CHAPITRE XVIIT
LA CIVILISATION AU CINQUIÈME SIÈCLE, (Suile.)
LES INSTITUTIONS CHRÉTIPNNES, —LES MŒURS CIHRÉTIENNES, *
En tête des institutions chrétiennes, Ozanam place la papauté et le monachisme. T1 fait bonne justice de la thèse soutenue par les prostestants et par les philosophes modernes de la formation graduelle du pouvoir spirituel des papes. Dans cette démonstration historique de l’ancienneté de la papauté, il n'a point de peine à la faire remonter à saint Pierre. Bien loin qu'elle fût l’œuvre des empereurs, ceux d'Orient eurent toujours intérêt à la combattre, et à faire prévaloir l'autorité du patriarche de Constantinople.
‘* Saint Trénée, qui écrivait vers la fin du second
* siècle, nous représente la succession épiscopale re-
* Douzième et treizième leçons.
‘montant sans interruption jusqu'aux apôtres, Pour
‘“abréger et ne pas énumérer cette succession dan:
chaque ville, il s'arrête à l’église de Rome, avec lu-
‘quelle, dit-il, à cause de sa primauté supérieure, doivent s’accorder toutes les églises, c'est-à-dire les fidèles qui sont partout.”
DOsss5e
* Tertullien tenait à peu près le même langa
De cette sorte, ajoute le professeur, s'établit la cons- , J Ù
titution primitive de l'Eglise : l’autorité s’y est fon-
dée par l'intervention de Dieu même ; c'est d’en
haut qu'elle vient, elle est consacrée par l'institution
divine, elle est visible, elle descend des apôtres aux
évêques, des évêques à leurs ministres.”
Cette primauté du siège épiscopal de Rome et la grande autorité qui en découle s'aflirme, il est vrai, dans les commencements avec une énergie considérable, mais c’est surtout dans les temps de danger et quand l’hérésie paraît, qu’elle intervient comme une puissance indiscutable. De tout temps et de toutes les parties du monde, on en a appelé au pape comme à une autorité qui n’admet pas d’égale,
Au deuxième siècle, le saint pape Victor fixe la célébration de la Pâque au premier dimanche après le jour de la résurrection, et il excommunie les églises d'Asie qui continuent à la célébrer, comme les Juifs, le quatorzième jour, Plus tard, le pape Étienne déclare
que le baptôme administré par les hérétiques est va-
lide, et il excommunieles églises d'Afrique qui prétendaient le contraire ; ces dernières finirent toutefois par
se soumettre, Au troisièmesièele Denys d'Alexandrie, combattant l’hérésie de Sabellius, laisse échapper cette expression, que ‘ le Christ n’est pas le fils, mais l’'œuvre de Dieu ; ” l'évêque de Rome le somme de s'expliquer: Denys s'explique, se justifie et retire son expression.
‘Au quatrième siècle, dit Ozanam, dans cet âge si ‘rempli d'éclat, où tant de grands hommes sont assis
‘sur le siège épiscopal, en Orient et en Occident, au
‘ milieu de tant de clartés, on voit la puissance pontificale reconnue et proclamée en des termes bien forts par saint Athanase, le grand patriarche d'Alexan- ‘drie, qui déclare que c’est du siège de saint Pierre que les évêques ses prédécesseurs tirent leur ordination et leur doctrine, par Optat de Milène, par saint Jérôme, par saint Augustin, en un mot, par tout ce que l'Église a eu de plus grand. En même temps, sa puissance continue de s'exercer : elle ‘s'exerce quand les papes Jules Ir et Damase déposent ou réintègrent les patriarches d'Alexandrie, de Constantinople ou d’Antioche, lorsque les légats du saint-siège prennent rang les premiers à Nicée, à Sar- ‘ dique, en 347, et déclarent que les appels de toutes les sentences épiscopales pourront être portés au ‘siège de l’Église de Rome. Dans l'assemblée d’'Éphèse, c’est encore à la poursuite et à la diligence de ‘ saint Cyrille, appuyé de l'autorité du pape Célestin ‘ que les évêques réunis de l'Orient prononcent dans “ laffaire de Nestorius.”
4S$ KFRÉDÉRIC OZANAM
Plusieurs écrivains n° font remonter la primauté papale qu'à Grégoire le Grand ou à Grégoire VIT, tandis que saint Léon dit lui-même, dans le discours qu'il prononça pour remercier le peuple et le clergé, qu'il est le successeur desaint Pierre. Parlant de saint Pierre, il dit : “Il parle dans les actes, les jugements, les ‘ prières de son successeur, en qui l'épiscopat s'ac- ‘ corde à reconnaître, non le pasteur d’une cité, mais Je primat de toutes les églises.”
Saint Léon condamna dans plusieurs conciles les sectes hérétiques qui troublèrent l'unité de l'Église au cinquième siècle, notamment Eutychès et les manichéens.
Cependant Léon le Grand ne se contente pas de sauver l'unité de l'Église en Orient comme en Occident, il sauve encore par son prestige et par son éloquence la civilisation des périls de la barbarie.
Voici comment Ozanam raconte l’entrevue de saint Léon et d’Attila aux portes de Rome : ‘ Les ennemis de “la civilisation, dit-il, s’appelaient Attila, qui, avec ‘trois cent mille hommes derrière lui, faisait la ter- ‘reur de la Germanie, de Ia Gaule et du monde en- ‘tier, et, Genséric, maître du Midi, de l’Afrique, ct ‘redouté même par les guerriers d’Attila. Voilà les ‘ deux périls dont il fallait sauver le monde. Un jour ‘* Attila envoya dire aux deux Césars de Ravenne et ‘de Byzance: ‘ Faites-moi préparer des palais, parce
‘‘ que j'ai résolu de vous visiter.” Et, entraînant à sa
‘* suite ses hordes innombrables, il passa comme un
FRÉDÉRIC OZANAM 489 ‘torrent sur la Gaule, perdit la bataille de Châlons, ‘ mais ne perdit ni l'espoir ni la fureur, et, en 452, ‘traversa les Alpes, et parut devant Aquilée. Après ‘une courte résistance, Aquilée, emportée d'assaut,
fut vouée à la ruine et à l’extermination. Pavie et
Milan eurent le même sort. L'Empereur, effrayé, s'était réfugié dans Rome ; il ne trouvait plus ni généraux, ni légions ; il n'avait pour toute ressource qu'un petit nombre de conseillers, de sénateurs 610- ‘ quents, et heureusement quelque chose de plus fort, de plus nouveau: ce pouvoir qui résidait dans la ‘* personne de Léon. T1 fut député avec Trygétius, expréfet de la ville, et Aviénus, personnage consulaire, ‘ pour arrêter, s'il se pouvait, Attila au passage du Mincio, pour l'arrêter sans fer et sans hommes, par- “ee qu'il n'y avait plus ni fer ni hommes, pour l’arrê- ‘ter par la parole. Et en effet cette entrevue n’a pas eu * d’historiens ; il n’entrait ni dans le génie ni dans ‘le devoir de Léon le Grand de nous raconter sa vic- ‘toire, ni dans le goût de Trygétius et d’'Aviénus de nous avouer leur impuissance. Une seule chose est assurée, c’est qu'après un entretien d’Attila et de Léon, Attila se retira, traversa les Alpes, retourna en Pannonie, où il mourut l’année d’après. Des récits divers s’attachèrent à cet événement: on raconta surtout qu'Attila avait dit à ses officiers, que “ $il se retirait, c’est que, pendant que Léon lui par- ‘lait, 1l avait vu, derrière lui, un autre prêtre, au
LA
visage sévère, qui lui faisait entendre que, s’il allait
‘ plus loin, il trouverait la mort. Cette légende sans ‘critique, et en apparence sans autorité, a traversé “les siècles, acceptée par l’histoire, et a reçu pour ‘toujours sa consécration des mains de Raphaël dans “es chambres du Vatican.”
Trois ans plus tard, Genséric se présentait à son tour devant Rome, appelé parla veuve de Valentinien. Avant de partir, son pilote lui demandant de quel côté il fallait diriger le vaisseau, il répondit: “Vers ceux que menace la colère de Dieu.” Genséric entra dans Rome avec une armée nombreuse, il y resta quatorze jours, pendant lesquels il pilla la ville, il est vrai, mais il ne versa pas une goutte de sang. C'était encore grâce à saint Léon que ces barbares se montrèrent ainsi fidèles à la lettre du traité conclu avec les Romains.
Après avoir ainsi tracé l'établissement de la papauté depuis les premiers siècles chrétiens jusqu'au sixième siècle, Ozanam constate que ce pouvoir ne doit rien aux siècles barbares, qu'il s’est constitué au grand jour de l’antiquité, sous l’œil jaloux du paganisme, sous l’œil clairvoyant des Pères de l’Église, dans les grands siècles de la théologie chrétienne.
Passant ensuite à une autre institution qui devait sauver les lettres et la civilisation, il décrit l’origine du monachisme depuis les contemplateurs de l’Inde jusqu'à l'établissement des ordres mystiques existant encore actuellement.
Dans la page qui suit on trouve une idée de ce
qu'était le monachisme dans l'Inde dans l'antiquité la plus éloignée: ‘ J'ai répété, dit-il, déjà plusieurs ‘ fois que le christianisme n’a point fait l'humanité, mais qu'il l’a refaite ; il ne crée pas, il transforme. L'homme existe, mais sous la loi de la chair ; la famille, mais sous la loi du plus fort; la cité, mais sous la loi d'intérêt. Le christianisme reforme l’homme par la renaissance de l’esprit; la famille par le droit des faibles ; la cité par la conscience ‘ publique. De même aussi il trouve dans les sociétés antiques des temples, des sacrifices, des prêtres: il ne les abolit pas, il les purifie ; le christianisme n’a rien aboli, il a tout régénéré. Aïnsi at-il fait du ‘ monachisme; il n’y a pas de grande religion sans moines : l’Inde a eu ses ascètes, qui, abandonnant toutes choses, s'enferment dans les déserts sans autre bien qu'un haïllon sur l'épaule et un plat de bois à la main, qui passent leur vie se nourrissant ‘ de graines, de racines arrachées de la terre, et qui, accroupis sur eux-mêmes, consument leurs jours et leurs nuits dans la contemplation de l’âme de Dieu, * captive dans leur corps et qu’ils cherchent à affranchir., A côté du brahmanisme, le boudhisme a ses cénobites, et dans la Tartarie, la Chine, le Japon, il
‘n’y a pas de prêtres, mais des moines, des hommes
qui vivent sous Ja loi de la communauté. Ces insti-
tutions orientales ne peuvent avoir d'autre esprit
que le paganisme, qui les inspire ; elles sont toutes ‘* fondées sur la confusion du principe de la créature
‘et du créateur, et comme le brahmane se figure
‘qu'il est de droit le seigneur de la création, et que
‘tous les hommes ne vivent que par sa permission,
il méprise souverainementses semblables. De même
‘ l’anachorète pense que le sort le plus heureux, le
‘ suprême bonheur est d'arriver à s’absorber dans
# Brahma, c’est-à-dire dans l’incompréhensible. Voilà
‘ l’orgueil et l’égoïsme qui font l'âme de l’ascétisme
‘“ indien.” Plus loin il ajoute: “ Ce qui fait la différence de ‘ l’ascétisme chrétien avec l’ascétisme indien, c'est quelque chose de plus profond. Les ascètes païens étaient chastes, pauvres, disciplinés ; mais il y a deux choses qu'ils ne connaissaient pas et que les ‘ moines chrétiens connaissent: letravail et la prière.” Cependant le moine chrétien ne vient pas du moine indien, il prend plutôt son origine parmi les th6opeutes hébreux. * L’anachorète chrétien ne méprise passes semblables, il les aime passionnément. Vous ‘avez cru qu'au moment où il laissait derrière lui son vieux père, sa vieille mère en pleurs, vous avez cru qu'il allait les oublier, qu'il allait oublier tous les hommes: non, il retrouvera son père, sa mère, tous les hommes, il les retrouvera à toutes les heures, tous les jours et toutes les nuits dans la contemplation, dans l'amour, dans l'entretien de ce Dieu auquel il va, et la prière même ne sera qu'une autre manière de servir les hommes et de coopérer
‘à l’œuvre de purification et de sanctification de ‘‘ l'Eglise.”
Tant que durèrent les persécutions, on ne remarqua pas de chrétiens fuyant aux déserts ; chacun restait à son poste, attendant la mort dans le cirque où sur le bûcher. Ce n’est qu'après ce temps d'épreuves pour les chrétiens, qu’on voit apparaître quelques moines, et le premier signalé est l’ermite Paul, en 251.
Ces moines ou solitaires étaient dans l'origine des laïques qui se séparaient volontairement du commerce des hommies, après avoir fait aux pauvres l'abandon de leurs biens pour partager leur temps entre la pritre et le travail, Un grand nombre de ces solitaires s’'{taient déjà établis en Égypte, lorsque apparut saint Antoine qui leur donna des règles. Peu après, saint Pacôme les rassemble en grandes communautés et en forme un corps auquel il donne, en quelque sorte, une loi. Sous cette loi nouvelle, ils se répandent avec une grande rapidité dans tout l'Orient. Enfin vient saint Basile, qui ajoute encore à l’œuvre de ses devancicrs et améliore les règles et les lois des différents ordres.
D'après notre auteur, leur établissement en Occident remonterait à l’an 336 et serait dû à saint Athanase, qui avait bien connu saint Antoine dont il a écrit la vie. Trèves aurait ainsi possédé les premiers monastères, tandis que d’autres écrivains ne font remonter leur établissement en Occident qu’à la fondation du monastère de Ligugé près de Poitiers.
Quoi qu’il en soit, dès l’an 360 saint Martin établissait près de Tours, le grand monastère de Marmoutiers,
EE
Au cinquième siècle, les frontières romaines, désertées par les troupes, étaient couvertes de colonies de cénobites ct d’anachorètes. Mais c’est surtout dans Rome, à cette époque de décadence, que la vie des moines devait faire un frappant contraste avec les mœurs de voluptueuse indolence des Romains des derniers jours. Aussi, Ozanam en terminant constate-t-il que ‘ce qui sépare le monachisme du monde ro- ‘ main, cette société nouvelle de la société ancienne ‘ ce sont trois choses: la pauvreté au milieu d’une société qui meurt de son opulence ; la chasteté, au milieu d’une société qui expire d’orgies ; l’obéissance, au milieu d’une société qui périt de désordre, ‘ Voilà ce qui fait la puissance du monachisme visà-vis de la société romaine.”
‘# Une société, dit Ozanam, se tient encore moins assise sur ces bases larges, solides et apparentes qu’on appelle le droit, que sur ces autres fondements cachés, profonds, placés, ce semble, hors de la portée de la science et qu’on appelle les mœurs. Rome paienne eut aussi des institutions puissantes ; seu- ‘ Jement, le progrès des lois y fut en raison de la dé- ‘adence des mœurs. Il s’agit de savoir si la société ‘ chrétienne au cinquième siècle présentera le même contraste, ou si le progrès des mœurs y accompa- ‘ gnera le progrès des lois. Je m'’arrête à deux points ‘ qui font toute la supériorité des mœurs chrétiennes: ‘ Ja dignité de l’homme et le respect de la femme. Les
‘ barbares passent pour avoir introduit ces deux sen-
*timents dans la civilisation moderne. Et, en effet,
ces homes errants, ces hommes de guerre, ces chasseurs, habitués à ne reconnaître aucune autorité visible, à ne se défendre que de leurs ares et de leurs flèches, apporteront dans le monde, avec une hauteur superbe qui foulera aux pieds, pendant longtemps, toute tentative des lois pour les réduire ‘à la servitude civile, le sentiment de l'indépendance, de l'honneur, de l’inviolabilité personnelle. D'un autre côté, ces hommes indomptés reconnaissent ‘aux femmes je ne sais quoi de divin;ils leur demandent des oracles avant la bataille, ils leur por-
‘tent leurs blessés après la victoire, ils s’'agenouillent ) o
‘autour de la fatidique Velléda. Ils ont un sentiment
‘que la société romaine ne connaissait pas, qui de- “vait faire la grandeur du moyen âge et porter sa “ fleur au temps de la chevalerie.”
Mais, se demande le professeur, sont-ce vraiment les barbares qui ont innové ces deux principes dans le monde ? En entrant dans Rome, ne trouvèrent-ils pas une autorité qui non seulement connaissait ces deux principes, mais encore se faisait une gloire de s’y conformer ? En effet, le christianisme réhabilitait la femme, affranchissait l’eselave, honorait l’ouvrier et aimait le pauvre.
* Le premier ressort, le ressort secret, profond de la
“ société moderne, dit Ozanam, c’est ce sentiment ex- LE]
cellent qu’on appelle l'honneur, qui n’est autre “chose que l’indépendance et l’inviolabilité de la
‘* conscience humaine, supérieure à tous les pou-
voirs, à toutes les tyrannies, à toutes les forces ‘ du dehors ; c’est, en un mot, le sentiment de la di-
gnité de l'homme, et nous ne devons pas méconnaître
combien l'antiquité, avec toutes ses vertus civiques,
avait opprimé cet instinct légitime de la dignité
personnelle. En effet, vous le savez, en présence de ‘Ja patrie, le citoyen n'est rien, en présence de Ia loi
* [a conscience se tait, en présence de l'Etat l'homme
‘ne connaît pas de droits. Voilà la loi générale; et
en méme temps que l'antiquité écrasait la dignité
humaine par la majesté de l'État, elle flétrissait la “ personne dans trois sortes d'hommes qui compo- “saient la majorité du genre humain: les esclaves, “les ouvriers et les pauvres.”
Nous savons qu'une moitié de la population romaine était esclave, que les mœurs de cette partie de la société n'étaient qu'un dévergondage grossier. Le moral de l’esclave était tombé d'autant plus bas que le maitre prétendait que les dieux n'avaient accordé que la moitié de l'intelligence à ceux à qui ils avaient refusé la liberté. L’esclave était condamné aux travaux les plus humiliants et il servait tantôt à assouvir les passions lubriques du maître, tantôt à l'expérimentation des différents poisons et parfois à nourrir de son sang les lamproies des consuls.
Telle était la situation de l’esclave à l'avènement
du christianisme. Le dogme de l'égalité native de
toutes les âmes vint changer cet état de choses, * Mis
‘telle était la dégradation de l’esclave qu'avant d'en faire un homme libre, il fallait, dit Ozanam, en faire ‘un homme; reconstituer en lui la personne, retrou- * ver la conscience étouffée et le relever à ses propres ‘ yeux. C’est par là, en eflet, que le Christ avait com- ‘ mencé, en prenant la forme d’un esclave et en mou- ‘rant sur la croix. Tout homme, à son exemple, par ‘ cela qu'il devenait chrétien, devenait esclave volon- “taire: Qui liber vocutus est, servus est Christi.”
Du moment que l’esclave devenait chrétien, il se relevait dans sa propre idée; il lui venait un certain sentiment de la dignité de l’homme, si bien qu’il était à craindre que désormais, au lieu de se mépriser luimême, il n’en vint à mépriser son maître idolâtre et corrompu, D’un autre côté, le maître chrétien ne pouvait plus croire qu’il possédait dans son esclave une nature inférieure à la sienne, sur laquelle il avait tous les droits, même le droit de vie ou de mort. Bien plus, l’esclave chrétien, d’après les Constitutions apostoliques, a droit aux choses sacrées ; il à droit à la famille, à la vie et à honneur. Il se reposera le dimanche en mémoire de la Rédemption et le samedi en l’honneur de la création. Car si l'esclavage continue à subsister en même temps que le christianisme, le pouvoir sur la personne est à jamais aboli par les lois de l’Église.
Sous Constantin, il fut permis d’affranchir les esclaves dans les églises, eb alors, les jours de fête il semblait qu'il n’y avait pas de joie possible si des esclaves n'étaient émancipes par bandes et si, au sor-
tir de l’eglise, l'hymne du jour n’était répétée par une foule qui sevouait ses fers et les jetait loin derrière elle.
‘ Ainsi le nombre des émancipations dangereuses “ pour lù République allait toujours croissant saus ‘ cesse, Mais qu'y faire? il faut bien que les Romains ‘ s'accoutument à affranchir les captifs barbares, s'ils ‘ veulent être affranchis à leur tour. Les barbares, en ‘ effet, s’introduisent par toutes les portes de l'empire ; ‘eux aussi enlèvent par troupes les femmes et les ‘ enfants, et vendent sur leurs marchés les sénateurs ‘ mêmes. En présence de cette nouvelle source d’es- ‘ clavage, il faut bien quele christianisme s’émeuve,
“qu'il presse l’œuvre de la rédemption, que les
évêques, traités d’imprudents naguère,lorsqu’ils par- “ Jaient de la manumission des esclaves, demandent
Pa —
en chaire maintenant que des sommes soient réunies ‘ et que des collectes soient faites pour affranchir ces ‘ sénateurs, ces patriciens, aujourd’hui captifs de quel- ‘que Suève ou de quelque Vandale. C’est alors que