LES ADIEUX DE STANISLAS
pour nos condisciples. Veuillez donc en recevoir ici l'assurance bien sincère; et excuser l'indiscrétion de notre démarche en faveur de l'affection que vous ont vouée tous les élèves de Stanislas. »
Ils n'obtinrent pas leur maitre. M. Villemain avait bien un autre souci. C'est quelques jours après, 30 décembre, que la France apprit que son ministre de l'Instruction publique était devenu fou. Les Jésuites l'obsèdent et le poursuivent pour le perdre. Il en voit partout, jusque sous les pavés de la rue : « Les Jésuites! Les Jésuites! »
La guerre aux Jésuites était donc à l'ordre du jour dans le conseil du gouvernement, et au parlement, comme au Collège de France : Villemain, Cousin, Thiers, Dupin, Isambert, aussi bien que Quinet et Michelet.
Or ce furent ces jours-là qu'Ozanam choisit pour faire entendre le Père de Ravignan aux étudiants, dans une Assemblée générale de Saint- Vincent de Paul : « J'assistai à cette mémorable réunion, écrit Léonce Curnier. J'ai encore devant les yeux l'attitude pleine de dignité du R. Père de Ravignan; et l'air inspiré, le rayonnement séraphique de son visage, lorsque à la fin d'une allocution destinée à nous enflammer infatigablement pour le service des pauvres, il s'écriait, en nous montrant le ciel : Nous nous reposerons làhaut ! Ce n'était pas la voix d'un homme qui frappait nos oreilles : c'était la voix d'un ange. Je n'ai jamais éprouvé au même degré la puissance du talent rehaussé par la sainteté ».
Et Ozanam écrit, à la suite de la retraite pascale prêchée par le saint religieux : « Après tout ce qu'on fait pour égarer la jeunesse, la manière dont elle
accueille la parole catholique est une merveille. » On rameutait dans le plus proche voisinage d'Ozanam. C'est dans ce même temps que la Sorbonne fut le théâtre de troubles qu'il nous faut rappeler, pour y voir l'intrépide et calme figure d'Ozanam se dresser pour la défense de la vérité et la protection de la liberté. Sa chaire à lui était protégée par sa popularité. Ce n'est pas que cependant il n'eût entrevu rôder autour d'elle des velléités de contradiction timide et honteuse d'elle-même. Un jour, par exemple, on put remarquer que, sur l'affiche extérieure de la Faculté, après le nom d'Ozanam, les mots de « Cours de littérature étrangère » avaient été remplacés à la main par ceuxci : « Cours de Théologie ». Ozanam en fut averti, à son entrée dans la salle. Il ne fit qu'en sourire. Il fit sa leçon jusqu'à la fin, sans dire un seul mot de cette impertinence anonyme. Seulement, au moment de descendre de sa chaire, dédaigneusement mais dignement : «Messieurs, dit-il, je n'ai pas V honneur d'être un théologien; mais j'ai le bonheur d'être un chrétien : celui de croire, avec l'ambition de mettre toute mon âme, tout mon cœur et toutes mes forces au service de la vérité. » La nette et simple profession de foi fut accueillie par les applaudissements de tous les bancs.
On rapporte aussi qu'une autre fois, on remarqua et l'on reconnut disséminées dans la salle, des figures insolites qui échangeaient entre elles des signes ironiques, lesquelles semblaient concerter et attendre le moment propice d'un éclat. Ce moment ne vint pas. « Nous étions là avec lui, rapporte Dufieux. La salle était comble, et la foule refluait jusque dans les couloirs : on s'attendait à quelque chose. Ozanam, l'œil brillant, mais calme, entra dans son sujet : rÉglisc,