‹ Frédéric Ozanam, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 31 sur 65 · MARIAGE D'OZANAM.—SES VOYAGES · texte numérisé non relu

MARIAGE D'OZANAM.—SES VOYAGES

Nous avons laissé notre héros, sortant en triomphateur du concours, pour la chaire de littérature étrangère à la Sorbonne, et se préparant à remplacer M. Fauriel. Nous disons notre héros, car, non seulement il y avait eu lutte, mais de plus, une victoire, qui apportait avec elle, une grande récompense, car, pour Ozanam comme pour les anciens chevaliers,une dame, la dame de ses pensées, devait être le prix de son triomphe.

Un jour que notre jeune avocat était à préparer ses examens, pour la haute licence, il vit entrer dans sa chambre, son ancien professeur et ami dévoué, M. l’abbé Noirot. La surprise d'Ozanam fut grande, lorsque ce bon prêtre, lui annonça qu’il pensait lui avoir

trouvé une compagne pour la vie, dans la personne de Mlle. Soulacroix, fille du recteur de l’Académie de Lyon. Notre professeur, plongé dans l’étude des littératures étrangères, entouré de livres polyglottes, était loin de penserau mariage dans le moment, cependant

croyant voir en cela une manifestation de la volonté divine, et connaissant déjà le recteur de l’Académie, il fit plusieurs visites à ce dernier, dans l'espérance de voir celle qu’on lui proposait, pour partager sa destinée. On fit connaissance, en effet, et quelques jours plus tard, l’époque du mariage était fixée au retour d’Ozanam de Paris, immédiatement après le concours à la Sorbonne. Toutefois les circonstances nécessitèrent, un délai de six mois. Ozanam, en effet, avait espéré se faire nommer professeur de littérature étrangère, à la Faculté des lettres, à Lyon, en même temps qu'il y occuperait sa chaire de droit commercial, ce qui lui aurait donné de bons avantages pécuniaires; mais depuis le concours, il avait cru devoir, accepter la suppléance de M. Fauriel, à la Sorbonne, position bien moins avantageuse, surtout à la veille d’un mariage. Il lui fallait de plus se séparer de sa fiancée, de ses frères et de tous ses amis: aussi hésita-t-il longtemps, et il n’y eut que l’influence de M. Ampère fils, qui put le décider à retourner à Paris.

A l'expiration des six mois, la cérémonie religieuse du mariage fut célébrée, et la partie civile fut présidée par le maire de la ville. La famille Soulacroix, était une des plus considérées de Lyon, et Mademoiselle Soulacroix, douée des plus heureuses dispositions, et du caractère le plus aimable, devait assurer le bonheur du jeune professeur, l’encourager dans

ses travaux, et se dévouer pour lui, dans les jours tristes de la maladie.

Avant son mariage, Ozanam avait été obligé, bien à regret, de faire un voyage en Belgique et en Allemagne., Ses amis lui avaient conseillé de donner, en prenant sa chaire de suppléant, à la Sorbonne, un cours de littérature allemande au moyen âge. Pensant avec raison qu'un voyage dans le pays, dont il allait avoir à parler, donnerait un grand élan à son imagination, le professeur se décida à faire une rapide excursion sur les bords du Rhin, afin de rechercher les commencements de cette littérature germanique et franque dans les lieux mêmes, où devaient av: : vécu, les principaux personnages du livre des héros (Niebelungen).

Plus d’une chose contrariait Ozanam, dans ce voyage. D'abord, il sentait le besoin de se reposer, après tant et de si longues études, puis il aurait aimé à parler du dernier concours, avec ses amis de Lyon, et surtout avec celle dont la pensée le soutenait dans ces luttes littéraires. De plus, il lui fallait voyager, avec beaucoup de rapidité, sans avoir le temps d’entrer dans les détails de ce qui pouvait l’intéresser; pour un esprit comme le sien, st profond et si méthodique, le superficiel était le plus grand ennui.

Ozanam était grand observateur et il saisissait promptement le sens des choses, de sorte que la rapidité desa course ne l’empêécha pas de revenir muni de tous les renseignements qu’il pouvait désirer, et capable de donner une appréciation du caractère et de l’es-

prit des peuples qu'il n'avait fait qu'entrevoir, En effet.

‘un observateur a bien-

remarque M. l’abbé Ozanam “tôt jugé du caractère et de l'esprit d’un peuple à l’as- “ pect de l'architecture des monuments et des habi- ‘tations d’une ville, à la tenue de ses habitants, et “même jusqu'à un certain point à la configuration “du sol environnant. L'œil perçoit moins de détails, ‘mais il plonge sur un horizon plus large et par là * même moins trompeur.”

Notre savant professeur traversa donc les principales villes de Belgique : Malines avec son palais archiépiscopal et ses grands ateliers ; Louvain avec son Université catholique qui répand ses grandes lueurs de science non seulement sur le royaume, mais sur toute l'Europe. Il vit aussi dans les provinces rhénanes : Cologne avec son incomparable cathédrale, terminée depuis ; Aix-la-Chapelle et le tombeau de Charlemagne. Ces villes étaient dr plus grand intérêt pour lui, c'était eu effet à Cologne et à Aïx-la-Chapelle que se couronnaient et se déposaient les empereurs, que se tenaient les diètes, que s'organisaient les croisades. ‘ Les noms de Charlemagne, des Othon, “des Henri, dit l’abbé Ozanam, des Frédéric, repa- “raissent partout où s'élève une pierre historique ; “etil n'y a pas une pierre, pas un rocher qui n'ait “son histoire, sa tradition, sa fable ou sa légende.”

C'était done dans ces villes, qu'Ozanam trouvait la plus grande somme d'informations, pour son voyage historique et littéraire, et il y puisa les renseigne-

ments importants dont il se servit dans les premières

séances de son cours à la Sorhonne.

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Poursuivant sa course, il put compléter ses notes sur l’Allemagne du moyen âge, en visitant Mayence, Francfort et Worms. Puis, se laissant glisser sur le beau fleuve, large et profond, il put retrouver le moyen âge tout entier, en contemplant une série de châteaux, de chapelles et de petites villes, admirablement bien conservés.

‘* Dans sa course rapide, dit Pabbé Ozanam, Frédié-

‘ ric avait à peine le temps de saluer ces intéressantes €

apparitions du passé ; mais il s’efforçait,dans sa pro-

‘ menade solitaire, d’emporter du moins par la pen-

‘* sée, ce que ses regards abandonnaiïent ; aussi revint-

‘il, l'imagination enrichie des plus merveilleux ta- ‘bleaux.” ‘* Les voyages occupent une place importante dans la courte vie d’Ozanam, dit M. de Montrond. Pos- ‘ sédant la science qui donne le droit d'enseigner, et l’éloquence qui sait embellir et faire goûter un enseignement, il aimait à accroître le fond de ce double trésor, en puisant d’autres richesses, non plus seulement dans les livres et les bibliothèques, mais encore dans les pérégrinations lointaines ; il y trouvait une source d’érudition plus attrayante ‘et non moins féconde, et il lui fut donné d'y puiser ‘‘ largement.”

C'est ainsi qu'avant ce voyage en Belgique et en Allemagne, voyage dont nous venons de faire connaître l'itinéraire d’une manière très sommaire,

Ozanam s'était déjà rendu une première fois en Italie,

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