LE COURS DE DROIT COMMERCIAL LA VOCATION
LE CLOITRE OU LE SIÈCLE? — LE PÈRE LACORDAIRE. — DROIT COMMERCIAL. — l'aGRÉGATION ES LETTRES.
Au lendemain de la mort de sa mère, nous voyons Ozanam comme étourdi de ce coup, chanceler dans ses projets, désorienté dans ses voies. Il regarde derrière lui. Depuis cinq ou six années, il n'a cessé de marcher de déceptions en déceptions; et aujourd'hui, c'est au moment où il vient de toucher enfin un but désiré, qu'il n'y trouve plus personne de ceux qui le lui faisaient désirable. Où Dieu le mène-t-il donc? Que veut-il de lui? C'est alors que se dresse devant lui, sublime, mais anxieuse et torturante, la question vitale de sa vocation : Dieu sera-t-il servi par moi dans le cloître ou dans le siècle ? Entendons-le là-dessus dans ses lettres :
<' Au moment de choisir un état, écrivait-il, voyant mes parents jeunes encore, j'avais accepté pour leur complaire la carrière du barreau. A peine
avais-je pris mes grades que mon pauvre père me manque et ne peut jouir du fruit de ses sacrifices. Je tente alors une nouvelle carrière pour répondre aux nécessités pécuniaires de ma mère que je ne puis quitter ; et, lorsque après deux ans j'obtiens ma nomination, ma mère n'est plus là pour profiter de ce que j'ai fait pour elle. En vérité, ce double et sévère désappointement me consterne, renverse tous mes desseins, et me jette à l'égard de ma vocation dans des incertitudes douloureuses dont je n'aperçois pas le terme. »
Dix mois devaient s'écouler encore entre sa nomination officielle à la chaire de droit commercial et l'ouverture du cours en décembre 1839. Dans cet intervalle, des sollicitations et des offres lui parvenaient de Paris. Montalembert l'eût voulu attacher à la rédaction de r Univers religieux, qui sombrait alors sur l'écueil de ses dettes. Ozanam abhorrait de s' enchaîner à ce qu'il appelait « la glèbe du journalisme ». Montalembert insista : « Je vous en supplie, donnez-nous donc du moins quelques fragments de vos travaux, quelques éclats du monument que vous sculptez. Je vous demande ce service comme à un ami et à un frère d'armes sur la sympathie duquel je compte, comme vous devez compter sur moi. Adieu. Je laisse cette pensée à votre conscience et à votre cœur. »
C'est pareillement d'écrire que, vers le même temps, Lacordaire imposera le devoir à son jeune ami. « II faut se garder de quitter la plume. Sans doute, c'est un rude métier que celui d'écrire ; mais la presse est devenue trop puissante pour y abandonner son poste. Écrivons, non pour la gloire, mais pour Jésus-Christ. Crucifions-nous à notre plume. Quand personne ne nous lirait plus dans cent ans, qu'importe ? La goutte