CHAPITRE X
VISITE A LAMARTINE. — ORIGINES DE LA CONFERENCE DE LYON. — SES ŒUVRES. — OPPOSITIONS ET PROGRÈS. — IMPULSION AU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA SOCIÉTÉ.
La rentrée d'Ozanam à Lyon, après cinq années d'école, combla le bonheur de sa famille. Luimême s'abandonna sans réserve ni mesure à leur affection, en partageant leur joie et leur action de grâces. Cette joie pour ses parents était celle de retrouver leur Frédéric tout entier. Une mère l'a écrit de lui : « Ozanam, ce jour-là, voyait accompli pour lui-même le vœu qu'il avait formulé pour tant d'autres jeunes gens, à savoir : de revenir à sa mère tel qu'elle l'avait envoyé, confiant et pur comme autrefois, le cœur toujours livré aux affections de famille, fidèle au devoir chrétien, et résolu à n'en jamais déserter le sentier. » Et elle ajoute : « Cette joie, celles-là seules qui l'ont éprouvée en savent la douceur, et elles disent qu'entre toutes les grâces reçues
du ciel, il n'en est guère de plus précieuse et de plus profonde que celle-là ^ »
M. et lAP'' Ozanam avaient déjà fait disposer chez eux, raconte son frère, l'installation du futur avocat à la cour royale de Lyon. Mais quatre mois le séparaient encore de la rentrée des tribunaux. Ces mois de vacances, après une excursion que nous allons rappeler, furent consacrés par lui à la fondation de la première Conférence lyonnaise de Saint-Vincent de Paul, qui remplira ce chapitre.
L'intérêt de cette excursion de vacances, toute voisine d'ailleurs, s'attache à la rencontre que lui, son frère, et un ami, M. de Maubout, y firent de M. de Lamartine. Us revenaient de visiter les ruines de l'abbaye de Cluny, quand ils furent rencontrés, abordés par le grand homme qui les invita tous trois à dîner chez lui, à Monceaux. La société était nombreuse et des plus distinguées, rapporte l'abbé. Dans sa langue brillante, le député de Saône-et-Loire affecta de faire bon marché de la philosophie et de la littérature, pour ne plus faire état que de la politique, maîtresse des temps et des hommes. Ozanam, modestement et respectueusement, prit part à la conversation, et cela avec une mesure de pensée et une distinction de parole qui attirèrent les sympathiques attentions de la noble table sur ce jeune inconnu, qu'on se faisait nommer.
De cette rencontre, Ozanam ne dit qu'un mot à Lallier : « J'ai fait avec mon frère aîné deux charmants petits voyages : l'un à Saint-É tienne oii j'ai vu des miracles d'industrie, l'autre en Maçonnais et en
1. Frédéric Ozanam, d'après 5a correspondance, par M"» Edouard Humbert, dame protestante de Genève. — Brochure, 84 pages. Paris et Genève, 1880