‹ Frédéric OzanamChapitre 77 sur 344 · FILS ET MÈRE · texte numérisé non relu

FILS ET MÈRE

Cependant, par ailleurs, cette candeur d'enfant qui faisait de lui un fils si tendre, un ami si sympathique, lui demeurait tout entière.

Cette lettre, la dernière que nous ayons de lui adressée à sa mère, et de beaucoup la plus longue, avait à la fois, sans qu'il en eût conscience, la tristesse et la tendresse d'un adieu. Cette mère ne s'était-elle pas plainte que son fils l'abandonnait, qu'il ne s'épanchait plus avec elle comme autrefois, et qu'elle en était réduite a, se figurer qu'elle avait un fils? C'est que Lyon venait d'être fermée à toute correspondance par la guerre civile. « Mais, pendant ces jours-là, lui répondit-il, combien, pauvre maman, j'aurais voulu accourir pour vous embrasser, vous caresser! »

Enfin, il pouvait, cette fois, « dégonfler son cœur auprès d'elle ». Dans huit grandes pages pleines de ses effusions, il lui avait rappelé toute sa vie d'enfant, toute leur vie de famille, « ses douces paroles, quand, écolier, il travaillait sur la table près d'elle ; lorsqu'en sixième, il la consultait sur les thèmes; lorsqu'on rhétorique, il lui lisait ses discours français ; les conseils et parfois les gronderies de papa, ses promenades avec lui, ses histoires de guerre, etc., etc.

Puis, après ces chers souvenirs, ses espérances dont il lui disait finalement : « Je m'imagine, ma chère mère, qu'avec l'aide de Dieu, un jour viendra où je vous paierai en piété fihale et en satisfaction, un peu de ce que vous avez dépensé pour moi de sollicitude, de force et de santé. « 11 lui parlait aussi de ses dévotions, et de M. Marduel, comme « du seul homme dont la bonté et la sagesse pouvaient lui tenir lieu de père et de mère ». — « Ainsi, chère mère, quelle que soit ma faiblesse, quels que soient mes défauts, je conserve l'espérance de n'être pas trop indigne de mes parents,

chrétien zélé, citoyen résolu, et homme vertueux. Adieu, ma bonne mère. Oh ! n'ayez pas peur, pauvre maman, que je vous abandonne! »

Le 21 juillet, une lettre écrite à une heure du matin, et adressée à un ami lyonnais, rappelle encore qu'il travaille à son droit jour et nuit. A cette heure même, il est aux prises avec les matières du quatrième examen. « Bonsoir donc, cher ami. Avant un mois, nous parlerons à notre aise de bien des choses que la plume rend mal ! »

Avant le 15 août, Frédéric rentrait à Lyon. Il était reçu avocat. « Moi avocat î avait-il écrit à sa mère. Vous figurez- vous cela? Après tout, le titre d'avocat à lui seul n'est pas grand'chose. » Quel autre pensait-il donc dès lors y ajouter?

Le jeune avocat retrouvait Lyon encombrée de troupes, hérissée de canons, portant dans ses rues comme sur ses remparts les cicatrices de l'insurrection d'avril, et traînant dans ses affaires les longues et désastreuses conséquences d'une guerre civile. En retour, il y retrouvait, avec le toit paternel, toutes les joies de la famille : il en parle avec chaleur. Il s'y retrouvait aussi avec ses camarades lyonnais du droit et de la conférence, de La Perrière, Dufieux, Chaurand, Biétrix, et autres qu'il voyait chaque jour, ou chez eux, ou chez lui.

La grande distraction, et pour lai l'événement de ses vacances de 1834, fut une visite à Lamartine en compagnie de Dufieux qui, connu du poète, avait obtenu l'autorisation de lui présenter son ami. M. de Lamartine habitait son château de Saint-Point, situé dans les montagnes, à cinq lieues de Màcon, exerçant là sur la contrée une sorte de royauté civilisatrice et bienfaisante. Ozanam écrit à Lallier : « M. de Lamar-

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