‹ Frédéric OzanamChapitre 20 sur 344 · LA CRISE DU DOUTE · texte numérisé non relu

LA CRISE DU DOUTE

crus désormais d'une foi rassurée; et touché d'un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la véritéqui me donnait la paix. »

La lettre confidentielle de janvier J830, à Materne son camarade, presque au lendemain de cette crise, nous place mieux au fort de cette lutte intérieure, dont elle frémit encore : « Il faut, cher ami, écritil, il faut que j'entre dans quelque détail sur une période pénible de ma vie, qui commença quand j'étais en Rhétorique, et qui finit l'année passée. A force d'entendre parler d'incrédules et d'incrédulité, je me demandai pourquoi je croyais? Je doutais et cependant je voulais croire. Je repoussais le doute. Je lisais tous les livres où la religion était démontrée, et aucun ne me satisfaisait pleinement. Pendant un ou deux mois, je croyais sur l'autorité de tel raisonnement : une objection survenait à mon esprit, et je doutais encore. Oh! comme je souffrais! car je voulais être religieux... Ma foi n'était pas solide ; et cependant j'aimais mieux croire sans raison, plutôt que de douter : cela me torturait trop. J'entrai en philosophie. La thèse de la certitude me bouleversa. Je crus un instant que j'allais douter même de mon existence. »

Voilà bien l'homme tout entier engagé dans cette lutte, esprit, cœur, volonté. L'esprit subit le doute, le cœur proteste, la volonté résiste. C'est la grande souffrance humaine ; mais c'est aussi la grande épreuve divine provoquant le témoignage éclatant de l'amour. Ozanam en rend compte en des termes plus énergiques encore, dans une lettre postérieure où il dit : « Ébranlé quelque temps par le doute, j'embrassais de toutes mes forces la colonne du temple, dût-elle m'écraser dans sa chute. »

Mais Dieu a vu ces pleurs, il aidera son enfant : l'esprit s'éclairera, la foi, aimée et voulue quand même, triomphera, la tentation cédera, car cette crise n'est que cela. Le martyr sur son bûcher se déclare fidèle à Dieu, quand même : Dieu lui sera fidèle.

Ozanam s'adressa donc à Dieu. Un de ses contemporains rapporte « qu'au plus fort de l'épreuve, laquelle était devenue pour lui une peine physique, le jeune étudiant en appela de sa souffrance à la miséricorde du Dieu de lumière et de paix. Entrant dans une église, il se jeta à genoux devant le Très Saint Sacrement, et là humilié, pleurant, il promit au Seigneur, s'il daignait faire briller la vérité à ses yeux, de consacrer sa vie entière à la défendre ». Il se releva soulagé; et, comme Paul sur le chemin de Damas, il s'en fut trouver l'Ananie qui devait l'éclairer et préparer l'apôtre.

« Le prêtre philosophe, dont l'enseignement le sauva », comme il s'exprime, était le célèbre abbé Noirot qui, pendant vingt ans, professa la philosophie au collège de Lyon, où il laissa sa forte empreinte sur toute la jeune et brillante génération de cette époque. Sa méthode, — qu'on ne saurait juger sur pièce, puisqu'il n'a rien écrit, — était moins, semblet-il, la méthode socratique que la méthode cartésienne, dont il exagérait plutôt le doute méthodique pour préparer dans la conscience le retour de la pensée sur elle-même. Quoi qu'il en soit, ses reconstructions étaient splendides, et le christianisme, qui en était le couronnement, apparaissait, à l'école de ce penseur, éblouissant de vérité et de beauté. « L'influence que ce vrai maître exerça sur le jeune Ozanam, écrit J.-J. Ampère, décida de toute la direction de ses pensées. »

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