‹ Frédéric OzanamChapitre 219 sur 344 · AUX GENS DE BIEN · texte numérisé non relu

AUX GENS DE BIEN

grands coupables qui les avaient trompés. Les gens de bien louèrent la fermeté de nos paroles, ajoute Ozanam, ils nous firent l'honneur d'y trouver quelque chaleur de cœur, et une sincère passion des intérêts du peuple ».

Quelques mois après, c'est à ces gens de bien euxmêmes, à tous les bons citoyens, qii'Ozanam demande <( à ne plus taire des vérités qui ont cessé d'être dangereuses, et à leur adresser une page plus émue que de coutume, sans crainte aujourd'hui que les mauvais la ramassent et qu'elles servent à bourrer les fusils des barricades ».

Ainsi le 24 septembre, on lit dans une lettre à M. Foisset : « J'ai laissé déborder le trop-plein de mon cœur dans un article de iÈi^e nouvelle que vous avez peut-être lu : Aux gens de bien. » C'est bien en effet son cœur, tout son cœur de français et de chrétien qui a dicté ces vingt-cinq pages que l'on voudrait pouvoir reproduire in extenso. Ici plus trace de littérature, rien d'académique; mais les choses les plus fortes dans le langage le plus simple, et par conséquent le plus éloquent et le plus beau. Ozanam dit ce qu'il a vu dans ses visites à ces hommes chez €ux ; et il le dit à tous ceux qui ont ou veulent avoir <;ette intelligence du pauvre que lui-même a remportée de là.

Donc : Aux gens de bien! Ceux qu'il nomme ainsi, c'est la France même, dit-il; moins les égoïstes et les factieux : l'immense majorité des huit millions d'électeurs qui ont donné au pays son Assemblée; les huit cent mille gardes nationaux qui se sont levés en juin pour la défendre. Ceux à qui il s'adresse successivement, ce sont les Prêtres, ce sont les Riches, ce sont les Représentants du peuple. Et ce dont il

veut leur parler aujourd'hui, c'est un ennemi qui^ loin d'être vaincu, écrasé, se dresse plus redou fable et menaçant que jamais : la Misère. La misère des 267.000 ouvriers de Paris sans ouvrage, la misère en particulier du XIP arrondissement, une des places de guerre de l'insurrection. Ozanam en décrit l'horreur et la douleur ; mais il en redit aussi les vertus cachées, le christianisme inconscient mais vivace ; il fait pleurer et admirer.

Après ce tableau navrant de 1^ misère, l'article en recherche les causes :cdi\x^GS morales desquelles la préservation et le remède serait la» réforme des mœurs, moins par la législation que par l'éducation : l'éducation chrétienne confiée à ces Frères et à ces Sœurs, capables d'enseigner aux enfants du peuple autre chose qu'épeler les syllabes d'un journal, et à charbonner sur les murs l'ordre du jour des barricades ».

Il y a place aussi, dans ces projets de réformes, pour les écoles d'adultes, les écoles d'apprentissage, les conservatoires d'arts et métiers, les bibliothèques du peuple, les exercices militaires, les sociétés d'émulation et d'assistance mutuelle. Mais ce que, pour le moment, Ozanam voudrait produire parmi les chrétiens de bonne volonté, c'est « la persuasion que la ville d e Paris ne les a pas déchargés de leur devoir en votant six millions pour la subsistance des ouvriers sans travail, c'est-à-dire treize centimes par personne et par jour jusqu'au mois d'avril prochain; et qu'il n'est pas encore temps d'oublier la misère publique, quand même l'hiver et le choléra ne seraient pas là pour nous en faire souvenir ».

Nous nous excusons de ne présenter ici que les grandes lignes de ces vigoureux tableaux, sans pouvoir leur laisser la couleur, l'émotion, l'éclat, le mou-

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