‹ Frédéric OzanamChapitre 17 sur 344 · LA FAMILLE : LE MÉDECIN CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LA FAMILLE : LE MÉDECIN CHRÉTIEN

plus conforme et favorable à la vie de dignité et de vertu, dont il dit : « Je veux remercier Dieu de m'avoir fait naître dans une de ces positions moyennes, sur les limites de la gêne et de l'aisance, qui habituent aux privations, sans laisser totalement ignorer les jouissances permises ; où l'on ne peut s'endormir dans l'assouvissement de tous ses désirs, mais où l'on n'est pas distrait non plus par les sollicitations continuelles du besoin. »

Puis cet humble retour sur lui-même, et cette action de grâces : « Dieu sait, avec la faiblesse naturelle de mon caractère, quels dangers auraient eu pour moi la mollesse des conditions riches ou l'abjection des classes indigentes ! »

Frédéric était né chétif. A six ans, une fièvre typhoïde faillit l'emporter : « Mes bons parents, rappelle-t-il, ne quittèrent pas mon chevet pendant quinze jours et quinze nuits. Tout le monde a bien cru que je ne m'en étais tiré que par miracle. » Ce miracle, on l'attribuait à saint François Régis, l'apôtre du Vivarais, ardemment prié dans ces veilles, et duquel la chapelle était en vénération dans l'église de Saint-Polycarpe, à Lyon.

Dans une lettre à un camarade de collège, M. Materne, 5 janvier 1830, Ozanam fait de lui-même enfant ce portrait qui ne le flatte pas : « Je ne fus jamais plus méchant qu'à l'âge de huit ans. J'étais devenu entêté, colère, désobéissant. On me punissait, je me raidissais contre la punition; j'écrivais des lettres à ma mère pour me plaindre ; j'étais paresseux au suprême degré. Il n'y avait pas d'espiègleries qui ne me vinssent à l'esprit. Et Cependant c'étaient un bon

père, une très bonne mère, une très douce sœur qui faisaient mon éducation. »

En pendant de ce portrait, presque en contraste avec lui, nous avons celiii-ci de la main de son frère aine, Fabbé Alphonse Ozanam qui fut son biographe :

« Frédéric était un enfant irritable, il est vrai, tenace dans ses vouloirs, d'une extrême sensibilité et impressionnabilité ; mais tendre envers les petits, compatissant à toute souffrance, d'une pureté angélique qui s'effrayait d'un rien, d'une impeccable sincérité, intraitable pour tout mal, enthousiaste de tout bien. » Et il en cite des traits.

Frédéric fut mis de bonne heure en contact avec les pauvres, ceux de son père, ceux de sa mère. M""" Ozanam dirigea presque toute sa vie, une association d'ouvrières, « La Veilleuse », formée pour aller à tour de rôle veiller au chevet des malades indigents. Vers la fin, les deux époux vieillissants s'engagèrent entre eux à ne plus dépasser le quatrième étage dans leurs rudes ascensions de charité. Mais, peu après, il arrivait que, l'un et l'autre se surprenaient en flagrant délit de contravention, sur le seuil d'une pauvre mansarde, sous les toits. Il devait, un jour, en coûter la vie au courageux docteur. Frédéric eut vingt ans ces exemples sous les yeux.

Son éducation chrétienne fut principalement l'ouvrage de son excellente et intelligente mère. Il dira d'elle, devant Dieu : « C'est sur ses genoux que j'ai appris votre crainte, Seigneur, et dans ses regards votre amour. » Préparée par l'épreuve à tous les sacrifices, elle était à la hauteur de tous ses devoirs de famille et de société, entourée du prestige de son autorité douce qui faisait d'elle « la mieux obéie comme la plus adorée des mères », et par celui d'une intelli-

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