UNE CONFERENCE A NIMES
la Conférence d'histoire que comme un moyen de recruter la Conférence de la Charité. » Il l'avait fait si bien qu'au retour de ses premières vacances, dès la rentrée de 1833, sur vingt-cinq membres que comptait la Conférence, dix-huit étaient originaires de Lyon ou de la région avoisinante. C'était le contingent levé par Ozanam.
Au sein de cette action de zèle, ce lui fut une grande joie de recevoir, en octobre 1834, une lettre de son ancien camarade Léonce Curnier, établi à Nîmes, lui annonçant qu'à son exemple, il travaillait à la fondation d'une conférence de charité dans cette ville. Cet ami lui disait : « C'est avec sincérité que je vous ai promis, en vous quittant, de chercher à former à Nîmes une association pareille à celle que vous avez fondée vous-même à Paris. Vous m'exprimiez le désir de voir la France enveloppée dans un réseau de charité, et vous avez fait passer dans mon cœur quelque chose du zèle ardent dont vous étiez animé. Dès mon arrivée ici, je communiquai le projet que vous m'avez inspiré à un vénérable ecclésiastique; et, quand je lui racontai ce que vous m'aviez dit et ce que j'avais vu, des larmes coulèrent de ses yeux : « Ah! me dit-il, il ne faut pas désespérer de l'avenir de la France, puisqu'il est, dans la génération à laquelle cet avenir appartient, des jeunes gens capables de donner un si bel exemple! »
Ozanam répondit sans retard : « Votre lettre m'a comblé de joie. Je l'ai communiquée à quelques-uns de mes amis en vacances qui font partie de notre petite société. Puis, sur-le-champ, j'ai écrit aux membres présents à Paris, pour leur annoncer cette bonne nouvelle. Mais laissez-moi d'abord vous féliciter du bien que vous avez commencé et de celui que vous
VOUS préparez à faire. Dieu et les pauvres vous béniront. Et nous, que vous aurez surpassés, nous serons fiers et heureux de compter de tels frères. Le vœu que nous formions est donc accompli : vous êtes le premier écho qui ait répondu à notre faible voix ; d'autres s*élèveront bientôt peut-être. Alors, le plus grand mérite de notre petite société parisienne sera d'avoir donné l'idée d'en former de pareilles. Il suffit d'un fil pour commencer une toile. »
Enfin ce qui lui manquait à Lyon et ce qui le rappelait à Paris, c'était la vie intellectuelle, celle des cours publics, celle des études scientifiques en tout genre, laquelle n'a sa plénitude que dans la capitale : « Ici, en vacances, je vis comme un Béotien et je ne travaille presque pas. »
Il retournera donc à Paris : son père y consent. C'est la grande nouvelle que, le 15 octobre, il peut annoncer à Lallier. « J'ai obtenu de mon père de retourner deux ans à Paris, Je ferai paisiblement mon doctorat en droit; et, en même temps, j'apprendrai les langues orientales. Du reste, plus d'articles de journaux; seulement quelques rares travaux pour la conférence, s'il y en a une; ou pour la Revue Européenne, si elle n'est pas morte. J'abandonne le reste de mon avenir à la Providence. Volontiers, j'accepterai la place qu'il lui plaira de m'assigner, quelque humble qu'elle soit. Elle sera toujours assez belle, si elle est remplie dignement. «
Au milieu de novembre 1834, Ozanam était à Paris. Il y venait couronner, par un grade supérieur, ses études juridiques et professionnelles; non toutefois sans l'arrière-pensée d'un grade d'un autre ordre dont le courageux désir perce dans ces lignes à sa