‹ Frédéric OzanamChapitre 83 sur 344 · SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL

cadémie des Inscriptions, et Théodore Henri Martin, plus tard doyen de la faculté des lettres de Rennes, aux vacances de la même année 1834, les membres de la Conférence étaient devenus assez nombreux pour que la visite des pauvres n'en fût plus interrompue. Ozanam avait dit : « Messieurs, n'oublions pas que les pauvres, eux, n'ont pas de vacances. » Les absents se faisaient alors suppléer par d'obligeants confrères domiciliés à Paris. Le plus dévoué de ces suppléants était M. Le Prévost, de plus en plus accrédité dans la Société.

Dans la première réunion qui suivit son retour de Lyon, Ozanam mit les confrères au courant de sa correspondance avec M. Gurnier, touchant la fondation d'une conférence à Nimes. « J'ai dû porter une grande partie de votre lettre, lui faisait-il savoir, à nos collègues réunis, en présence du curé de la paroisse qui avait bien voulu venir nous présider ce jour-là. L'impression qu'elle leur a laissée ne peut se traduire que par ces mots de l'un d'eux : « Vraiment c'est la charité des premiers siècles!»

Ozanam faisait prévoir à son ami nlmois « de nouveaux arrangements qu'allait nécessiter, au sein de la Conférence, l'accroissement du nombre de ses membres, qui atteignait la centaine ». — « Il est probable qu'ainsi nous serons obligés de nous diviser en plusieurs sections, lesquelles auront d'ailleurs périodiquement une assemblée commune. » C'était une nécessité. La maison de la place de la Vieille Estrapade devenait elle-même trop étroite. Les réunions y étaient trop confuses, et les séances insuffisantes pour les comptes rendus de chaque visite des pauvres et l'exposé sommaire de leurs nécessités L'heure n'était-elle pas venue '^'élargir le cercle d'ac-

tion par l'établissement d'une seconde conférence, suivie peut-être de plusieurs autres? C'était une grave question et une grosse affaire! Se sectionner n'était-ce passe désagréger, se désunir? Non ce serait s'agrandir. Aussi bien le Cénacle était pris d'assaut par les recrues de la jeunesse qui lui demandait d'ouvrir ou d'essaimer.

Le 16 décembre, Ozanamémitla proposition de se partager en trois sections, distinctes mais reliées entre elles. « Elle souleva d'abord une si violente tempête, raconte un témoin, Claudius Lavergne, qu'au lieu de faire semblant de dormir, comme c'était sa coutume en pareille occasion, M. Bailly, le président, se hâta de renvoyer la discussion à huitaine, en faisant nom mer une commission composée de trois membres de chacun des deux partis. » Tandis que le projet d'Ozanam était soutenu par Lallier et Arthaud, d'autres membres comme Le Taillandier et Paul de la Perrière le combattaient ou en demandaient l'ajournement, par attachement à cette unité qui avait cimenté de si douces et précieuses amitiés. « Quant à M. Bailly, sans sortir de son rôle d'impartial arbitre, il laissait assez comprendre que la motion ne lui agréait guère. » Ce n'est donc pas en lui qu'était descendue l'inspiration, ni qu'était née la conception de la grande œuvre illimitée de la Société de Saint- Vincent de Paul.

« Celui des confrères qui, le 23 décembre, lança ce brandon de discorde, continue Claudius, était cependant le plus doux, le plus pacifique, le plus réfléchi des confrères. Il suffit de nommer Le Prévost de Pré ville, un des derniers venus, il est vrai, mais le plus écouté de tous, après Ozanam. Je faisais partie de l'opposition, et lorsque Paul de la Perrière, notre orateur, nous développa les arguments sous lesquels

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