‹ Frédéric OzanamChapitre 273 sur 344 · FOI ET AMITIE · texte numérisé non relu

FOI ET AMITIE

de la croix, où il tombe, se relève, retombe, et dont chacune, en le rapprochant du Calvaire, le montre plus près de Dieu, sur les hauteurs sublimes du sacrifice et de la sainteté. 11 nous reste à le suivre dans cette montée héroïque de sa vie d'intelligence et de cœur, de lumière et d'amour, pour y assister au plus admirable spectacle qui se puisse voir, celui de la fin d'une telle vie, plus belle encore que n'en avait été le cours.

Nota. Le présent ouvrage sur la Vie d'Ozanam en appelle un autre qui le compléterait par la biographie de chacun de ses principaux amis et confrères des origines de la Société de Saint- Vincent de Paul, soit à Paris, soit à Lyon. Quelques-uns ont déjà leur histoire : Lamache, par M. Paul Allard; — Lallier dans la Semaine religieuse de Rouen 1887; — d'autres encore dans des notices qui ne sont pas dans le commerce. La colonie lyonnaise en particulier, avec ses premières conférences urbaines, y occuperait une place d'honneur. M. Prosper Dugas a été raconté par son fils. Mais quelle escorte d'honneur ne feraient pas au nom d'Ozanam, ceux du baron Chaurand, du D» Arthaud, de Paul Brac de La Perrière, du bon Henri Pessonneaux, de Duffieux, de Rieussec, de Antoine Lacour, du peintre Louis Janmot, etc., que je n'ai pu que saluer au passage, mais qui sont encore vivants dans le souvenir d'une ville qu'ils ont édifiée de leurs exemples et servie de leurs bienfaits!

M. le baron Chaurand fut le personnage le plus notable du groupe d'étudiants lyonnais, coopérateurs d'Ozanam dans la fondation de la Société de Saint- Vincent de Paul. Né, comme Ozanam,en 1813, avocat à la cour royale de Lyon, 1836, l'un des fondateurs de la Gazette de Lyon; grand propriétaire rural en Vivarais et Lyonnais, président des sociétés d'agriculture et viticulture de Lyon, initiateur des améliorations et préservations agricoles, député de l'Ardèche à l'Assemblée nationale où il présenta un projet de loi pour le repos dominical, dévoué au comte de Chambord, ardent défenseur du Saint-Siège par la constitution de l'armée pontificale dans laquelle s'engagèrent ses deux fils sous les ordres du général de Charette, fondateur et zélateur des conférences de Saint-Vincent de Paul, jusque dans les petites communes du Vivarais, avec ses trois beaux-frères, Antonin, Vincent et Félix Serre, eux-mêmes amis d Ozanam, homme prêt à tout bien jusqu'à la fin de sa vie, 6 octobre 1896 : on a pu écrire de lui qu'il n'y avait pas eu à Lyon et dans la région, pendant soixante ans, une

:,2l L'INTIMITÉ.

seule œuvre religieuse, charitable, économique, sociale, à laquelle il n'ait apporté une activité aussi intelligente que généreuse.

Louis Janmoi est une moins haute personnalité, mais une âme singulièrement attrayante et apparentée de très près à celle d'Ozanam, son frère de première communion. Condisciple, comme lui, de l'abbé Noirot à Lyon, à côté de lui dans la première Conférence de Saint- Vincent de Paul, à Paris, Janmot, élève d'Ingres, appartient comme artiste peintre à cette école qui s'honore du nom de H. Flandrin, un lyonnais aussi, puis d'Amaury Duval, de Signol, de Mottez, de Paul Balze. Mais c'est surtout des primitifs italiens et des mystiques franciscains qu'il procède et s'inspire. Lyon possède ou possédait de lui deux fresques de la Cène, l'une à l'hospice de l'Antiquaille, l'autre à l'église Saint-Polycarpe ; et un ravissant triptique à la métropole, représentant la Vierge et l'Enfant Jésus entre deux anges. A Paris, il a peint l'ancienne chapelle des Franciscains rue Falguière, et la lapidation de saint Etienne à St-Étienne-du-Mont, fresques de haut sentiment chrétien et d'une exécution magistrale.

Le cours de peinture qu'il ouvrit à Lyon prima l'école publique : Lyon s'en souvient encore avec fierté. Mais c'était dans l'intimité de son atelier qu'il déversait son âme dans une série d'une centaine de grandes compositions candides et harmonieuses, dont on n'a que les dessins, et qu'il avait intitulées : Le Poème de l'âme, édité plus tard chez Thiollier. C'est surtout le poème de son âme à lui, commenté par un volume de poésies mystiques d'une belle envolée. Il se termine par des strophes telles que celles-ci, inscrites sur le Mémento de sa pieuse mort :

O Seigneur, O Jésus, comment ne pas vous suivre! Pour qui vous a connu vos sentiers sont si doux î Celui qui près de vous un jour s'est senti vivre Peut-il vivre un seul jour sans vous?

Page 1