‹ Frédéric Ozanam, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 64 sur 65 · TS ES SP AE · texte numérisé non relu

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FRÉDÉRIC OZANAM 597 le moins l'attention de l’auteur dans la grande étude dont nous avons rendu compte: Dante et la philosophie catholique. Et cependant, étant données la tournure d'esprit d’'Ozanam, la douceur et la mélancolie de son caractère, sa charité pour tous ceux qui souffrent et dont les souffrances peuvent être soulagées, c’est bien cette partie de l’œuvre du poète chrétien qui devait le plus attirer ses sympathies. Le dogme catholique de l’expiation des fautes dans une autre vie, et de la communion des saints, était bien fait pour le toucher et le séduire. Aussi, dans sa belle traduction et dans son commentaire, l’on voit combien ce chant de la douleur et de l'espérance avait eu de prise sur son imagination.

Suivant avec anxiété les événements qui se précipitaient en Europe au moment où il faisait ce cours (1847-1850), et rempli surtout d'amour pour Pie IX et d'espérance dans les idées généreuses du nouveau pontife, Ozanam ne put s'empêcher, à plusieurs reprises, de faire allusion à la politique contemporaine. On retrouve dans le commentaire quelqnes fragments de leçons où il s’est ainsi donné carrière,

‘ Sans doute, dit M. Heinrich, dans sa préface, nous ‘ sommes de ceux qui pensent qu’en des temps plus ‘* calmes, la chaire du professeur doit être un sanc- ‘tuaire fermé à tous les bruits du dehors: peut-être

‘ même en ferions-nous une règle invariable et abso- ‘lue, Toutefois, dans ces moments d’agitation où se ‘‘ décident les destinées des peuples, à Paris surtout,

où l'opinion sagement éclairée peut exercer une si décisive influence, l'homme de bien en possession de la parole pouvait-il hésiter à faire entendre à la jeunesse de salutaires conseils ? Chez M. Ozanam, le ‘professeur n’était point séparé du chrétien ardent, du libéral sincère, du serviteur infatigable de la vérité et de la justice. Dante, avec ses allusions perpétuelles à la vie orageuse des républiques italiennes, à la papauté, à l'empire, aux prétentions de monarchie universelle des Césars germains, semblait redevenir comtemporain de ces jours où ‘l'Italie crut recouvrer son indépendance et sa gloire à la voix d’un généreux pontife, mais où bientôt aussi trop faible contre ses ennemis du dehors, et ingrate envers celui qui avait fait lever sur sa patrie l’aurore d’une liberté nouvelle, elle vit à Novare la défaite de son armée, et dans les murs de Rome la plus odieuse des révoltes. L’écho de toutes ces souffrances se fait entendre dans les notes 6l0quentes ajoutées à ces chants du Purgatoire, si pleins, eux aussi, des souveuirs de la défaite des meilleures ‘ causes ou de la punition méritée des faiblesses des ‘ hommes et des crimes des partis.”

‘ La traduction, dit M. Ampère, a été faite avec ‘trop d'amour pour n'être pas d’une religieuse fidé- “ lité; elle est ce que doit être une traduction littérale ‘et française. On ne peut plus supporter aujourd'hui

‘ que des traductions exactes, La liberté des traduc- ‘teurs me semble être la seule liberté qu’il faille in-

FRÉDÉRIC OZANAM 599 “terdire; car, se mettre à la place de ceux qu'on fait ‘ parler, c’est un mensonge et un abus de confiance …

‘ Autant qu'il était permis d’être dantesque sans “ être barbare, Ozanam l’a été. En le lisant, on con- “temple Dante à travers un voile, mais un voile ‘aussi léger et aussi transparent que possible. On y ‘trouve ce qui est plus important encore que la fidé- “lité des détails, la fidélité de l’ensemble. On y sent ‘“ d’un bout à l’autre cette suavité mélancolique qui ‘ donne au Purgatoire un charme si pénétrant, une beauté si attendrissante, et que l'âme noble et douce, “ passionnée et souffrante d'Ozanam était bien faite ‘ pour exprimer.”

Ces nombreux et imposants travaux d’Ozanam lui ont procuré, sans les avoir cherchées, de justes récompenses et de flatteuses distinctions.

‘ Ozanam fut nommé :

‘ Membre correspondant de l’Académie Tiberine de ‘ Rome, le 27 décembre 1841 ;

‘ De l’Académie des Arcades de Rome, le 13 Janvier ‘1842 ;

“ Chevalier de la Légion d'Honneur, le 6 mai 1846 ;

“ Membre de l’Académie de la Religion catholique ‘“ de Rome, le 23 avril 1847 ;

‘“ Membre correspondant de l’Académie royale de ‘ Bavière, le 2 janvier 1847;

‘ Membre de l’Académie de Lyon, le ler janvier 1848. Celle-ci a fait sculpter en marbre le buste d’O-

zanam, et l’a placé dans la salle de ses séances ;

‘ L'Académie française et celle des Inscriptions et

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des Belles-Lettres lui ont décerné deux années de suite, en 1849 et 1850, le prix Gobert ;

‘* Membre de l’Académie della Crusca, à Florence, ‘en mai 1853 ;

‘* Enfin, le 26 aout 1856, trois ans après sa mort, l’A-

cadémie française couronnait la ‘ Civilisation au cinquième siècle, ” en lui accordant le prix dehaute littérature fondé par M. Bordin.

‘ Presque sur le seuil du tombeau, nourrissant encore quelque espérance de guérison, Ozanam se plaisait à rêver son entrée à l’Académie française. On le ‘ pressait de se mettre sur les rangs ; mais bientôt il comprit qu’il devait aspirer à une gloire plus élevée ‘et plus durable, à celle que Dieu réserve à ses élus.”

Cependant, même sur cette terre, un rayon d’immortalité couronnera toujours son nom et sa mémoire. Car sur ce monument indestructible élevé en l’honneur de la charité, la Société Saint-Vincent de Paul, le nom d’Ozanam se trouve gravé en lettres d’or, tandis que les œuvres de l’illustre professeur seront lues en tout pays et en tout temps, à la plus grande gloire du christianisme et de la France.

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