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avec ses parents, et il avait fait de plus une excursion à la Grande Chartreuse, avec son frère, pendant les vacances de 1835.
Du premier voyage en Italie, nous n'avons dit qu'un mot jusqu’à présent, et c’est pourtant de là que date l'admiration de notre professeur pour Dante. Grâce à ce voyage, nous avons ses magnifiques écrits sur le poète florentin et ses œuvres.
“ Pour Frédéric, dit M. l’abbé Ozanam, ce voyage ® était un complément d'éducation qui devait jeter ‘au fond de sa belle intelligence et de son cœur, les “ germes féconds qui se développèrent plus tard dans ‘ses leçons comme dans ses œuvres, et plus particu- “Jièrement dans son livre sur la philosophie de “ Dante.”
De tous ses voyages, c'est certainement celui qui a réveillé plus de souvenirs de son enfance, comme ce devait être plus tard, celui qui lui rappelerait les jours heureux passés avec ses bons parents qu’il devait perdre si tôt. Il n'avait alors que vingt ans, et son émotion devait être grande, quand il revit à Milan, la maison Où il était né, et l’église où il avait été baptisé.
Avec quelle admiration ne traversa-t-il pas ces villes d'Italie, qui sont autant de champs de bataille, et de monuments de triomphe des armées françaises ! Comment peindre son enthousiasme en écoutant de la bouche de son père, et sur les lieux mêmes, les récits des combats de Pavie, de Lodi et du Pont d’Arcole que le narrateur avait traversé, sous le feu de l’ennemi, à la
suite de Napoléon, dont il était un des plus braves oMciers !
Chaque ville parcourue intéressait vivement Ozanan, qui gravait profondément dans sa mémoire, les monuments et les souvenirs de chaque endroit. Cest ainsi qu'à Bologne, il visita avec le plus grand intérêt, la célèbre Université qui a eu l'honneur de compter parmi ses professeurs, plusieurs femmes célèbres, comme Graëtana Agnesi qui professait les mathématiques, Novella qui occupait avee honneur la chaire de jurisprudence, et Clotilde Tambroni qui y donnait un cours de langue grecque en 1795. C’est aussi dans cette grande Université que Mondini, le premier, fit la dissection d’un cadavre, donnant ainsi une base plus solide à Pétude de l'anatomie.
À Ancône, Ozanam fut heureux de rencontrer des compatriotes dans les militaires de la ville qui était alors occupée par l’armée française. Cependant il ne demeura dans cette ville, que le temps suffisant pour admirer le magnifique are de triomphe élevé en l’honneur de Trajan. La Santa Casa n’était pas loin, etil se sentait attiré vers Lorette, par ses sentiments religieux.
On se rendit done à cette jolie petite ville, qui à l'honneur de posséder la maison de la Mère de Dieu.
Ozanam avait une foi vive mais éclairée, et ceux qui ont lu les ouvrages où il traite de philosophit aussi bien que ceux qui savent que, dans sa jeunesse. il a combattu longtemps contre le doute, ceux-là.
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dis-je, ne l'accuseront pas de croire à la légère. ‘Sa & foi, dit l'abbé Ozanam, était le fruit de la grâce, mais * aussi celui des plus sérieuses études.”
Notre savant professeur avait pris connaissance des pièces justificatives de la translation de la maison de la Sainte Vierge, et il connaissait très bien l’histoire de cette maison, dont les murs, sans fondations, ont déjà bravé six siècles. Aussi, était-il profondément convaincu de l’authenticité du prodige qu’il avait sous les yeux, et l'émotion la plus vive s’empara de lui à la vue de ces saintes reliques ; il en était si profondément touché, qu’il ne pouvait se décider à quitter ce lieu de bénédictior.
Cette nature poétique et élevée, était profondément impressionnée aussi par le site et les beautés de l’endroit. On a comparé au paradis terrestre, cette partie de l'Italie, et de tous les points de cette terre privilégiée, c'est certainement celui qui présente aux yeux du voyageur, les plus délicieuses richesses de la nature.
Ozanam ne se décida à partir qu'après avoir été à confesse, servi la messe et communié. Il fit aussi avec son frère tous les différents actes de dévotion propres à l'endroit, tel que le tour de la Santa Casa en se tratnant sur les genoux.
Nos voyageurs reprirent le lendemain, la route de Rome par Foligno et l'Ombrie, et ils purent admirer les plus ravissants paysages. Enfin ils arrivèrent à Rome, le but de leur voyage, et la ville après laquelle ils soupiraient depuis longtemps.
Notre intention n’est pas d'accompagner nos pèlerins dans toutes leurs promenades à travers la Ville Éternelle, encore bien moins de décrire, après tant d’autres, les nombreux monuments de Rome. Cependant il nous faut dire un mot, de certaines visites où Ozanam eut occasion de manifester sa foi vive, et son ardente passion pour les lettres et pour les arts.
Suivons-le d’abord dans sa visite à la grande Basilique, et nous le trouverons implorant à genoux le prince des apôtres d'augmenter sa foi, et de prendre sous sa protection toute spéciale, la société de Saint- Vincent de Paul. A la bibliothèque Vaticane, nous le verrons soupirer devant les armoires fermées qui contiennent tant de richesses littéraires en manuscrits grecs, latins, italiens et orientaux, et se promettant bien de se faire donner accès, un jour, à ces précieux trésors.
‘Nous ne parlerons pas, dit l’abbé Ozanam, des ‘ vives impressions qu'éprouva Frédéric, en visitant ‘les monuments de Rome païenne, ou ceux de la ‘‘ Rome moderne et chrétienne, les chefs-d’œuvre que “les arts ont répandus à pleines mains, soit dans les ‘* palais, soit dans les églises. La chambre et le tom- ‘ beau de Torquato Tasso, en particulier, le touchè- ‘rent profondément; il croyait presque voir et ‘“ entendre l’illustre poète de l'Italie. C'était, en effet, “Lien moins sa curiosité qu’il cherchait à satisfaire, lorsqu'il contemplait toutes ces merveilles, qu'une ‘© étude sérieuse à laquelle i] s’appliquait, autant que
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“le peu de jours que nous avions à passer à Rome le “lui permettait. Les nombreuses lectures qu’il avait ‘faites, les cours qu'il avait suivis à l'École des ‘ chartes, à Paris, le mettaient à même de déchiffrer ‘les inscriptions anciennes; les différents livres dont “il s'était entouré, et qu'il parcourait chaque soir ‘pour éclairer sa course du lendemain, lui permirent * de voir avec fruit, ce dont un voyage précipité laisse ‘à peine quelques traces chez un touriste vulgaire.”
Pendant son séjour à Rome, Ozanam, son père et ses frères furent reçus en audience par le pape Grégoire XVI, qui voulut bien permettre cette visite sans le costume exigé par l'étiquette. Comme Lyonnais ils firent aussi une visite au cardinal Fesch qui était encore alors archevêque titulaire de la métropole des Gaules.
De Rome, nos voyageurs passèrent à Florence où madame Ozanam les avait précédés. C’est dans cette ville qu'ils firent le plus long séjour, Ozanam et ses frères y ayant une tante, qui leur donna la plus cordiale hospitalité.
Pendant son séjour à Florence, il se prit d’une grande admiration pour Dante, et il sentit naître en lui cet ardent amour pour l'Italie dont il a donné des preuves pendant toute sa vie. A Florence, tout parle des noms les plus célèbres de lPItalie; c’est la patrie en effet, des Médicis, de Dante, de Boccace, de Machiavel, de Guichardin, d’Amérie Vespuce, de Léon X, de Brunelleschi, ete. C'est done dans cette
ville qu'on peut apprendre toute l’histoire de l'Italie et de ses hommes célèbres, aussi Ozanam y resta-t-il un mois entier.
Après Florence, nos voyageurs visitèrent Pise et Livourne, puis ils revinrent à Lyon par Turin et le Mont-Cenis.
Ozanam revint de ce premier voyage d'Italie animé d’une nouvelle ardeur pour ses œuvres de charité et pour ses études, et il ne tarda pas à utiliser ses notes et ses souvenirs dans des écrits de tout genre sur l'Italie et sur Dante. C’est ainsi qu’il publia de magnifiques pages sous le titre Florence vue du Dôme, puis les Notes sur Pise, Rome, etc., sans compter tous ses écrits sur Dante et la Divine Comédie.
Avant de terminer ce chapitre, nous dirons un mot de excursion à la Grande Chartreuse.
Il y avait déjà longtemps que le projet de ce voyage avait été formé quand les deux frères, un beau matin, se décidèrent à se mettre en route et partirent à pied pour accomplir ce pieux pèlerinage. La Grande Chartreuse, on le sait, se trouve près de Grenoble, et de cette ville à Lyon, il y a dans le moins cent cinquante mille anglais.
Ils marchèrent tellement la première journée, que le lendemain, la fatigue ne leur permit qu’une courte étape, et ce n’est que le‘troisième jour qu’ils commencèrent à gravir la montagne, au milieu de laquelle se trouve le monastère de la Grande Chartreuse.
Tel que décrit par M. l'abbé Ozanam, il semble n'y
FRÉDÉRIC OZANAM 165 avoir rien de plus enchanteur que Paspect du pays autour de ce cloître majestueux et grandiose, ‘ Dans ‘ce nid solitaire, dit notre auteur, soixante-huit “moines, moines véritables, descendant sans inter- “ruption de leur fondateur, soumis à une règle aus- “tère, passent Le jour dans le silence et la méditation, “et une partie de leurs nuits dans le chant des “ psaumes. Là, on ne se souvient plus du tumulte du “monde et de la lutte des systèmes ; il règne un “ parfum de vieux christianisme, de prière, de sain- “teté et de quiétude. Nous avons assisté aux mati- ‘nes, chantées à onze heures du soir, dans leur cha- “ pelle solitaire. Nous avons entendu ce concert de “ soixante voix innocentes montant vers le ciel, solli- “citant les célestes miséricordes à l’heure où les “ crimes se multiplient dans nos grandes villes, et où “ les vengeances de Dieu se préparent.”
De la Grande Chartreuse, nos deux pèlerins passèsèrent à une autre montagne très élevée, nommée le Grand Som. Ils avaient de la neige jusqu'aux genoux, et s'apercevaient de temps à autre du voisinage des loups, ce qui ne les empêcha pas de jouir toute la journée des points de vue les plus admirables et d’un paysage qui défie toute description. Le soir, ils entrèrent à Grenoble où leur pèlerinage se trouva terminé.
Écrivant au sujet de ce voyage d’Ozanam et de son frère, M. de Montrond, dans son ouvrage déjà cité,
s'exprimait ainsi :
S'il est, dit-il, un voyage utile et salutaire au
‘ jeune homme arrivé sur le seuil d’une carrière et ‘sur le point d'affronter les orages de la vie, n’est-ce ‘ pas celui de la Grande Chartreuse ? Oh ! comme la ‘vie paraît bien ce qu’elle eat, entrevue du haut de ‘ces saintes montagnes, un pèlerinage de quelques ‘jours dans une vallée de larmes, aux confins de ‘ laquelle s'ouvre une éternité bienheureuse pour le ‘* pieux pèlerin fatigué de la route ! Heureux donc et ‘sage, celui qui va se recueillir un instant sous ces cloîtres de saint Bruno, où règne un parfum de ‘“ grande dévotion et de sainte solitude.”
Quant à Ozanam, voici comment il exprimait les impressions ressenties et les dispositions dans lesquelles il se trouvait au retour de ce voyage. ‘ Je
‘* suis donc revenu, écrivait-il, l'espérance au cœur et
‘avec un souvenir qui restera dans moi et pourra peut-être me servir quelque fois, d'encouragement dans les jours mauvais ; peut-être en jaillira-t-il quelque inspiration qui, un jour, me fera devenir
* meilleur ! ” *
* Lettres, etc., 1. septembre 1835.
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