AU COURS DE M. LENORMANT
ses institutions, ses œuvres, ses papes, ses moines, ses saints. Présent à cette leçon, j'entendais dire autour de moi que l'éloquence ne saurait s'élever plus haut. Jamais le maître n'avait été plus empoignant que ce jour-là. La salle croulait sous les applaudissements; et, je dois le dire : les conjurés applaudissaient plus fort que les autres. Il les avait désarmés! «
Nous venons d'entendre Montalembert, dans son manifeste aux catholiques, signaler à côté d'Ozanam, parmi les rares professeurs chrétiens de la Sorbonne, M. Charles Lenormant, suppléant de M. Guizot à la chaire d'histoire. Depuis trois ans, il y portait avec distinction et succès, un enseignement qui derrière le respect des choses saintes, laissait transparaître le scepticisme à leur égard. Mais un jour était venu où la vérité de l'Évangile s'était révélée à son esprit naturellement élevé ; et la profession publique de sa foi s'imposa aussitôt à sa conscience d'honnête homme. Les auditeurs de la Sorbonne purent alors lire de lui cette courageuse lettre : « J'étais arrivé, dans mon cours d'histoire, aux origines de la religion chrétienne. Jusque-là, je n'avais jeté sur les faits du christianisme que les regards paresseux et distraits de l'homme du monde. Désormais, il me fallut remonter aux sources et discuter les preuves avec l'attention, la gravité que m'imposait un devoir public. L'effet de ce travail fut progressif, mais sûr. A mesure que j'avançais dans ma tâche, je sentais s'affaiblir, s'effacer, les préventions irréligieuses que je devais à mon éducation, à mon siècle. De la froideur, je passai bientôt au respect. Le respect me conduisit à la foi : j'étais chrétien, et je voulus contribuer à faire des chrétiens. »
Ce fut précisément contre ce prosélytisme que.se déchaîna l'orage. Les mêmes hommes dont la jalousie avait échoué contre la popularité d'Ozanam, prirent leur revanche sur ce chrétien de fraîche date qu'ils surnommaient le Converti de la Sorbonne, Les tribuns du Collège de France, MM. Michelet et Quinet, lancèrent sous main leurs folles bandes contre cette chaire maintenant relevée dans l'honneur de la vérité ; et les cours de M. Lenormant, très écoutés naguère, ne furent plus que des scènes de tumulte impie et de violences sauvages.
Nous sommes à la fin de 1845. Ozanam annonce à Lallier qu'il a repris ses cours ; mais en même temps, il lui fait part des inquiétudes que lui cause l'opposition tapageuse faite à son collègue. « Je les ai vues de près, ces émeutes, et je puis vous assurer qu'il ne s'agit point d'un soulèvement des écoles. C'est une affaire arrangée sans passion, mais avec un indigne calcul, dans les bureaux de quelques journaux révolutionnaires. Comme ces gens-là y mettent toute l'opiniâtreté d'un parti pris, et que le gouvernement y met toute la faiblesse qu'il a coutume de montrer dès qu'il s'agit de protéger les croyances, il y a lieu de craindre que les violences se renouvellent. Et, n'y eût-il qu'une soixantaine de tapageurs, s'ils reviennent dix fois, ils finiront bien par faire fermer le cours. Du moins, ne sera-ce point sans protestations énergiques; car la jeunesse chrétienne s'est montrée plus ferme que de coutume dans cette Qu'aire qui aura du moins l'utilité de resserrer les rangs et d'aguerrir les cœurs. »
De voir « un enseignement si honorable et si bienfaisant menacé par de telles intrigues et trahi par la mollesse des défenseurs de l'ordre », Ozanam épanche