LES OUVRIERS
crétaire: MM. Cochin et Louis de Beaudicour, vicesecrétaires; et des conseillers tels que MM. Bailly, Gossin fils, Le Prévost, Henri de Kiancey, Lauras, Armand de Melun, de Raincourt, de Champagny, Ferrand de Missol ; et peu après M. d'Indy, MM. Cauchy, de Malartic, Eugène de Margerie, etc. Ozanam demanda, qu'y figurassent aussi, à titre de conseillers d'honneur, MM. Lallier et Le Taillandier. C'était un rappel des premiers jours.
L'année 1851, celle où nous sommes entrés, compta à elle seule 24-7 agrégations de conférences nouvelles, dans les deux mondes. Des progrès de l'œuvre en Angleterre, le rapporteur disait : « On a répété que, cette année, V Exhibition du Palais de Cristal a comblé le bras de, mer qui sépare les deux pays. Mais de tous les télégraphes sus-marins et sousmarins qui les relient, le plus électrique, sans contredit, sera celui de la charité. Ce fil-là peut tout rapprocher : il unit et enchaîne les cœurs, il descend du ciel et y conduit. »
Ce n'était pas seulement le souci de la charité, mais encore celui delà foi catholique qui intéressait Ozanam au mouvement d'idées des divers États de l'Europe, spécialement l'Allemagne, dès lors si travaillée par les sectes. Je lis dans une lettre à M. Bore, du 28 septembre 1851 : « Quand vous m'écrirez, dites-moi, je vous prie, ce qu'on pense en Bavière des dernières agitations religieuses de TAllemagne. Y a-t-il un danger sérieux pour l'Église catholique dans les prédications des misérables qui, de loin, nous semblent si peu dignes de faire impression sur un grand peuple?
« Quand on annonce que vingt, trente communes ont adhéré au schisme de Ronge ou de Gzevsky, faut-il croire qu'il s'agisse de paroisses entières ou de quelques meneurs qui s'en prétendent les représentants? Oh! que la foi a de peine à s'établir solidement dans ces esprits germaniques ! En vérité, les maux de l'Église sont donc bien grands dans ce siècle ; et notre pauvre France, si accusée, n'est pas encore la plus malade des nations chrétiennes ! »
Quelques mois après, il remercie de l'envoi de quelques articles de journaux bavarois sur la situation religieuse du pays. « J'ai lu, avec un intérêt infini, le récit du IIP anniversaire séculaire du saint concile de Trente. De pareilles scènes devraient être reproduites dans toutes les feuilles catholiques. La piété de ces bons Tyroliens ferait rougir notre tiédeur, et nous donnerait plus de zèle pour le service de Dieu, envers qui nous nous croyons trop souvent quittes, parce que nous avons usé quelques plumes et un peu d'encre pour Lui ! »
L'homme qui fut le plus intime à Ozanam, dans ses dernières années, M. Ampère, a écrit de lui : « Ceux qui ont lu ses lettres savent l'incomparable grâce de son esprit; mais ils y auront vu aussi l'invariable aménité de son commerce. Chez lui, nulle raideur. Au sérieux de la pensée se mariait inséparablement la gaieté du caractère. » — « Personne ne s'amusait comme lui des bonnes bêtises, dit un autre ami qui l'avait toujours connu. Il ne se croyait pas trop sage pour s'interdire le rire, ce grand bonheur de la vie; et même quand les souffrances en réprimaient les éclats, le moindre incident plaisant en faisait jaillir quelque saillie. » Elle pétillait, à l'occasion,