‹ Frédéric OzanamChapitre 21 sur 344 · M. L'ABBE NOIROT · texte numérisé non relu

M. L'ABBE NOIROT

C'est dire trop peu. Le maître s'éprit d'une affectueuse admiration pour ce jeune homme, le plus jeune des cent trente auditeurs de son cours de philosophie : « C'était une âme d'élite, témoignait de lui ce vénérable maître, à la fin de sa vie. La nature l'avait merveilleusement doué, intelligence et cœur. Affectueux, sympathique, ardent, dévoué, modeste, enjoué et sérieux tout ensemble, n'ayant de haine pour personne, hormis pour le mensonge, jamais élève ne fut plus populaire que lui parmi ses camarades. Ils lui faisaient, suivant Texpression de l'un d'eux, un cortège d'affection et presque de respect. » Puis, il le représente s'acharnant à son travail d'étude, parfois jusque dans la nuit. Ainsi malgré sa jeunesse se plaça-t-il d'emblée à la tête de sa classe, où il se tint jusqu'à la fin.

M. Cousin ne craignait pas de surnommer l'abbé Noirot « le premier professeur de philosophie de France », disant : « Les autres professeurs ont des élèves; l'abbé Noirot se fait des disciples. » Ozanam fut son disciple favori. En dehors de ses leçons, le maître aimait à le prendre pour compagnon de ses promenades dans les sentiers solitaires et escarpés qui entourent — ou qui alors entouraient — Lyon de toutes parts, et « qui rendent cette ville si chère aux esprits touchés d'un peu de mélancolie méditative ». C'était ordinairement au midi de la ville, aux Étroits, à La Quarantaine. Là s'agitaient entre le maître et le disciple ces questions de l'harmonie de la science et de la foi, au faite desquelles Noirot élevait le flambeau de la Révélation. Là aussi se formaient, dans l'intelligence pacifiée du jeune homme, ces larges synthèses historiques du christianisme duquel il rêvait déjà de

faire ainsi resplendir la preuve expérimentale. Ses convictions, ébranlées par un peu de petite philosophie, se relevaient par la grande.

Il en témoigne lui-même dans une lettre postérieure à deux de ses amis : « Depuis quelque temps, écrit-il, je sentais en moi-même le besoin de quelque chose de solide où je pusse m'attacher et prendre racine, pour résister au torrent du doute. Et voici qu'aujourd'hui, ô mes amis, mon âme est remplie de joie et de consolation. D'accord avec ma foi, ma raison a retrouvé présentement ce catholicisme qui me fut enseigné par la bouche d'une excellente mère et qui fut si cher à mon enfance : le catholicisme avec toutes ses grandeurs, avec toutes ses délices! »

Cette foi, sortie de l'épreuve plus forte et plus heureuse, en était en même temps sortie plus compatissante à l'erreur des autres : « Que de fois, rapporte son aîné, notre excellent frère nous a fait la confidence des terribles angoisses qui l'étreignirent à cette époque I — Ah! ajoutait-il alors, on m'accuse quelquefois d'un excès d'indulgence et de douceur envers ceux qui ont le malheur de ne pas croire. Lorsque, comme moi, on a passé par les tortures du doute, il y aurait cruauté et ingratitude à se montrer sévère pour ceux à qui Dieu n'a pas fait encore ce don inestimable de la foi ! » Ainsi Dieu l'avait-il formé et préparé à devenir un jour un guide autorisé et éclairé de la jeunesse de son siècle. Cette crise lui avait été une leçon, une épreuve et un apprentissage, tout ensemble.

Telle fut cette enfance et cette adolescence. A seize ans, Frédéric Ozanam sortait du collège, chargé de toutes les premières couronnes. x",ïaintenant c'est

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