‹ Frédéric OzanamChapitre 224 sur 344 · L'ABSOLUTISME · texte numérisé non relu

L'ABSOLUTISME

La terreur causée par la révolution, presque partout maîtresse ou menaçante, avait préparé d'avance son lit audcspotisme.Ozanam,dans son amour jaloux de rindépendance et de la dignité de l'Église, ne redoutait rien tant que son avènement. A la lumière de l'histoire, il avait vu partout les pouvoirs absolus se donner pour tâche de l'assujettir pour se l'annexer : ((Ce sont d'abord, dit-il dans une belle page de sa jeunesse, ce sont les empereurs d'Orient qui voulurent faire de l'Église un palriarcat soumis à leur autocratie. Puis ce sont les barbares qui la pressent de s'unir avec eux pour le pillage du vieil empire romain ; ce sont les grands seigneurs féodaux qui essaient de la barder de fer ; puis les rois qui l'invitent à s'asseoir dans ces parlements qu'ils gouvernent avec le louet et l'éperon. Enfin, ce sont les modernes fondateurs des constitutions représentatives qui daignent bien lui ménager un banc dans une Chambre haute, mais qui s'irritent de ce qu'elle ne se prête point au mécanisme étroit de leurs administrations, et de ce qu'elle n'arbore point sur ses basiliques séculaires, leur drapeau d'un jour. Mais l'Église n'a jamais voulu entendre à être impériale, ni barbare, ni féodale, ni royale, ni libérale, parce qu'elle est plus que tout cela : elle est catholique. Vainement, comme les prétendants de Pénélope, la voyant seule en ce monde,

d'aller trop loin, j'ai quitté la Presse et la Tribune pour revenir à mon ministère reli£;ieiix, c'a été là un acte légitime de prudence, non une rétractation. J'ai laissé le camp à de plus jeunes et à de plus hardis que moi. Ils le défendent sous leur propre responsabilité, et je ne dois rien faire légèrement qui tende à les affaiblir ou à les diviser ». Correspondance avec M»» Swetchine, p. 478.

Voir sur toute cette scission, le livre très documenté de M. Henry Boissard : Théophile Foisset, p. 104 et suiv. Paris, chez Pion, 1891, Ed. Lettres de Lacordaire à Th. Foisset, t. II. Lett. 104, 105, 106.

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ils ont pensé la séduire et régner sous son nom, et ils lui ont offert richesse et puissance. L'épouse immortelle répudie ces noces indignes. »

Ces noces indignes, ce sont celles qu'on avait vues trop longtemps solidariser l'Église avec le gouvernement. Or il faut bien le comprendre : le républicanisme d'Ozanam est fait surtout de son horreur pour cet état de choses ; et cet état n'est autre que le Gallicanisme, cette chaîne séculaire dont l'Église portait encore les cicatrices. On lui tendait pieds et mains. Ozanam voyait une réaction affolée se précipiter au-devant d'un despotisme libérateur, sans limites, ni frein, faisant litière à la fois de la République et de la liberté. 11 écrivait : « Mon cher ami, la vérité est que je m'inquiète fort de la voie où l'on nous jette, et qui a conduit les hommes de la Restauration aux abîmes. Si vous saviez les illusions et le langage de quelques-uns, je ne dis pas des vieux, mais des jeunes, des hommes d'État de vingt-cinq à trente ans, de ceux qui, dans leur ferveur, ne veulent plus de constitution, plus de représentation nationale, plus de presse! Le pire est que la religion soit compromise par ces insensés, par des hommes qui se font honneur de la défendre à la tribune, et qui remplissent du récit de leurs aventures les coulisses de l'Opéra. »

Ce que prévoit encore Ozanam, et qui le fait frémir pour l'Église de France, ce sont les représailles que cette alliance offensive et défensive avec le despotisme lui attirera dans l'avenir : « Mon cher ami, on ne voit plus que gens qui rêvent de l'alliance du trône et de l'autel. Personne ne se souvient plus des effroyables représailles que ces belles doctrines nous ont values, en 1830. Et aujourd'hui, il n'y a voltairien affligé de

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