LA MISÈRE; CAUSES ET REMEDES
vement, tout ce qui en fait la grandeur et la puissance, la vérité et la vie. On nous plaindra surtout d'être condamné à ne donner ici que le titre de l'article suivant : De F Assistance qui humilie et de celle qui honore. Et de cet autre encore : De r Aumône.
Ici le point de vue surnaturel domine tout. Le pauvre est intercesseur pour le riche; et par là il rend plus qu'il ne donne : « Si vous savez donner au nom de Dieu, et si le pauvre sait prier pour vous, il y a réciprocité de services. Cette famille indigente que vous aurez assistée se sera plus qu'acquittée quand ce vieillard, cette pieuse mère, ces petits enfants auront porté votre nom devant son trône. »
Ailleurs le pauvre est un prêtre; sa misère, ses sueurs, son sang, c'est le sacrifice satisfactoire , expiatoire qui paie la rédemption de l'humanité. Et l'aumône que notre religion reconnaissante lui offre, ce sont ses honoraires, tels que ceux que nous prions le prêtre d'agréer, en baisant sa main pour le remercier.
Le nom d'articles convient mal à de pareils travaux. Ce sont des séries d'études par lesquelles passe successivement toute la doctrine de l'économie chrétienne ; mais une doctrine vivifiée par une éloquence et éclairée par une lumière de foi qui les fait ressembler à des pages d'Évangile.
Le dernier de ces essais, entre ceux qui nous sont transmis dans les Œuvres complètes i, est une étude philosophique et historique sur les origines du socialisme. Elle tenait au cœur d'Ozanam : « Il est temps, déclare-t-il en tête, de montrer qu'on peut plaider la
1. Les articles d'Ozanam ne sont pas signés, comme nous nous ea sommes assuré. Nous devons donc nousborner ici aux fragments insérés dans ses œuvres complètes : Mélanges. Œuv. compL, t. VII, p. 231.
cause des prolétaires, se vouer au soulagement des classes souffrantes, poursuivre l'abolition du paupérisme, sans se rendre solidaire des prédications qui ont déchaîné la tempête de juin, et qui suspendent encore sur nous de sombres nuages. »
Ce socialisme décevant, Ozanam en rappelle les doctrines funestes, lui en oppose de meilleures pratiquées par l'Église, et rétablit la base sacrée de la science sociale. Le philosophe démontre que, depuis Platon jusqu'à Muncer et Jean de Leyde, toutes les théories sociales n'ont abouti qu'à l'utopie, au désordre et à la violence. L'historien fait voir par contre ce que l'Église a fait pour le maintien et respect de la propriété d'une part, pour l'organisation du travail d'autre part, par l'association assise sur la double base de la justice et de la charité chrétienne. Le théologien, si j'ose lui donner cenom, en déduit comme conséquence le principe suivant : (( Dans la société chrétienne, les intérêts du ciel sont liés à ceux de la terre par des nœuds si étroits qu'on n'a jamais touché à ses dogmes sans ébranler jusqu'au fond ses institutions temporelles. » Dogme de la déchéance de l'homme et de sa rédemption par le sacrifice et la souffrance ; dogme de la vie future sanction et compléments de la vie d'ici-bas, qu'elle active à la fois et console par l'espérance : Telle est la double clef de ces grands problèmes, dont il dit : « Pour leur solution il faut surtout compter sur le christianisme qui n'a jamais cessé de repousser avec la même fermeté les erreurs socialistes et les passions égoïstes : le christianisme seul capable de réaliser l'idéal de la fraternité sans immoler la liberté; et de chercher le plus grand bonheur terrestre des hommes, sans leur arracher ce don sacré