‹ Frédéric OzanamChapitre 82 sur 344 · AUGUSTE LE TAILLANDIER · texte numérisé non relu

AUGUSTE LE TAILLANDIER

Pour ces deux amis et frères en saint Vincent de Paul, Tannée académique 1834-1835, qu'ils passèrent ensemble, fut signalée par un rapide développement de l'œuvre dans Paris. Nous l'y avons laissée avec vingt ou vingt-cinq membres, fin de sa première année 1833. En 1834, où nous la reprenons, le parfum de charité qui s'en exhalait avait commencé à transpirer et rayonner au dehors. L'un des administrateurs du Bureau de Bienfaisance du XII^ arrondissement, M. Vollot, demanda le concours des confrères pour la visite de ses indigents assistés. Ils le lui apportèrent généreusement. Le 1^^ février 1834-, la société prit possession de ce service qu'elle continua et assura dans les années suivantes.

C'est dans les mêmes jours, le 4 février, qu'on commença à ajouter à la prière de chaque séance l'invocation du patron : « Saint Vincent de Paul, priez pour nous. » En même temps, on adoptait, comme fête principale de la société, celle du même saint, célébré le 19 juillet. Ozanam avait demandé que la Conférence fût également placée sous le patronage de la Très Sainte Vierge. On ajouta donc y Ave Maria aux prières ordinaires des réunions, et l'on décida de célébrer avec une dévotion particulière la fête de l'Immaculée Conception.

Le 12 avril, les membres de la Conférence s'étaient trouvés réunis dans la chapelle des Lazaristes, rue de Sèvres, pour y vénérer les reliques de saint Vincent de Paul qu'on venait d'y réintégrer, après quatre ans de séjour au collège de Roye, en Picardie, où on les avait tenues cachées depuis la Révolution de Juillet.

De plus en plus, le culte de ce « père de la patrie », comme son siècle l'avait surnommé, avait grandi

dans ces jeunes cœurs. Un jour de ce même temps, une élite des confrères, Ozanam en tête, résolut d'aller célébrer sa fête dans la modeste paroisse suburbaine de Clichy, de laquelle M. Vincent avait été curé jusqu'en 1612. Eux aussi, ces jeunes zélateurs de sa charité, n'étaient pas seulement ses paroissiens de cœur, ils se considéraient comme ses héritiers, ses fils; et c'est à ce titre qu'ils sollicitèrent l'honneur de porter sa châsse sur leurs épaules, à la procession. « Car, croyez bien, avait écrit Ozanam, que Vincent de Paul n'était pas homme à bâtir sur le sable et pour deux jours. Les grandes âmes qui approchent Dieu de plus près, y prennent quelque chose de prophétique : ne doutons donc pas que saint Vincent n'ait eu une vision anticipée des maux et des besoins de nos jours. Il y pourvoit encore; et, comme tous les grands fondateurs, il ne cesse pas d'avoir sa postérité spirituelle, toujours vivante et agissante au milieu des ruines du passé. «

<c Donc nous aussi, dans c^pati'on, nous honorerons un père. Qui sait si un jour nous ne verrons pas les enfants de notre vieillesse s'abriter au large foyer d'une Société dont nous aurons vu les frêles commencements? Ce sera la régénération dont le flot montant, comme celui d'un fleuve bienfaisant, renouvellera la face et fécondera le sol de notre pauvre patrie. )>

Enfin, résumant sa pensée dans quatre mots, Ozanam déclare « qu'un patron est un idéal qu'il faut se proposer, un type supérieur qu'il faut réaliser, une vie qu'il faut continuer, un modèle sur terre et un protecteur au ciel ».

Grâce à de nouvelles recrues dont plusieurs très notables, telles que celle de Henri W^allon, mort doyen d'âge du Sénat et secrétaire perpétuel de l'A-

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