PREFACE. XIII
qu'il en recueille pour Tauditeur ou le lecteur; par les actualités qu'il y mêle, les applications qu'il en fait à son temps et à son pays, les hommages qu'il fait monter de là jusqu'au Roi éternel des siècles; et, parfois aussi, par ces retours mélancoliques sur luimême, sa vie, sa mort, ses tendresses, sa souffrance, qui sont bien les pages les plus pathétiques de ses ouvrages.
Mais si la vie et l'âme d'Ozanam transpirent, si je puis dire, dans ses livres, elles remplissent ses lettres et elles en débordent. Il est tout entier dans sa Correspondance. Toute sa vie, sa vie de famille, d'amitié, de relations et d'action, reconstituée dans la suite des événements qui retrouvent là leur ordre de date, leur cadre de lieux et leur ambiance de circonstances, avec leur sens juste et leur couleur vraie. De même, toute son âme, laquelle s'y découvre manifeste, grandissante, dans chacune des phases de cette existence ! Celle de sa jeunesse : les aspirations généreuses, les desseins grandioses, l'angoissante recherche de sa voie, l'éclair impérieux de la vocation, le flux et le reflux de l'espérance et de la crainte, les ivresses sacrées de la science et de la foi. Puis celle de l'âge mûr : les chastes combats, les saints amours, l'enthousiasme de la vérité et de la charité, le zèle conquérant, la fierté de la conscience, les délicatesses du cœur, les déceptions cruelles, les blessures traîtresses. Enfin le déclin, non celui de l'âge mais de la vie avant l'âge : le travail acharné et sanctifié, ce crucifiement à sa plume, à sa chaire, dont lui avait parlé Lacordaire. Alors la consommation, l'immolation : la souffrance surnaturalisée, l'héroïsme tranquille du sacrifice dans sa sublimité ,Jleurip, mûrir, mourir : ce serait l'épigraphe de ce livre comme