, écrivit à son jeune ami une lettre remplie d'agrément où il lui taisait part du bon accueil du saint Père, du bonheur de sa vocation et de sa vie nouvelle; mais sans aucune allusion à la possibilité d'une grâce pareille pour son correspondant. Cette discrétion le servit bien. Le 26 août. Ozanam, encore alors au chevet de sa mère, terminait sa réponse au grand novice romain par des ouvertures telles (jue celles-ci : « ,Ie sens plus que jamais le besoin dune direction spirituelle qui supplée à ma faiblesse et qui me décharge de ma responsabilité. Et, pour parler à cœur ouvert, déjà plus dune fois, quand je vois la maladie de ma mère faire de désolants progrès, et quand la possibilité d'une perte si terrible se présente à mon esprit, je ne vois plus de raisons pour me retenir dans une position que le devoir seul m'a fait solliciter. Alors l'incertitude de ma vocation se reproduit plus inquiétante que jamais. C'est ce mal intérieur, dont je souffre depuis longtemps, que je recommande à vos charitables prières; car, si Dieu voulait bien m'appeler à lui, je ne vois pas de milice dans laquelle il me fût plus doux de le servir que celle où vous êtes engagé. » Sur quoi il se disait « désireux de connaître d'avance la règle des Frères Prêcheurs, pour l'aider, avec le conseil de son confesseur, à prendre un parti à cet égard -.
Dans une réponse du 2 octobre, Lacordaire, à défaut du texte de la Règle, en faisait connaître à son ami l'esprit et le but ; la prrdication et la science divine,