TRAVAUX APOLOGÉTIQUES
posait chez Ozanam une pitié compatissante mêlée de quelque espérance de retour. « Il s'intéressait à cette âme », dit-il. C'était ce même homme que, dans une de ses leçons, il avait entendu saluer la croix du Colisée : « Cette croix chaque jour plus salutaire, n'est-ce pas pourtant l'unique asile de l'âme religieuse? L'autel a perdu ses honneurs, l'humanité s'en éloigne peu à peu. Mais, je vous prie, oh! dites-le moi, si vous le savez, s'est-il élevé un autre autel? » Il l'avait entendu rappeler « l'émotion de nos fêtes chrétiennes, la voix touchante des cloches et leur doux reproche maternel » ; et puis se dire à lui-même : « L'esprit reste ferme, mais le cœur est bien triste! » Or, depuis ce jour, Ozanam l'avait plaint, dit-il, de porter, sans pouvoir la secouer encore, cette robe de Nessus du doute qui lui arrachait ces cris douloureux; et, dans tout cela, sa candeur saluait « un sentiment qui ressemblait à l'esprit de retour ». Son espérance, cette fois, fut cruellement trompée ; mais que son erreur est noble et sa pitié touchante !
La controverse catholique ne le trouvait pas désarmé. Il arrivait parfois que des pasteurs protestants de Lyon venaient discuter avec ce jeune et savant champion de l'Église romaine. M™' Ozanam aimait à raconter comment l'un d'eux retint un jour son fils, quatre heures durant, sur un passage de la Bible, dont l'interprétation les divisait. Le ministre alléguait le texte d'une traduction française, faite en 1700 par le savant protestant David Martin. Ozanam lui opposait le texte latin de la Vulgate qui s'autorise du nom de saint Jérôme, son auteur, et de la déclaration du concile de Trente qui l'a reconnu comme authentique, et adopté. L'autre se rabattit sur le texte grec des Septante, que Jérôme, prétendait-il, avait mal
compris et traduit. Ozanam prit aussitôt sur sa table la Bible grecque, qu'il ouvrit au texte discuté, l'expliquant mot à mot, et détiiontrant que saint Jérôme l'avait interprété dans son sens vrai. Le ministre crut se tirer d'affaire en répliquant que le grec lui-même n'était, après tout, qu'une traduction. — « Il est vrai, dit Ozanam, reportons-nous donc ensemble à l'hébreu, s'il vous plait. » La Bible hébraïque était là, et le texte original en fut exhibé et traduit littéralement. Le téméraire controversiste n'en fut pas peu embarrassé, car il dut confesser qu'il ne savait pas l'hébreu. Sur quoi il battit en retraite, promettant de revenir, après qu'il se serait renseigné auprès de spécialistes éminents. — « Nous ne l'avons jamais revu! » ajoutait, non sans fierté, la mère d'Ozanam.
Vingt ans auparavant la ville de Lyon avait vu naître humblement son œuvre de la Propagation de la foi, sœur ainée et semblable de la Société de Saint- Vincent de Paul. Son conseil général demanda à Ozanam de prendre en main la rédaction des comptes rendus de %qs Annales. Impossible de refuser, tant l'insistance était vive, et tant, d'autre part, l'attrait était grand! Ozanam s'y dévoua pendant huit ans de sa vie.
Son premier article fut une Notice historique sur les origines de l'œuvre, 1839, et son extension dans les deux mondes. Ce tableau fait revivre l'esprit et les ardeurs de ce petit cénacle lyonnais, où de saintes femmes inspirées d'En-Haut priaient à côté de s apôtres. L'historien disait leurs noms; et il montrait là aussi, dans cette nouvelle Pentecôte, le souffle impétueux de l'Esprit-Saint, renversant tous les obstacles, embrasant tous les cœurs, opérant des miracles et faisant de quelques faibles créatures les instruments de ses