PREFACE
Le 10 avril 1910, deuxième dimanche après Pâques, fête et assemblée générale annuelle de la Société d€ Saint-Vincent de Paul, à Paris, la messe traditionnelle fut célébrée dans la crypte de l'église des Carmes, rue de Vaugirard, en présence du conseil général de FOEuvre et d'un grand nombre de confrères.
Cette crypte historique est dépositaire du corps de Frédéric Ozanam, qui y repose sous un modeste monument, depuis 1853. Prenant occasion et sujet de ce souvenir et de cette tombe. M. l'abbé Guibert, prêtre de la compagnie de Saint-Sulpice, supérieur de l'ancienne Maison ecclésiastique des Carmes, aujourd'hui séminaire de l'Institut catholique, prononça à l'Évangile une mémorable allocution, toute d'actualité et de circonstance. Ayant d'abord salué dans saint Vincent de Paul le premier patron de la Société , il en vint aussitôt à prononcer le nom d'un second, que ce lieu rendait présent à la pensée de tous. Et Frédéric Ozanam devint dès lors et jusqu'à la fin tout le sujet du discours.
Le prêtre parla de lui non seulement « comnie^
Tin PRÉFACE.
d'un modèle qu'on imite et comme d'un patron qu'on honore, mais déjà comme d'un protecteur qu'on invoque, sinon en public du moins dans le secret de son cœur. » Il le salua, comme « le principal fondateur de la Société dont la jeune paternité lui a été reconnue par la tradition, cette voix de tous qui ne trompe pas ». Il constata le vœu général des conférences appelant le jour où, moyennant la sanction de l'Église, il leur serait donné de lui rendre un culte public et solennel. Et recherchant quelles conditions l'Église met à cette élévation, le vénéré prédicateur estima qu'elles furent admirablement remplies par la vie, la doctrine et les œuvres de ce juste : sa vie de piété et d'innocence, sa doctrine de foi communicative ; et les œuvres de lumière et de bienfaisance corporelle et spirituelle, qui ensemble ont fait de lui un incomparable apôtre de la vérité et de la charité, dans le monde.
L'amour de Dieu en est le principe, la sanctification des âmes en est le terme ; et le même discours n'hésite pas à nommer la Société de Saint-Vincent de Paul, « une association de piété non moins qu'une congrégation de charité ».
« Or, se demande-t-il, quand, au sein de l'Église, une œuvre chrétienne a jeté de si profondes racines dans les âmes et étendu si loin ses branches chargées de fruits ; quand elle puise sa sève dans une vie religieuse si pure et si intense, n'est-on pas en droit d'en conclure qu'elle est de Dieu, que le cœur où elle prit naissance fut plein de Dieu, et que le front de son auteur est digne de porter l'auréole?... La vitalité et l'efficacité de son action sont la garantie et la consécration de ses vertus. »
« Furent-elles, ces vertus chrétiennes, pratiquées