‹ Frédéric Ozanam, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 29 sur 65 · RS ES · texte numérisé non relu

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‘ l’on recueille ses souvenirs, on reconnaît Dante ‘ Alighicri.

‘* Alors, poursuit l’auteur, on se demande de quel ‘ droit l’image d’un tel homme a-t-elle été introduite ‘* parmi celles des vénérables témoins dela foi, par un ‘ peintre accoutumé à l’observation scrupuleuse des ‘traditions liturgiques, sous l’œil des papes, et dans ‘la citadelle même de l’orthodoxie.”

Ozanam explique cette place d'honneur donnée à Dante, par le besoin d’une réparation éclatante à la mémoire de cet homme qui non seulement fut un grand poète, mais aussi un grand philosophe. Toute l'Ttalie est couverte de monuments du poète populaire, et chaque chose qu’il a touchée, chaque endroit où il a été vu, devient l’objet d’un culte de respect et d’honneur. ‘ Florence surtout a entouré d’un culte expia- ‘toire tout ce qu’elle a conservé de lui; le toit qui ‘abritait sa tête, la pierre même où il avait coutume ‘* de s'asseoir. Elle lui a décerné une sorte d’apo- ‘’théose en le faisant représenter par la main de Giotto, vêtu d’une robe triomphale et le front cou- ‘ ronné, sous un des portiques de l'Eglise métropoli- ‘‘ taine, et presque entre les saints patrons de la cité.”

En même temps que les monuments se chargeaient de faire la partie mattrielle de cette réparation, les chaïres publiques en faisaient la partie spirituelle. Florence, Pise, Plaisance, Venise. Bologne entendaient

‘onner dans ces ehaires, interprétation de la Divine

Comédie. Les plus beaux génies italiens s'occupèrent

as

d'expliquer les œuvres de Dante et de les commenter, ettous ses compatriotes s’unirent pour le saluer comme un poète excellent, un philosophe profond et un théologien judicieux.

L'auteur exprime ensuite son regret de ce que Île côté philosophique dans les œuvres de Dante ait été si souvent traité avec dédain et que plus souvent encore il ait passé inaperçu.

La Dirine Comédie, selon lui, était spécialement écrite pour les esprits méditatifs, et pour ceux qui parmi les philosophes sont le plus exempts de la contagion de l'erreur, et cependant le plus grand nombre de ceux-ci, tout en admettant la philosophie contenue dans l'ouvrage, n’ont pas voulu en reconnaître l’importance, la grande portée. D’autres n’y ont vu qu'un épouvantail de plus dans ces ténèbres fabuleuses du treizième siècle déjà peuplées de tant de fantômes. D'autres enfin y ont découvert, tout à la fois, une passion pieusement romanesque et un manifeste politique. “Ce qui prouve, ajoute Ozanam, que parmi nous, * périssables créatures que nous sommes, telle est * l'impuissance des souvenirs et la courte portée de “la g'oire, qu'à peine de ceux qui honorèrent le plus “l'humanité, nous parvient-il au bout de quelques ‘siècles, autre chose que le nom. Ces noms vont ordi- ‘nairement à l’immortalité, portés par une admiration “traditionnelle et ignorante, comparable au dauphin

‘de la fable, qui, sans le savoir, portait À travers les

‘mers tantôt un animal moqueur et tantôt un poète

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‘aux accents divins. Sices complaisances paresseuses “ dela postérité profitent quelquefois à des personnages ‘* peu dignes, plus souvent elles font tort aux grands * hommes. Tl semble qu'une justice suffisante leur ait ‘été rendue parce qu’on leur paie en l’occasion un “tribut de vulgaires louanges, tandis que leurs titres ‘les plus précieux restent ensevelis dans la poussière. ‘* En sorte que, s'ils pouvaient soulever tout à coup ‘* les pierres de leurs tombes, on ne sait, quel sentiment ‘* les agiterait davantage, ou l’indignation de se voir ‘ainsi méconnus, ou l’orgueil d’être entourés de tant ‘* d’hommages, alors même qu’or les connaît si peu.”

Ozanam n’a pas voulu que la philosophie contenue dans les œuvres de Dante, fût ignorée et c’est pour cela, que considérant ce mérite comme un des plus beaux fleurons de la couronne du poîte, il s’est décidé à produire cette thèse et plus tard à écrire cet ouvrage.

L'auteur n’ignore pas qu’on a traité avec dédain la philosophie de l’époque où vécut Dante et que de toutes les choses du moyen âge, elle a été la plus calomniée, celle dont la réhabilitation s’est fait, Le plus attendre. On a représenté le moyen âge comme parlant un langage barbare, mais les œuvres de Dante ne sontelles pas écrites dans la langue la plus mélodieuse de l’Europe? On a dit de plus que le langage en était pédantesque dans sa forme et monacal dans son esprit, et cependant, pour charmer leurs loisirs, n’a-ton pas vu les princes se faire réciter les chants de la

Divine Comédie, tandis que pour se délasser de jeurs

DONNE M A Ep EAN ET

travaux, les artisans les répétaient dans leurs humbles demeures. [ls expriment tout à la fois les plus doux mystères du cœur et les plus brillantes luttes de la place publique.

De nos jours, le plus grand nombre des poètes ne font de la poésie qu'une affaire d’art, et n’y voient qu’une beauté relative, résultant de la double harmonie des pensées avec les paroles, et des paroles entre elles. La dernière de leurs occupations est de voir à la valeur logique de la pensée et à la portée morale de la parole.

Dante lui, n'ayant plus de patrie ici-bas, pénètre dans le monde invisible dont il fait sa patrie. De là laissant tomber ses regards sur les choses humaines il en découvre le principe et la fin. Aussi ses chants sontils remplis d'enseignements, car chaque vers semble porter en lui-même une double valeur logique et morale.

Enfin on a accusé le moyen âge d’être un temps d'abrutissement où non seulement personne ne savait exprimer ses idées, mais encore où les idées mêmes semblaient faire défaut. Dante, par ses chants remplis d'une philosophie poétique, une poésie philosophique vraiment sociale, venge bien cette époque de ces reproches si mal fondés. Qui, en effet, après avoir lu et médité les écrits du grand poète itaiien, pourra nier la culture de l’esprit à l’époque où il vécut ? ‘“ Pour nous, “ajoute Ozanam, comme nous nous arrêtons avec “respect devant la maison qui vit naître un homme

“illustre, encore que les murs en soient noircis par la

‘vétusté, et que nous n'en comprenions pas l’ordlon- ‘ nance intérieure ; nous apprendrons aussi à respecter “la civilisation au sein de laquelle il vécut, bien

“qu'elle nous apparaisse confuse dans lPombre des

temps.”

L'auteur passe ensuite au plan qu'il veut adopter, il nous indique la marche qu'il suivra et nous en fait connaître les différentes (tapes. Il nous donne de plus une idée des recherches que ce travail à nécessitées et nous découvre les sources où il est all puiser. Ces documents forment la dernière partie du livre et consistent en une série d'extraits de sant Bonaventure, de saint Thomas, d'Albert le Grand et de Roger Bacon. On y trouve aussi une légende rimée: la Vision de saint Paul; poème inédit du treizième sièele,

* Seignors freres, ore escoutez Vous qui estes à Deu nummez # Et aidez-moi à translater La visiun Saint Paul le ber *

* Seignors etc., [ suffit d’avertir une fois pour toutes que lo tient souvent lieu des diphthongues «w et ou; qu’il est lui-même ordinairement remplacé par l’u devant les liquides un et in ; que Let r, b et g se permutent ; que ei et ous’écrivent pour oi, à pour y, e pour i.

+ À Deu, wummez, a Dieu voués. Il est remarquable que le traducteur s'adresse à des moines.

* Saint Pol te ber, le baron: c'est-à-dire le brave et puissant Le moven âge aimait à rapprocher la milice du eiel et eelle des rois,

mens

A Re Ie Sd TAC R PEN NN Te ET Te LT

+ 2 ee

Deu, par sa douçor

Et par la soue grant amor, 4

Ait merci et mémoire.

Des almes qui sunt en purgatoire!

Seigwnors frères, par Deu amor Gauduns nos di tel labor Et eschevun, nos de toz mals Et de toz péchéz criminals ; Et à Dampne-Deu convertuns Et nos ensemble O lui vivuns * Amen, Deus, par ta merci Otrie nos que soit issi !

Dans la première partie du livre, Ozanam jette un coup d'œil sur l’état général de la chrétienté du treième au quatorzième siècle, et nous fait connaître les causes qui favorisèrent le développement de la philosophie. Cette époque, dit l'auteur, fut un temps de transition, T/Eglise, abandonnant les luttes extérieures, semble se replier sur elle-même et donner plus d’attention que jamais aux affaires spirituelles. Aussi il n’est

| pas de siècle qui ait produit un aussi grand nombre de

saints que le treizième siècle.

4 Soue,sa., sua.

* Etce manuscrit de Musée Britannique (Bibliothèque Cattonienne), Vespas A. VII, donne plusieurs variantes, et termine

par ces deux vers où l’auteur se fait connaître :

Jeo suis serf Deu, Adam de Ros :

Ici fais je le mun repos.

La situation politique subissait aussi une révolution, Les nationalités se formaient, et les peuples, échappés à la centralisation du saint Empire romain, se livraient à un travail d'organisation à l’intérieur et essayaient leurs forces entr’eux à l’extérieur afin d'établir leurs frontières respectives. En certains pays les communes s’émancipaient, et le peuple essayait de se soustraire au régime féodal afin de se gouverner lui-même, et l’on vit ainsi surgir les Parlements, les Diètes et les Cortès. Les lettres, les sciences et les beaux-arts subissaient aussi l'influence que de nouvelles découvertes ne pouvaient manquer de leur donner. Les voyages de Marco- Polo, les missions de quelques pauvres religieux à travers les déserts de l’Asie septentrionale, enfin les vaisseaux génois poussés par les vents aux rivages des Canaries avaient reculé les bornes de la terre connue. La découverte de la boussole, de la poudre à canon, faisait pressentir dans la nature des forces inaperçues jusque-là. En même temps s'ouvraient les grandes Universités, celle de Paris qui fut la première ne comptait pas moins de quarante mille étudiants venus de tous les coins du monde; puis surgirent successivement les universités d'Oxford, Bologne, Padoue, Salamanque, Naples, Lisbonne et Rome. La poésie faisait place à la prose qui faisait sa première apparition assujettie aux seules règles d’une grammaire mal assurée. Dans l'architecture et dans la peinture, les progrès étaient aussi très marqués. La peinture Surtout ne se contenta

plus de décorer les vitraux des basiliques, mais elle

passa aux murs et les couvrit de fresques. Enfin les croisades donnèrent le plus grand élan au commerce en ouvrant les grandes voies de communication avec l'Orient.

Est-ce que, seule, la philosophie serait restée en arrière dans le chemin du progrès ? Non, certainement ; et en ce temps où Ptolémée, Platon et Aristote trouvèrent leurs premiers interprètes, en ce siècle qui produisit Jean de Salisbury, Roger Bacon et Albert le Grand, non seulement les traditions savantes de l'humanité ne restèrent pas dans l'oubli, mais toutes les sciences se rapportant à la philosophie semblent y avoir atteint leur apogée. L’effervescence causée par toutes ces découvertes et ces innovations se fit sentir jusque dans les plus grandes solitudes, et les événements contemporains communiquèrent à la philosophie un mouvement durable.

Dans les pages suivantes l’auteur s'occupe plus spécialement de la philosophie scolastique. Aux temps de l'effondrement de l’empire romain et de l'invasion des barbares, les lettres, les sciences et les beaux-arts, nous l'avons vu, cherchèrent un refuge dans les cloîtres, C'était le temps où l’on ne connaissait que sept arts libéraux divisés sous les noms de trivium et quadrivium; la philosophie n’en faisait partie que par la dialectique. La théologie n’y avait pas de place, mais quand elle vint y prendre la première, elle donna naïssance à cette longue lutte des réalistes et des idéalistes ou nominaux. Il s'agissait de démontrer s’il y avait ou

non correspondance entre les existences invisibles que la métaphysique suppose et les notions que la logique déduit entre les réalités et les idées.

Lorsqu'apparut le siècle dont s'occupe particulièrement notre auteur, les discussions philosophiques étaient à l’ordre du jour si bien que les philosophes, par suite d'opinions différentes, se trouvaient divisés en sept camps, sur le nombre desquels trois ou quatre furent anathématisés. A cause même de ces divergences d'opinions la philosophie atteignit dans ce siècle sa plus grande gloire, et reçut l’élan le plus puissant.

La politique au treizième siècle, rapprocha les différents systèmes et il y eut fusion des différents camps, même des réalistes et des idéalistes. Cette union fit apparaître d’illustres docteurs dont chacun représenta plus excellemment un des systèmes, mais jamais ne méconnut les autres. Citons entr’autres celébrités les noms d'Albert le Grand dont l'érudition paraissait sans bornes, ‘ Grand philosophe et grand magicien, devenu célèbre, dit M. Cousin, dans les souvenirs de la postérité comme un être presque mythologique et plus qu'humain.” Roger Bacon d'Angleterre qui, par des expériences faites dans un monastère obscur et dans une cellule plus obscure encore, fit connaître les merveilleux effets de la poudre, prédit l'utilité de la vapeur appliquée à la navigation et sa puissance comme force motrice. Saint Bonaventure, le séraphi-

que docteur, aux doctrines contemplatives ; toutes ses

tt

œuvres publient l’accord des facultés humaines avec les sources divines, accord bien propre à consoler ceux qui vivent ici-bas au milieu des misères humaines,par l'espoir des félicités Cternelles cachées dans les hauteurs mystérieuses. Saint Thomas d'Aquin, l'Ange de l’école, le grand maître de la métaphysique, celui qui a réuni dans la Summa tlotius theologiæ, tout ce qu'une philosophie vraiment catholique peut savoir de Dieu, de l’homme et de leurs rapports.

Il est vrai que ce siècle donne aussi naissance, parmi les philosophes à des hommes dont les opinions ne furent pas sans reproches ; au nombre de ces derniers on peut citer Raymond Sulle, Dun Kcott et Occam, mais la grandeur des premiers ne suflit-elle pas à prouver que la philosophie et les sciences qui s’y rapportent avaient atteint leur apogée?

Le savant professeur poursuit ensuite ces considérations sur la philosophie au treizième siècle, en nous faisant connaître les caractères particuliers de la philosophie italienne. * L'Italie, cette terre bénie du ciel, “dit-il, et d’une nature si active, a toujours eu une “philosophie qui a su maintenir dans leur primitive “alliance la direction morale et la forme poétique.” Les philosophes et les poètes de l'antiquité latine sont cités et rapprochés les uns des autres,

Au moyen âge la philosophie italienne n'était ni moins florissante ni moins fidèle à son caractère. La renommée des penseurs de la Péninsule était si grande qu'on à vu Lanfranc et saint Anselme sortis de

Pavie et d'Aoste aller prendre possession l’un après l'autre du siège primatial de Canterbury, plus tard aussi Je Lombard Pierre fut porté, par lPadiuiration universelle, de sa chaire de professeur à l'évêché de Paris. Quant il s'agissait de l'étude des hautes sciences la plus grande rivalité semblait exister entre les différentes villes. Bologne et Padoue avaient leurs écoles de philosophie. Milan ne comptait pas moins de deux cents maîtres de grammaire, de logique, de médecine et de philosophie.

La vigueur exubérante de la philosophie italienne se manifeste surtout dans les luttes que firent surgir les différents systèmes, luttes qui furent souvent sanglantes. Dès l’année 1115, les Epicuriens étaient assez nombreux à Florence pour y former une faction redoutée et pour y provoquer une guerre civile, et plus tard le matérialisme y apparaissait comme la doctrine avouée des Gibelins. La lutte entre les Papes et les Empereurs donna aussi un nouvel élan aux sciences, ‘ar de même que les premiers s’entouraient des hommes les plus savants et professant les systèmes les plus orthodoxes, de même aussi les derniers ralliaient autour d'eux les hommes les plus capables de soutenir les opinions les plus perverses, et de faire la guerre à l’enseignement catholique. Maïs ils furent adinirablement bien combattus par saint Thomas d'Aquin et par saint Bonaventure. Pour terminer, citons encore parmi les savants les plus célèbres d'Italie, Algidius Colonna, Albertano de Brescia,

zrunetto Latini et Guido Cavalcanti,

Ozanam termine la première partie de son livre par un abrégé de la vie de Dante, suivi du plan général de la Divine Comédie dont il nous indique les parties se rapportant plus particulièrement à la philosophie.

Dante Alghiéri naquit à Florence en 1265. Le grand poète vint au monde dans la maison d’un exilé et mourut en exil. Dès sa plus tendre enfance il se mit à l'étude et cultiva toutes les sciences connues de son temps. Il eut pour maître Brunetto Latini. Il n'avait que neuf ans quand ii fit la rencontre de la jeune Béatrix dont il fut pour toujours épris, et qui mourut à la fleur de l’âge. Cette beauté qui s'était montrée à lui sous des formes réelles, devenait un type idéal qui remplissait son imagination, et Béatrix apparaît chaque fois que le poète veut faire entendre un chant d'amour, il semble même que c’est elle qui l’inspire continuellement. Après la mort de Béatrix, Dantese maria et il a laissé plusieurs enfants, T1 prit une part importante dans les troubles quiagitèrent alors l'Italie: il se distingua particulièrement à Campaldino, où les Gruelfes remportèrent une victoire sur les Gibelins. Le futur poète s'était jeté dans lesrangs des Guelfes, c’est-à-dire, qu'il était un des défenseurs de l’indépendance italienne contre les Gibelins qui combattaient pour le maintien des droits féodaux et de la suzeraineté du Saint-Empire. Dante fut souvent chargé par son parti de missions politiques très importantes, et en 1300 on le trouve un des prieurs où magistrats de sa ville natale. Plus tard, la division

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s'étant mise parmi les Guelfes victorieux, la guerre civile éclata à Florence entre les Noirs et les Blancs, et Dante épousa la cause de ces derniers. Les premiers formaient le parti des nobles qui voulaient ouvrir les portes de la ville à Charles de Valois, tandis que les plébéiens ou les Blancs le repoussaient. Le parti dont le poète était un des chefs, malheureusement pour lui, fut vaincu et Dante dut s'enfuir, banni de sa ville nutale par le prince français. C’est dans l'exil qu'il écrivit la Divine Comédie, poème qui, à bon droit, excita l'admiration universelle. Outre cette grande œuvre Dante a aussi composé des Poésies lyriques qui ne sont pas indignes de lui. Il écrivit de plus la Vita nuovu, qui renferme des détails sur ses premières années ; des traités: De vulgari eloquentiä ; De Monarchid& wniversali, ouvrage favorable à l'Empereur et condamné à Rome. Dante mourut à Ravenne en 1321. IT était ami du musicien Casello et de l'architecte Arnolfo, et contemporain de Guido Cavalcanti et du très célèbre peintre Giotto. Dante savait l£néide entière, était familer avec Ovide, Lucain, Stace, Pline et Frontin il savait le grec, citait volontiers des vers espagnols ou français, et composait souvent lui-même en provençal. Cependant, ce qu’il connaissait et étudiait de préférence ce sont les nombreux dialectes de l'Italie. Il étudia à l’Université de Paris, et Padoue, Crémone, Bologne et Maples ont revendiqué l'honneur de l’avoir compté au nombre de leurs élèves.

‘ À la mort de Béatrix, dit Ozanum, le grand poète

“ chercha dans lalecture de Cicéronet de Boèce des pensées consolantes, il y trouva plus car c’est dans cette lecture qu'il prit goût à la philosophie qui vint couronner toutes ses grandes connaissances, [1 poursuivit l'étude de cette science avec une telle opiniâtreté “que sa vue fut pour longtemps altérée par suite de * ses nombreuses lectures et préparations aux discus- ‘sions publiques. Comme le fait remarquer Ozanam, “ce culte qu'il avait voué à la philosophie ne se ren-

‘fermait pas dans les bornes d’un seul ordre de con-

naissances, il embrassait la vérité absolue et com- * plète. Universalité de savoir, élevation de points de ‘vue, ne sont-ce pas là deux éléments constitutifs de

l'esprit philosophique ? C’est ainsi, poursuit notre “auteur, que dans la Divine Comédie nous nous trou- :vons en présence d’une vaste philosophie dont l’ex- ® position détaillée va nous occuper désormais et dont ‘nous pouvons déterminer d'avance les caractères | généreux, d'après les faits corrélatifs qui ont été 4 ‘l'objet de nos recherches préliminaires. Elle sera ‘éclectique dans ses doctrines comme Île furent les ‘plus illustres doctrines d'alors; poétique par sa ‘forme et morale dans sa direction comme il le fal- ‘lait pour obéir aux habitudes nationales ; elle sera, “comme l'esprit de son auteur, hardie dans son essor, “encyclopédique dans létendue qu'elle embrasse. “Car, dit Ozanam, une doctrine philosophique peut ‘se comparer à une fontaine, le génie de celui qui la “ professe est comme le bassin où elle est contenue,

‘et dont elle prend la configuration; les circons- ‘* tances de temps et de lieu ressemblent à l’atmos- ‘* phère environnante dont elle subit la température,

‘et dont les vents rident la surface.”

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