LA FAMILLE : LES ANCÊTRES
conquit le premier rang. L'Académie royale des Sciences de Lyon couronna ses travaux, puis lui ouvrit ses portes. Nous le voyons qui, après 1830, envoie des articles à la Revue des Deux-Mondes, tandis que le corps médical tout entier s'honorait de son nom.
Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que ce nom d'Ozanam était prononcé dans la haute région des sociétés savantes de cette ville. Lyon mettait justement au nombre de ses illustrations scientifiques du XVII® siècle un Jacques Ozanam, qui venu chez elle à vingt ans, vers 1660, y avait enseigné les mathématiques avec un tel éclat que, dix ans après, les d'Aguesseau l'appelaient à Paris pour prendre part aux travaux, de l'Académie des Sciences, et occuper une chaire de mathématiques supérieures à l'Université. Il les porta très haut et très loin dans son enseignement et ses livres. Fontenelle prononça l'Éloge du <( célèbre mathématicien ». Sur toute chose, cet arrière-grand-oncle de Frédéric fut superlativement un savant chrétien : « Je veux, avait-il écrit, que ma physique soit une physique chrétienne, et qu'elle conduise à Dieu. » Plus chrétien encore dans sa vie que dans ses livres, bon,' simple, désintéressé, charitable, père de douze enfants religieux comme lui, inviolablement attaché à sa foi, il répondait spirituellement aux Jansénistes et plus tard aux Encyclopédistes de son entourage : « Il appartient aux docteurs de la Sorbonne de disputer, au Pape de prononcer, et aux mathématiciens d'aller en Paradis par la perpendiculaire. »
Enfin s'il faut en croire certaines traditions et papiers de famille, ce serait bien plus haut encore
qu'il faudrait faire remonter cet héritage de foi. On y raconte qu'au commencement du vii^ siècle, l'archevêque de Vienne, saint Didier, fuyant la persécution de la reine Brunehaut, trouva asile dans la maison d'un riche juif des Bombes, Samuel Hosannam, au bourg de Boulignieux, dont il était le seigneur. Didier en profita pour lui prêcher l'Évangile. Il le fit si bien qu'il eut le bonheur de le convertir, ainsi que sa nombreuse famille. L'évêque fut peu après martyrisé, non loin de là. Mais le sceau du baptême demeura indélébile sur le front de la longue lignée de son néophyte, leur ancêtre dans la foi.
A ce patrimoine de services et de mérites le D' Ozanam ajoutait l'apport tout chrétien de sa grande charité envers les malheureux. Lyon s'en souvient encore : « A l'instruction la plus solide, témoigne un Lyonnais, le médecin joignait le plus admirable dévouement. Un tiers au moins de sa clientèle était visité gratuitement. Sa profession était un vrai ministère de bienfaisance. Aux pauvres qu'il visitait, il ne se bornait pas à faire l'aumône de ses services, il leur faisait celle de son cœur, en s'efforçant de les consoler de leurs maux. Il avait pour eux plus que de la compassion, une vraie religion, considérant en eux la personne de son Dieu. On l'a vu même s'agenouiller au pied du lit d'un malheureux, et le faire invoquer avec lui l'assistance du Médecin divin. » Il lui était réservé, comme nous le dirons plus tard, de mourir dans l'exercice d'im ministère si chrétiennement compris.
Dans ces conditions du plus honorable désintéressement, l'exercice de la médecine n'enrichit pas le praticieir, mais il lui conquit une situation de moyenne aisance que son fils déclarera plus saine, plus libre,