‹ Frédéric OzanamChapitre 156 sur 344 · VOYAGE AUX BORDS DU RHIN · texte numérisé non relu

VOYAGE AUX BORDS DU RHIN

le jeune étudiant de Paris avait salué et même défendu le berceau. « Remise par les évêques belges en possession de son ancienne gloire, dotée de quarante chaires, d'une bibliothèque de 130.000 volumes, de trois collèges, l'Université de Louvain m'a fait voir comment l'Église, quand elle est maîtresse d'ellemême, sait s'emparer du patriotisme pour le service de lafoi. Nulle part je n'ai vu aimer si franchement ces trois choses : l'orthodoxie, la liberté et les luniières. »

Après quelques heures passées à Aix-la-Chapelle, Cologne retint Ozanam plus longtemps. Ayant célébré ses illustrations antiques, il en salue une récemment éclose dans l'héroïque personne de iM^'" Droste de Wischering, encore alors prisonnier de la Prusse. « J'ai vu le trône archiépiscopal vide, mais l'Église remplie. Cette Église veuve, avec ses ogives toutes radieuses au milieu des décombres, me semblait l'Andromaque antique, souriante à travers ses larmes. »

A Sainte-Ursule, de la merveilleuse légende des onze mille vierges, il dit seulement : « Les compte qui en aura le courage! Pour moi, je vois le fait historique de la vierge martyre. Je m'agenouille à son tombeau. Et, quant au nombre de ses compagnes, je sais seulement qu'elle en a certainement plus trouvé au ciel qu'elle n'en avait sur la terre ».

Cette visite passionnée des monuments sacrés l'exalte d'admiration. Il se complaît à rappeler que ces merveilles de l'art sont dues à ces Germains du viii*' au XI® siècle, que deux cent cinquante ans de christianisme avaient initiés aux plus délicats comme aux plus sublimes mystères de la véritable beauté.

Grande, on le devine, est la part que le prof^seur de demain fait au théâtre des épopées germaniques

et franques. Il a vu Xanten, la patrie de Siegfried, Worms où Chriemhild grandissait à l'ombre de ses frères. LesNiebelungen, l'épopée carolingienne et le cycle du Saint-Graal sont là face à face. Des mythes plus anciens ont peuplé d'Elfes et de Nains la colline de Lurdes et les cavernes de Kedrick. Ainsi se fait dans son esprit la localisation des souvenirs barbares qu'il évoquera dans sa chaire.

Le pèlerin se complaît ensuite à descendre au moyen âge, peuplé de saints et de légendes inscrites sur les ruines des burgs et des monastères : « Dans tout ce parcours, le fleuve coule sous un ciel catholique. Les saints patrons des navigateurs, saint Pierre, saint Nicolas, la bienheureuse Marie, ont leurs images sur ces bords; la croix couronne les plus hautes crêtes des monts voisins... Notre course rapide nous permettait à peine de saluer ces apparitions du passé ; pourtant je leur ai promis de ne les oublier point. Il n'est pas un coin de ma route de Bruxelles jusqu'ici où mes affections ne se soient accrochées ; pas un adieu qui ne m'ait coûté. » Ce ne fut qu'un regard, il est vrai, mais qui peut-être lui rendra quelque honnête service à son retour ; et il se compare agréablement au jeune Caligula qui ayant poussé jusqu'au Rhin, y ramassa quelques cailloux, et revint de là recevoir les honneurs du triomphe à Rome qui, de ce chef, lui décerna le nom de Germanique!

« Je rentrerai à Lyon par Strasbourg, disait la fin de sa longue lettre à Lallier; et, après cinq semaines d'afl'aires et de travail, je reviendrai à Paris, pour m'y fixer et devenir votre voisin. » L'affaire majeure qu'il allait décider à Lyon était définitivement celle d'un choix de vie, depuis longtemps suspendu à la volonté de Dieu. Celle-ci s'était fait connaître à des

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