‹ Frédéric OzanamChapitre 30 sur 344 · PROGRAMME ET APPEL · texte numérisé non relu

PROGRAMME ET APPEL

meilleures destinées. 0 mes amis, je me sens ému, en vous parlant; car l'œuvre est magnifique. Elle est gigantesque, il est vrai; mais je suis jeune, et j'ai beaucoup d'espoir pour le temps où, ayant nourri, mûri, fortifié ma pensée, je pourrai alors l'exprimer dignement. »

Six jours après, 21 janvier, dans une seconde lettre adressée aux mêmes, c'est l'urgence du temps et sa solennité qui fait battre son cœur : « Qu'il est grand le spectacle auquel nous sommes appelés ! Qu'il est beau pour le jeune homme d'entrer dans la carrière à une heure aussi solennelle ! Loin d'être découragé par les événements, je me réjouis d'être né à une époque où, au prix de rudes labeurs, il me sera donné peut-être de faire beaucoup de bien ».

Ses dernières lignes sont celles-ci, sur son vénéré maître : « Quel ami que ce bon M. Noirot ! A lui reconnaissance éternelle ! A vous l'attachement inviolable, et le souvenir constant de votre ami et compagnon d'armes! ^^ C'était un enrôlement.

Sa dernière lettre de Lyon, 4 septembre 1831, à son cousin Ernest Falconnet, est animée du même souffle. Le jeune architecte y distribue par compartiments l'ordonnance de son futur édifice, qui sera un temple. Une de ses deux faces regardera le passé : « Quelle fut la religion primitive de l'humanité? » L'autre regardera l'avenir : « Quel sera l'avenir religieux de cette humanité? » Puis il écrit : « Si alors la mort ou la vieillesse ne nous ont point encore arrêtés, là s'élève la grande figure du christianisme dans sa splendeur! « Et il salue le Christ, éternel roi des siècles.

Car de ce règne, comme de cette œuvre, la gloire sera pour Dieu seul; et ici le sage et le saint jeune

homme se révèle dans sa belle humilité de chrétien. Son ami Materne lui ayant reparlé d'une autre gloire à acquérir : « Non, mon ami, répond Ozanam. Il ne faut pas faire de la gloire un but, mais l'accepter comme un encouragement. La vraie gloire est la reconnaissance de la postérité. Mais l'homme juste porte plus haut ses espérances. Sa récompense et sa gloire, il les attend d'un Juge infaillible et incorruptible. Il en appelle des hommes ingrats à Dieu, le Rémunérateur éternel. »

De Toeuvre de science et de foi, dont Ozanam sera l'ouvrier, puis le maître, nous venons d'entendre le futur professeur de Sorbonne dire son espérance. Quelque temps après, le futur fondateur de la Société de Saint- Vincent de Paul ne sera pas moins explicite sur l'œuvre de charité qui précédera l'autre et qui ira plus loin. Nous ne tarderons pas à le lire.

L'une et l'autre auront des commencements laborieux. On étaitfondé à trouver quelque exaltation dans ses plans d'études encyclopédiques. Même l'idée maîtresse qui y présidait soufTiait contradiction dans son plus propre entourage. « Nous nous effrayions, raconte son frère, des périls du grand et scabreux sujet d'étude qu'il abordait. Cette thèse du progrès par le Christianisme n'allait-elle pas à l'encontre de l'immutabilité de nos dogmes? — Ainsi lui parlionsnous souvent dans nos promenades de vacances. Mais lui nous alléguait l'approbation et l'encouragement de l'abbé Noirot, sans le visa duquel il ne publiait jamais rien. » Et ce frère ajoute ces lignes à retenir : « Jamais Frédéric ne fît imprimer un livre important quelconque, intéressant la religion, sans l'avoir soumis d'abord à l'examen sévère d'un théologien instruit, consciencieux et sérieux. Cette docilité à l'Église

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