LE DEVOIR D'ÉCRIRE
d'eau qui aborde à la mer n en a pas moins contribué à faire le lleuve, et le fleuve ne meurt pas... Pour vous, rien, dansée que vous avez publié, ne doit décourager votre plume. Vous avez un style qui a du nerf, de l'éclat, et une érudition qui appuie bien. Je vous engage fort à travailler ; et, si j'étais le directeur de votre conscience, je vous en ferais une obligation ».
Ozanam écrira donc. Il prêtera à la presse catholique une collaboration du moins intermittente. C'est dans ce temps qu'il publia dans V Univers sur le Protestantisme dans ses rapports avec la liberté^ une série d'articles démontrant que le protestantisme était, de fait et de droit, au bas service du despotisme oppresseur des consciences, là où elles n'étaient pas défendues par l'indépendance de leur foi catholique. Or c'était au moment où l'emprisonnement de l'archevêque de Colognevenait d'émouvoir non seulement les rives du Rhin, mais toute l'Europe politique. Et Ozanam avait beau jeu pour démontrer, par un fait nouveau, l'alliance oppressive de l'hérésie et de la tyrannie contre l'Église, seule mère et gardienne de la vraie liberté.
Ozanam professera. Il est maintenant à la préparation pressante de son cours de droit commercial, et il rêve déj à d'agrandir, par des études plus générales, la sphère de cet enseignement. « Si Dieu me prête vie et courage, écrit-il, et qu'il me fixe par une vocation définitive dans ces fonctions juridiques, je croirai bien faire en mettant mes travaux personnels en harmonie avec mes devoirs pubHcs. Une Philosophie et une Histoire du droit traitées au point de vue chrétien, me sembleraient remplir une lacune bien vaste de la science, et suffiraient à utiliser
les années que je puis avoir à passer sur la terre. » Mais suffiraient-elles, ces études littéraires, philosophiques et jurisprudentielles, à remplir la vie et le cœur de l'homme qui, dans la même lettre, assigne pour devoir à la jeunesse la régénération du pays, la réconciliation des classes, le règne de la justice el de la charité du Christ dans le monde? L'enseignement du droit commercial, même christianisé, surélevé et amplifié, pouvait-il se promettre ces aboutissements?
Or Ozanam se sentait appelé à l'apostolat, par toutes les voix intérieures de la natur-e et de la grâce. C'était notoirement un orateur de race. Il possédait à un haut degré le don de la parole; et sa parole parlée était reconnue plus entraînante encore que sa parole écrite. Sa vraie place était non le barreau, mais la tribune ou la chaire; mais combien plus la chaire, puisque sa parole, même laïque, avait déjà le son de la parole sacrée! C'était surtout, par la grâce de Dieu, un apôtre; il en avait le zèle conquérant, l'ardeur, la charité, la tendresse. Il brûlait d'un égal désir de prêcher la vérité et de sauver les âmes.
Aussi lui semblait-il qu'une vocation supérieure du ciel se faisait entendre à lui-même. En outre de ce que nous venons de dire, elle lui venait de sa piété, de son tendre amour de Jésus-Christ et de son désir de le mieux imiter dans un état de perfection. Elle lui venait aussi de la profonde pureté de sa vie entière, et du sentiment élevé qu'il avait d'une telle intégrité virginale dans un jeune homme. Ainsi, peu de mois auparavant, en écrit-il à Lallier, pour le dissuader de se marier prématurément. Lallier avait un an de moins que lui : « Mon ami, pour vous dire ma pensée toute entière, la virginité n'est-elle une