Vie de Adolphe Bauion^ par M. l'abbé Schall, p
Ozanam, si fidèlement et généreusement attaché à 1 orthodoxie, dut applaudir là-haut son ami Lallier, lorsque, à la suite de l'attitude très ferme de M»' JûJly, archevêque de Sens, qui, k 22 février 1865, avait roulu lui-môme, malgré les prohibitions ministérielles, promulguer l'Encyclique dans la chaire de sa cathédrale, Lallier, président du tribunal, prit l'initiative d'une souscription générale, à l'effet d'offrir ac courageux pasteur un buste de Pie IX en marbre de Carrare. Luimême vint le lui présenter, à la tête des catholiques de Sens, au miliea de son clergé réuni au grand séminaire, en l'accompagnant d'une harangue qui est à la fois une déclaration de principes, une protestatioa iuridique et une profession de foi catholique la plus explicite et éaer
L'Église sait donc qu'elle peut compter sur de tels hommes, conduits par de tels chefs. Et je ne m'étonne pas qu'après Léon XIII, dans ces derniers temps, Pie X ait déclaré aux évêques du Nouveau Monde comme à ceux de l'ancien « qu'il n'avait pas de plus grand désir que de voir s'étendre par tout l'univers les Sociétés des Frères d'Ozanam et des Fils de Saint- Vincent de Paul! »
En fait, jamais cette société n'apparut plus nécessaire que dans le malheur et le désastre de l'heure présente, car nulle ne répond mieux à l'appel de nos besoins et à celui de nos maux sans nombre. C'est l'heure de la lutte des classes, celle entre le riche et le pauvre : elle les réconcilie dans la justice et dans la charité. C'est l'heure de la division, elle crée l'union; l'heure de la haine, elle est l'amour. C'est l'heure de la démocratie triomphante, dites-vous : or, elle fait pour le bien du peuple plus que vous, elle le connaît et le comprend mieux que vous, l'aime mieux que vous, l'honore plus que vous, le touche de plus près que vous. C'est le règne de la liberté, dites-vous, et cette œuvre vous la voulez laïque : elle l'est. C'est le règne de l'égalité : vous dites le mot, elle fait la chose, s'abaissant devant le pauvre par l'humilité, pour l'élever jusqu'à Dieu par la charité. C'est le règne de la fraternité; elle est une famille, entre eux ses membres s'appellent confrères, et leurs assistés sont des frères. Ne voyez-vous pas que par tout cela cette société sympathise à toutes les idées généreuses, comme elle répond à toutes les nécessités de l'heure présente?
Nécessité matérielle, nécessité morale, nécessité
gique. 11 la fit imprimer et répandre. Sens, impr. Duchemin, gr. in-S», 22 p., 1865.
sociale, mais, surtout, urgente nécessité religieuse : elle commande de très haut les autres. « La religion pure et immaculée devant Dieu, dit saint Jacques, est celle-ci : Visiter les pauvres, les orphelins, les veuves dans leur tribulation, et se garder de la souillure du siècle. — « Aimer Dieu de toute son âme, tel est le premier commandement, dit le Seigneur; aimer le prochain comme soi-même, tel est le second qui lui est semblable. Voilà la loi et les prophètes. » Or n'est-ce point là la loi, l'objet, l'œuvre et la fin de la Société de Saint- Vincent de Paul?
Enfin, elle fait mieux encore que d'unir les hommes entre eux, elle les unit à Dieu. Elle est, en même temps qu'une société de charité, une société de foi et de piété, comme une école de vérité. On y croit, on y prie, on y donne. Foyer, sanctuaire, école de ces grandes choses, tout ensemble et tour à tour, je la salue de ces trois noms.
Mais elle est vieille, dites-vous? — Non, elle n'est pas vieille, si ce mot veut dire surannée, usée; mais elle est ancienne, ce qui veut dire éprouvée, puissante; ancienne et toujours nouvelle; comme il en est de toutes les choses immortelles, divines. Elle n'est pas moderne, j'en conviens, au sens de chose à la mode d'un jour ou d'un pays. Mais elle est et reste jeune de la jeunesse éternelle, de la charité qui n'a pas de déclin : Caritas non excidit Elle date, par son côté divin, du sermon sur la montagne : Bienheureux les pauvres ! Elle date, par son côté humain, de la montagne Sainte-Geneviève, où, il y a quatrevingts ans, quelques jeunes hommes de vingt ans se dirent entre eux : « Faisons comme Jésus-Christ : Allons aux pauvres! «
0 vous donc qui rêvez à' Œuvres de jeunesse , que ne