LA PROPAGATION DE LA FOI
conquêtes : « Il semble que ce vent impétueux recommence à souffler sur le monde chrétien. Les vocations se manifestent plus nombreuses. Le sacerdoce et les ordres religieux ressentent un entraînement irrésistible vers ces combats héroïques, qui étonnent la mollesse de nos jours. En quel temps trouva-t-on plus facilement des hommes disposés à aller chercher des âmes jusqu'aux extrémités du monde, que les deniers nécessaires pour payer leur passage sur le pont d'un navire, ou leur pain sous la tente?. . . Songeons-y, et si quelquefois nous étions tentés de nous reposer dans la jouissance égoïste des bienfaits de la civilisation catholique, rappelons-nous ces multitudes innombrables qui ignorent encore la Rédemption de Notre- Seigneur Jésus-Christ. »
Dansunautre de ses comptes rendus annuels, 1840, Ozanam formule son invitation aux associés, dans ces grandes images que lui prêtent l'Église et l'Évangile: « Vieux chrétiens d'Europe, engagés déjà dans de pieuses fondations qu'ont englouties les tempêtes de notre temps, venez prendre place dans celle-ci. Vous êtes les parrains naturels de ces peuples enfants qui attendent le baptême. j^L'eau sainte est préparée; l'Église se tient debout, le livre des Évangiles et le flambeau dans les mains. Hàtez-vous vers ce rendezvous sacré où le laïque se trouve associé au prêtre dans l'œuvre de la rédemption universelle. Amenezleur ce prêtre dont vous êtes auprès d'eux les humbles auxiliaires, comme ces obscurs disciples qui portaient devant le Maître les corbeilles du pain miraculeux, ou comme l'inconnue qui essuya son visage baigné de sang, ou le Cyrénéen qui partagea et allégea le fardeau de sa croix, sur le chemin du Calvaire. »
C'était dans un langage semblable, mais plus ardent encore, qu'Ozanam, en ces mêmes temps, fin de 1837, animait la jeunesse catholique de Paris à la défense de l'Église persécutée par l'étroit Évangélisme prussien. On venait de voir le gouvernement du roi Guillaume III faire arrêter de nuit, dans son propre palais, puis emprisonner dans la forteresse de Minden, l'archevêque de Cologne, M^' de Droste Wischering, du chef de sa fidélité aux lois canoniques dans la célébration des mariages mixtes entre catholiques et protestants. C'était le grand événement d'alors. Le pape avait fulminé, et l'opinion européenne était soulevée. « N'allez-vous rien faire,à Paris ? écrit Ozanam à Lallier, 7 février 1838. J'aurais voulu, sur cette affaire de Cologne, une manifestation delà jeunesse parisienne. Vous rappelez-vous le jour où Lacordaire demandait à Dieu de nous donner des saints? On vous donne des Thomas de Cantorbéry, et vous ne les saluez pas d'un cri d'admiration ! Il me semble pourtant qu'à ce coup les Sarrasins du rationalisme nous avaient fait la partie belle, et que c'était bien l'occasion de crier : « Dieu le veut ! »
« — Mais à quoi bon? dira-t-on. D'abord à entretenir la chaleur des convictions dans la jeunesse catholique. Je sais bien sans doute, mon ami, que ni l'Archevêque, ni l'Église, ni Dieu n'ont besoin de nos suffrages... Mais, tout serviteurs inutiles que nous sommes, il ne nous est pas permis d'être des serviteurs oisifs. A toutes les grandes œuvres qui peuvent se faire sans nous, malheur à nous si nous n'y coopérons pas! Quand le Sauveur mourut sur le Calvaire, il pouvait avoir à ses ordres plus de douze légions d'anges, et il n'en voulut pas. Il voulut bien cependant que Simon le Cyrénéen, un homme obscur, por-